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Analyse : les dessous probables du rachat de Lala.com par Apple

Le 11 Décembre 2009 dans Web 1,2,3 par Philippe Astor

Quelles sont les intentions d’Apple derrière la rachat du site de streaming américain Lala.com ? Imaginer que la firme à la pomme va se lancer sur le marché du streaming et essayer de concurrencer directement des services comme Deezer, Spotify, MySpace, iLike et consorts ne paraît pas vraiment pertinent.

En dehors des extraits de 30 secondes proposés en écoute sur iTunes et des bouquets de webradios auxquels son logiciel donne accès mais dont il n’est en aucun cas l’opérateur, Apple n’a jamais fait montre de velléités de basculer vers un modèle de diffusion de la musique sur Internet, dont la viabilité économique reste encore à démontrer. Son PDG Steve Jobs n’a jamais cru au principe de l’abonnement à des services de musique en ligne, et on voit mal sa compagnie se transformer, du jour au lendemain, en méga-régie publicitaire.

Or l’abonnement et la publicité sont les deux principales sources de revenus du streaming. Ni l’un, ni l’autre ne sont le coeur de métier d’Apple, qui est d’abord un fabricant de hardware, et un éditeur de logiciels. En outre, lancer un service de streaming sous sa marque reviendrait pour Apple à signer un chèque en blanc aux majors de la musique, sous la forme d’avances sur recettes considérables pouvant se chiffrer en dizaines de millions de dollars difficilement recoupables, et de minimums garantis par écoute qui seraient une source d’inflation non maitrisée de ses dépenses, dans un secteur d’activité qui ne dégage pour l’heure aucune marge et ne lui ferait pas vendre un iPod ou un iPhone de plus.

On a donc de quoi s’interroger sérieusement sur ce rachat de Lala.com par Apple. D’autant que si Lala.com a cherché à se vendre, c’est parce que ses fondateurs, qui sont des serial-entrepreneurs aguerris de la Silicon Valley, ont fini par se convaincre que leur entreprise ne serait jamais rentable, malgré l’accord récent conclu avec Google, qui promet d’exposer leur offre dans toutes les pages de résultats du moteur de recherche, lorsque les requêtes des internautes portent sur des noms d’artistes ou des titres de chansons.

L’intérêt du streaming pour Apple

On peut se demander également en quoi l’intégration des services développés par Lala.com dans iTunes, par exemple, apporterait une valeur ajoutée quelconque à l’éco-système bâti autour du logiciel d’Apple, de sa boutique de téléchargement et de son baladeur fétiche. Proposer, notamment, une écoute intégrale des titres de musique disponibles en magasin sur iTunes aux internautes serait un non-sens économique, dans la mesure où cela entrainerait pour Apple des coûts supplémentaires (les avances sur recettes et les minimums garantis évoqués plus haut) et serait susceptible, plutôt que de les promouvoir, de cannibaliser ses ventes de musique en téléchargement.

Le streaming, cependant, présente un intérêt certain pour Apple, car contre toute attente, les plateformes d’écoute de musique à la demande génèrent des ventes de musique en téléchargement conséquentes par l’intermédaire des buy buttons qu’elles soumettent de plus en plus systématiquement aujourd’hui à leurs utilisateurs. Ainsi Deezer est-il devenu le premier affilié d’iTunes en France aujourd’hui et le quatrième en Europe, quand le service de radio interactive Pandora est son premier affilié aux Etats-Unis.

Certes, Lala.com, dont le service n’a jamais été accessible qu’aux Etats-Unis, ne figure pas au rang de ces grands affiliés d’iTunes, mais son récent accord avec Google promettait de booster considérablement son audience et ses propres ventes, puisque la plateforme propose, entre autre, un catalogue de 7 milions de titres en téléchargement, au format MP3 et sans DRM. De quoi mettre en orbite, grâce à la force de frappe d’un moteur de recherche comme Google, un véritable concurrent d’iTunes.

Un ticket d’entrée dans le One Box Music Search de Google

Cette situation était d’autant plus embarrassante pour Apple que la firme de Cupertino était la grande absente des bénéficiaires potentiels du service One Box Music Search lancé par Google aux Etats-Unis. Le rachat de Lala.com, dans la mesure ou rien ne permet de penser qu’il puisse remettre en cause l’accord conclu par la start-up avec Google, permet donc à Apple de rentrer dans la boucle à moindre frais.

