Christine Albanel fait le bilan de son ministère en attendant Claude Allègre
Christine Albanel s’est permise un large tour d’horizon de son action au ministère de la Culture et de la Création, lors du colloque organisé par NPA, en partenariat avec Le Figaro. La ministre a lancé l’idée d’une nouvelle loi visant à accroître l’offre légale sur Internet.
Il y avait comme un air de nostalgie dans la longue énumération de ses actions au sein du gouvernement de François Fillon. Assise et le teint halé, Christine Albanel s’est laissée aller lors de la clôture de la première partie du colloque organisé par NPA Conseil. Le thème de cette journée était marqué du sceau de l’espoir : « La crise, moteur du renouvellement et accélérateur des mutations ». Et c’est aussi le message que la ministre de la Culture et de la Communication a souhaité faire passer, peut-être s’agit-il d’une sorte du chant du cygne, alors qu’un remaniement ministériel se profile. Cependant aux derniers nouvelles, la locataire de la rue de Valois ne serait pas menacée dans ses fonctions par l’arrivée pressentie de Claude Allègre à un ministère transversal de l’innovation et de la recherche.
"Nous vivons une époque charnière", c’est ainsi que la ministre a introduit son laïus, suivi d’une liste des paradigmes apparus récemment dans la sphère des médias, dans laquelle on retrouve Internet, la télévision numérique terrestre (TNT), la télevision en mobilité, etc. De ces nouveaux médiums sont nés "de nouveaux comportements mais aussi notre manière de consommer les médias en a été modifiée", souligne la ministre. Bref, le champ du possible est ouvert, et rapidement, elle va le refermer.
Christine Albanel préfère en effet tout de suite fracasser tout cela sur le mur de l’argent : "comment une chaine peut investir pour se réinventer sur le net alors que ses recettes diminuent ? Comment continuer à innover dans un contexte de crise publicitaire ? Pour investir dans des fictions, qui est par essence risqué" ? Le constat est tout à fait légitime, il est vrai que les chaînes, TF1 en tête, ont réduit leurs investissements ces derniers mois pour faire face à la baisse des recettes. Cependant, il y a aussi une autre raison à cela : la réforme de l’audiovisuel voulu par le président Nicolas Sarkozy, dont les effets sur la publicité et le paysage audiovisuel sont encore loin d’être tous identifiés.
La crise à la rescousse
En bon soldat, la ministre s’est donc lancée dans une défense de la loi dite SMA, expliquant que celle-ci, bien loin d’avoir été une arme anti-service public et un cadeau pour TF1 et M6 "est venue à point nommé : elle n’a pas été décidée par la crise, mais elle est venue accompagner et amortir les effets de la crise". De l’art de savoir porter le bon côté de la veste... "En supprimant la publicité, on renforce l’identité de France Télévisions, on établie des règles de concurrence plus saine, on redistribue les cartes et on desserre l’étau qui étouffe le secteur", a surenchéri la ministre. Cependant, on peut s’interroger sur la suite de cette affaire, lorsque justement la crise se sera résorbée, et que les groupes de télévision privée auront su trouver la parade à l’érosion de leur audience en se renforçant par de multiples acquisitions de chaînes. La place de France Télévisions risque d’être bien mince au final. "Si la réforme n’avait pas eu lieu, France Télévisions aurait été dans une situation périlleuse, on aurait été obligé de prendre des mesures d’urgence", clôt Christine Albanel, avant d’attaquer l’autre gros morceau de son mandat, la loi "Internet et Création".
Cette fois, la ministre ne s’attarde pas sur les effets du texte. De toutes les manières, personne ne sait prédire avec exactitude si cette loi va ou non permettre aux industriels de la culture de faire leur beurre sur le Net. "Internet et Création était là pour créer un cadre psychologique", a souligné la ministre. Service minimum ! Place donc à l’avenir, et Christine Albanel lance l’idée d’un "deuxième mouvement" après Hadopi, qui sera orienté vers un accroissement de l’offre légale et une meilleure répartition des revenus entre les producteurs, les artistes, etc. Malheureusement, on en saura pas plus sur les directions envisagées par ce nouveau travail législatif. "On ne résout pas tous les problèmes, mais on se mobilise pour que les uns et les autres puissent traverser la crise dans les meilleurs conditions possibles", assure la ministre pour finir son intervention. La nostalgie en a pris un coup.
- Clefs
- C. Albanel hadopi TF1 TNT
