5ème recapitalisation de Bakchich : "les actionnaires croient en nous"
Rescapé de son dernier redressement judiciaire, Bakchich avance, sans relâche. Et la magie opère encore puisque, fort de ses acquis, la société a relancé en mars dernier un nouvel hebdomadaire malgré un précédent échec en septembre 2009. Régulièrement sous perfusion financière depuis sa création en 2006, la société s’apprête à opérer sa cinquième recapitalisation à la fin de l’été . Entretien avec Nicolas Beau , le directeur de la rédaction qui compte ces recapitalisations comme autant d’étapes qui le séparent de ses objectifs : développement et visibilité.
EL : Vous renflouez les caisses pour la cinquième fois à la fin de l’été, à quelques mois d’une précédente recapitalisation ... Quelle est votre situation actuellement ?
Nicolas Beau : On est sorti du redressement judiciaire grâce à la dernière recapitalisation d’environ 500 000 euros. Bakchich comptabilise aujourd’hui aux alentours de 12 000 exemplaires écoulés incluant le net et le papier ; avec 100 000 euros de dépenses mensuelles, il nous manque 80 000 euros à financer pour être à l’équilibre.
EL : Comptez-vous changer votre fusil d’épaule pour enrayer ce cercle vicieux ?
NB : Bakchich est une modeste structure et n’a pas des millions d’euros comme Mediapart ou de grands journaux qui peuvent se permettre des dix millions de perte chaque année ! Notre problème, c’est qu’on dépense des sommes modestes pour finalement compenser les pertes. Très logiquement, cela nous freine pour développer le site et plus particulièrement le rendre visible.
EL : Du coup, quelle stratégie comptez-vous adopter ?
NB : Pour être visible, il faut faire de l’argent c’est indissociable à mon sens. Face à la profusion des supports et de l’info, il est important d’arriver à attirer l’attention des médias. Grâce au net, Bakchich, aujourd’hui bi-media, a réussi à créer "une marque" ainsi qu’une notoriété relative, certes, mais réelle. Sans aucun budget communication, 3000 abonnés et six ministère abonnés à nos "confidentiels", c’est déjà pas mal. Aujourd’hui on recherche à développer l’aspect marketing (RP, mailing., la viralité...), pour développer notre structure, mais pour cela il faut des moyens... que nous donnent généreusement nos actionnaires qui, fort heureusement, croient en nous !
EL : Dans quelle mesure ?
NB : Je n’ai plus les chiffres exacts en tête mais une dizaine d’amis de départ soutient le projet ce qui représente une part de 20%, il y a Rosselin, le club de Bakchich (17%), Xavier Niel (20%)... Le but étant que nous arrivions à avoir une marge pour payer les salaires et procéder bientôt à une politique de développement efficace.
EL : N’avez vous jamais songé à ne vous contenter que du mécénat ?
NB : Je ne vois pas le rapport, de fait, on en vit...Vous avez vu les gens qui se penchent au chevet du Monde ? C’est quasiment une démarche citoyenne de mécénat. Le Monde perd beaucoup plus d’argent que nous (sans nous comparer...), et en l’occurrence dans ce cas précis on est dans dans une stratégie d’influence du pouvoir, c’est certain. Le pouvoir joue un rôle dans ce type de situation comme celle du Monde, tout comme dans notre cas dans une modeste mesure, bien-sûr.
EL : Que feriez-vous si un grand groupe comme Lagardère ou Bolloré vous faisait une proposition pour mettre des billes dans votre projet ?
NB : Bonne question ! A titre personnel, entre exister et disparaître, j’accepterais... à 25%, pas plus ! S’adosser à un groupe existant pour se développer pourquoi pas, notre époque est à "la course de vitesse". Evidemment ce serait à débattre avec l’équipe de Bakchich pour trouver un consensus. Parce que si on devient salarié de ce genre de groupe, notre image en pâtirait logiquement et ce serait manifestement très difficile à gérer. . .