Selon les estimations les plus fiables, le montant de la transaction serait en effet de 17 millions de dollars, pour racheter une compagnie dont les réserves en cash s’élèveraient à 14 millions de dollars, soit un ticket d’entrée dans la One Box Music Search de Google de 3 millions de dollars. Une bagatelle pour Apple, qui lui garantit une exposition permanente et ciblée dans les pages de résultats du moteur de recherche, pour un coût bien moindre que celui de l’achat récurrent de mot-clés sur Google AdWords.

Certes, la présence de Lala.com dans One Box Music Search de Google va entraîner des coûts récurrents pour Apple, dans la mesure où la possibilité est offerte aux internautes d’écouter, par son intermédiaire, des titres de musique dans leur intégralité. Mais cette possibilité se limite à une seule écoute et à quelques titres seulement, ce qui permet une certaine maîtrise des coûts induits.

Par ailleurs, les minimums garantis reversés aux labels dans le cadre de cette exploitation, s’il y a lieu (1), ne devront pas être couverts par la vente de publicité ou d’abonnements mais donneront lieu à un retour sur investissement parfaitement mesurable en terme de ventes de titres en téléchargement générées sur iTunes... ou de vente de « websongs ». Car c’est une des particularités de Lala.com, que d’avoir développé la vente de websongs, ou droits d’écoute permanents des chansons en streaming sur Internet, à un prix dix fois inférieur à celui d’un titre vendu en téléchargement à l’unité.

"Cloud Computing"

Enfin, la start-up a développé une application permettant de scanner le disque dur des utilisateurs à la recherche de tous les fichiers musicaux dont ils disposent, pour les transférer ensuite sur des fermes de serveurs, de manière à ce qu’ils puissent être accessibles sur le mode du streaming, depuis n’importe où et en toute circonstance. Un système de « cloud computing » qu’Apple aura tout loisir de proposer aux utilisateurs de son logiciel iTunes et aux clients de sa boutique en ligne, susceptible de s’intégrer parfaitement à l’ensemble de son éco-système.

Ce serait une manière, pour Apple, de se positionner intelligemment dans l’environnement du streaming, sans avoir à assumer des coûts de diffusion rédhibitoires comme les autres acteurs du secteur ; en vendant simplement des droits d’écoute permanents (websongs) ou en offrant à ses clients un service de stockage déporté (locker) des chansons achetées sur iTunes.

(1) Apple devra vraisemblablement renégocier les accords de licence conclus avec les majors du disques et les labels indépendants par Lala.com et peut-être leur verser des avances sur recettes, mais ces dernières seront certainement bien moindres, le cas échéant, que dans le cadre de l’exploitation d’un service de streaming illimité.

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6 Commentaires

  1. Philippe Astor le 11 décembre 2009

    Petite précision, et non des moindres, apportée par un insider : "L’intégration de Lala.com permet de faire le pont entre iTunes et MobileMe. Apple abandonne progressivement les iPods à disque dur pour des appareils "solid-state", mais même si les capacités en mémoire flash rattrapent les disques durs, de plus en plus d’utilisateurs ont des libraries gigantesques impossibles à synchroniser sur un appareil portable, d’où le succès d’apps comme Pandora, Spotify ou Simplify. C’est également un signe qui confirme qu’Apple a compris que le streaming est la voie du futur, et on va sûrement voir la même chose avec les films et séries télé bientôt, où Apple subit la concurrence des opérateurs câble et de Netflix."



  2. Emmanuel Torregano le 11 décembre 2009

    Apple regarde du côté du streaming. Sans nul doute. Mais peut-être pas pour streamer des contenus issus d’une base de données centralisée. Il est possible aussi que ce système soit utilisé pour des usages encore peu connus, comme le fait de démarrer une session sur n’importe quelle machine connectée à internet. Il faudrait alors une architecture complexe de data center, et un accès en stream à ses propres contenus stockés sur un serveur familiale. Bref, l’horizon est vaste. Mais quand à remplacer le téléchargement, par un stream généralisé, cela me paraît hors d’atteinte avec les technologies actuelles, et encore trop incertain pour les années à venir. Il suffit de voir les complications posées par spotify sur iPhone. Le stream en mobilité est très gourmand en batterie, à cause des puces 3G, et cela ne va pas s’améliorer. En revanche un stockage interne, et un circuit de type iPod, ne consomme presque rien. Et consommera encore moins dans les années à venir.



