David el Sayegh : "Il faudra attendre un an avant de juger des effets d’Hadopi"
Une étude menée par l’université des télécoms de Bretagne tend à montrer que les internautes ne sont pas effrayés par Hadopi, la loi visant à freiner les ardeurs du piratage sur le Net. David El Sayegh, secrétaire général du SNEP, réfute le bien fondé de ces conclusions.
ElectronLibre : Quelle crédibilité peut-on accorder à l’étude menée par l’université de Rennes sur l’influence d’Hadopi sur les réseaux pirates ?
David El Sayegh : Aucune. Il ne s’agit que d’un sondage sur une population non-identifiée. A dire vrai, seule une analyse des réseaux et notamment des flux issus des ports peer-to-peer permettrait de garantir la véracité des faits énoncés.
Or il n’en est rien s’agissant de l’étude en question qui se contente d’un relevé d’opinions et d’intentions. Demandez aux personnes qui abandonnent leur chien avant un départ en vacances : ils vous répondront dans une grande majorité que celui-ci a la rage ! Par ailleurs, l’étude omet un élément clef dans l’analyse de la loi Hadopi : cette loi n’est pas encore appliquée en l’absence des décrets permettant sa mise en œuvre. Dans ces conditions, vous conviendrez qu’il est difficile d’apprécier l’efficacité d’une loi tant que cette dernière n’est pas mise en œuvre.
Enfin, il est avéré que le marché du numérique se développe de manière significative dans les pays qui ont mis en place une législation destinée à lutter contre le piratage sur Internet. A titre d’exemple, et consécutivement à la mise en place d’un arsenal juridique destiné à lutter contre la piraterie sur Internet, la Suède a vu son marché numérique augmenter en 2009 de 98 % : les revenus liés au téléchargement ayant augmenté de 28 % et ceux concernant le streaming ont été multipliés par 4 !
EL : Dans combien de temps pourrons-nous avoir une idée précise de l’effet de cette loi sur le piratage de la musique ?
DeS : Je pense que l’on peut constater un premier effet psychologique de la loi avec une augmentation du téléchargement sur Internet de 56 % en 2009. Mais cette effet psychologique sera de courte durée si la loi n’est pas appliquée. Un premier bilan pourra être effectué 1 an après sa mise en œuvre effective.
EL : Les pro-P2P ont toujours affirmé que les dispositions anti-piraterie de loi étaient facilement contournables. Qu’en sera t il vraiment selon vous ?
DeS : Je m’étonne que l’on puisse affirmé que la loi Hadopi n’appréhende qu’une seule technologie de piratage, en l’occurrence le peer-to-peer, alors qu’il existe dans cette même loi des dispositions spécifiques visant à lutter contre les sites de streaming illégaux, à savoir l’article L.336-2 du Code de la propriété intellectuelle qui permet de bloquer tout contenu illicite communiqué par un service en ligne. Par ailleurs, s’il existe d’autres manières de pirater que le P2P, cette technologie – déjà ancienne – reste la plus efficace pour les échanges de fichiers audio. Elle est peu couteuse et permet un accès à un nombre significatif de fichiers. Elle ne sera jamais supplantée par le direct download. Quant au streaming, vous constaterez qu’il n’existe aucun site de streaming audio illicite.
Mais surtout, je pense que le développement des offres légales – notamment celles permettant une portabilité du streaming – va ringardiser le téléchargement illégal puisque les consommateurs privilégient l’accès au stockage et souhaitent une offre et un éditorial de qualité, ce qui est offert par les nouveaux services en ligne.
