Christophe Sabot entre Lagardère et NRJ
Christophe Sabot, le patron du pôle musique de Lagardère, quitte ses fonctions pour rejoindre, sauf surprise de dernière minute, le groupe NRJ et prendre en main le redressement du groupe sur le marché de la radio et de la télévision.
C’est une histoire comme aimaient à les raconter les réalisateurs hollywoodiens de la grande époque. Pleine de violence, de vengeance et de rancoeur, mais avec aussi des rebondissements surprenants et à la fin une réconciliation autour de quelques valeurs fortes... A la différence d’une superproduction, ce feuilleton qui se joue aujourd’hui entre Lagardère et NRJ n’a pas encore de fin connue. Tout reste en suspens, le temps que le bruit des armes s’estompe.
Depuis plusieurs semaines, les langues se délient au sein du groupe Lagardère. Au siège situé rue de Presbourg, le départ de Christophe Sabot, le directeur du pôle musique de Lagardère Active, la filiale médias du groupe présidée par Arnaud Lagardère (voirC. Sabot pourrait quitter le groupe Lagardère pour NRJ) n’est plus un secret depuis longtemps. Christophe Sabot veut partir et les offres séduisantes qui lui sont faites n’y changeront rien.
C’est donc sans surprise que cet après-midi, Lagardère a annoncé dans un communiqué la démission de Christophe Sabot de ses fonctions. Didier Quillot, président de Lagardère Active, a dans le même temps dévoilé une réorganisation de l’activité musique. Celle-ci est scindée désormais en deux parties avec une direction des radios musicales France et internationales, occupée par Jean-Christophe Lestra, tandis qu’Emmanuelle Guilbart prend la tête de la même structure pour la télévision. Un choix qui peu paraître surprenant de prime abord, car il entérine une séparation de la radio Virgin et de sa soeur cathodique Virgin 17 dans l’organigramme du groupe, sectionnant ainsi les vaisseaux d’une synergie d’antenne.
Le fils prodigue
Pour Christophe Sabot, maintenant libre de tout engagement, la trajectoire a tout d’un retour vers le futur. En effet, l’ancien directeur d’antenne d’NRJ a choisi de revenir vers NRJ, le groupe qu’il avait quitté il y a quelques années déjà, dans des circonstances assez inconfortables. A l’époque, Christophe Sabot avait quitté le groupe de la rue Boileau, estimant que Jean-Paul Baudecroux, le président d’NRJ, n’avait pas su le récompenser à sa juste mesure. Alors qu’il venait juste de monter de toutes pièces deux programmes phares de la FM française actuelle : Nostalgie et Chérie FM.
Ce choix de revenir auprès de Jean-Paul Baudecroux, malgré d’autres propositions alléchantes venant d’autres entreprises du secteur des médias, montre certainement à quel point Christophe Sabot est attaché à cette radio. Là, où aux côtés de Max Guazzini, il avait appris comment faire un programme et de battre ses rivaux. Il en faut peu pour voir là le retour du fils prodigue.
Malheureusement, les années en or de la radio sont révolues. Aujourd’hui, NRJ se bat pour ne pas voir son audience trop se dégrader face aux autres stations, dans un secteur qui pâtit considérablement des nouvelles habitudes d’écoute des jeunes, tournés vers les médias en ligne ou les banques de musique comme Deezer ou Last.fm. Même constat concernant les recettes de la station. Les revenus publicitaires sur la radio en France s’essoufflent. Enfin, le pari du groupe sur la téléphonie mobile a été émaillé d’erreurs importantes. Au point qu’aujourd’hui, NRJ s’est presque complètement retiré de cette activité et pourrait entamer prochainement des négociations avec un opérateur sur un modèle de licence.
Départ de Marc Pallain
De fait, l’arrivée de Christophe Sabot, qui devrait être officielle en début de semaine prochaine, a été préparée par le groupe. La structure conseil de surveillance-directoire a été abandonnée pour revenir à une forme plus classique de gouvernance. Marc Pallain est donc démis de ses fonctions de président du directoire et Jean-Paul Baudecroux redevient président directeur général d’NRJ. Christophe Sabot devrait trouver une place naturelle aux côtés du fondateur, mais avec une responsabilité opérationnelle totale. D’autres changements sont à prévoir dans les équipes de direction. Mais le plan d’économies et de rationalisation des activités initié par Marc Pallain sera poursuivi. Enfin, le groupe NRJ ne devrait pas quitter la cotation comme certains observateurs ont pu l’envisager.
Néanmoins, l’épilogue n’est pas connu. Et la cohabitation entre Christophe Sabot et Jean-Paul Baudecroux pourrait s’avérer tendue dans les premiers mois de cette nouvelle ère. Une ère marquée par le saut de la tragédie grecque, celle qui selon les règles, au cinquième acte, se termine sur un coup d’éclat.
*Photo : Julien Cauvin