  3. Jean-Philippe le 13 décembre 2009

    Je pense que le streaming video est peut-être ce que projette Apple. Les derniers iPhones sont équipés de camera, ils construisent un immense centre de données en Caroline du nord d’une valeur d’1 milliard de dollars et ils viennent d’autoriser les premiers apps de streaming. Que demander de plus ?

    Cela permettra sous peu, à n’importe qui, de diffuser des images en direct de n’importe où, pourvu qu’il soit dans le système d’Apple. Un accident ? Un concert ? Un mariage ? Tout sera ensuite stocké par Apple qui aura un "contrôle" sur toutes ces données pour les annonceurs par exemple.

    Peut-être dans 2 ou 3 ans ?



  4. X. le 13 décembre 2009

    Quand Ève croque la Pomme, Adam se la fait sucrée…

    Il est plus que limpide, que les ambitions Apple sont de maîtriser toute une chaîne production multimédia de demain, de la création à la diffusion.

    ex : Logic est un parfait exemple passé presque inaperçu chez les pros… Pauvre Avid… -50% partit en fumée !!!

    Et le pommier grandi, surtout au temps des cerises !Avez-vous des actions Apple ? De l’or en barre !!!(Attention, avis de très très forte dépression sur Nasdac 2010…)

    Apple c’est Pixar, Waldisney, une oreille chez Google, un doigt sur l’écran, la Tune de l’I phone, et tout le monde cour derrière… en se croyant devant !

    Apple c’est du hard war, tout en soft War. La maîtrise du jeu de Go avec forte expérience des échecs en plus.

    Le félin n’a pas besoin de rugir et lorsqu’il sort ses griffes, c’est déjà trop tard pour sa proie.

    Contrôle à distance, laisser sa proie se débattre inutilement, et comme tout gros chat qui se respect, faire durée le plaisir…

    La ruse au présent, des stratégies au long terme, FAI et autres n’ont qu’a bien se tenir…

    Tiens, j’entends un ronron. N’est pas le micro-soft qui caresse le fauve dans le sens des poils ? Attention sa queue remue déjà…

    Pauvre Sacem et sa petite exception culturelle… Pauvres Majors et leurs insolentes faillites.Leurs catalogues pour une bouchée, ou un coup de griffe. Un seul coup de griffe, c’est déjà trop…

    Quand Ève croque la Pomme, Adam se la fait sucrée…

    X.



  5. Philippe Astor le 14 décembre 2009

    Le commentaire de l’insider (mon comm. précédent) me conforte dans l’idée qu’Apple raisonne vraiment, en toute circonstance, comme un fabricant de hardware, dont les appareils ont vocation à s’inscrire au coeur de tous les processus d’accès aux contenus. Avec l’intégration du streaming, qui libère les usages, ses périphériques deviennent LE réseau. Les telcos et les cablos se font tous doubler par une firme qui profite de leurs lourdes infrastructures sans en supporter les coûts, et vient capter sa part de la valeur ajoutée des contenus, en vendant les petits concentrés de technologie nomade ou de salon qui permettent d’y accéder.



  6. X. le 14 décembre 2009

    @Philippe Astor.

    "comme un fabricant de hardware”

    Ce n’est plus à démontrer, mais le soft a une place de premier choix, dans le service compris et la sécurité.(ex:Apple n’abandonne pas l’idée DRM…)

    N’oublions pas non plus que son OSX repose sur UNIX. (prêt à l’ouverture Open BSD, si besoin…)

    Indépendant des puces IBM, il offre à INTEL de très belles perspectives.

    Mais surtout la symbiose Hard+Soft+ServiQ-Çcompris fait de lui le plus redoutable des félins.

    Aucun concurrent à ce jour !!!

    Suite au prochain épisode… Le Porta-Book qui répond à toutes vos questions en temps réel pour un bac philo à huit ans et le mastère en histoire-géo à dix ans, comptabilité juridique à 12 ans et l’Épade à 15 ans ! Même Jean le Starko sera un nain…

    X.



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