France Inter et Europe 1 remontent à grande vitesse
La radio est un média formidable. Il est surtout celui qui parle aux intelligences de ses habitués. Et en période de crise, financière, internationale ou autre, cette première qualité dope l’audience des stations. Surtout de celles qui prennent le temps de parler et d’expliquer.
La dernière enquête de Médiamétrie, mesurant l’audience des stations sur la période novembre-décembre 2008, illustre assez bien ce paradigme de la radio, comme source de "compréhension" pour les auditeurs. Avec des subtilités qui tiennent d’ailleurs à la précision des formats mesurés. Ainsi, RTL arrive encore une fois en tête des radios françaises selon le 126 000 Radio (Médiamétrie interroge un panel de 126 000 personnes sur une année) avec 12,7% d’audience cumulée sur les deux mois, ce qui représente une baisse de 0,2 point sur un an. Rien d’alarmant, mais pour la station de la rue Bayard, il s’agit d’un deuxième fléchissement depuis la rentrée. Signe des temps, la tranche des "Grosses têtes", l’émission phare de la station, a perdu 88 000 auditeurs en un an. Elle était déjà en baisse lors du sondage précédent.
En revanche, les autres radios généralistes se sont très bien comportées. Europe 1, France Inter et RMC rivalisent sur cette vague. La radio amirale du groupe Lagardère confirme sa bonne entrée en matière cette année, avec une progression record. L’audience de la station passe de 9 à 10% et en profite pour crever le plafond des 5 millions d’auditeurs quotidiens (5 155 000 précisément). La direction de la radio y voit un encouragement pour sa nouvelle stratégie de "généraliste". "Il faut une vraie généraliste, avec du divertissement et de la musique. Ce n’est plus une news talk. Il n’y a plus d’interdit. L’événement sera toujours au coeur de l’antenne", explique Marc Gonnet, directeur du marketing et du développement. Fait rare, Europe progresse sur 100% de ses tranches, avec un très bon départ dès 7 heures. La matinale entre 7 heures et 8 heures est écoutée par 2,148 millions de personnes, soit 239 000 de plus sur un an. Et c’est du même tonneau sur la demi heure suivante avec 231 000 auditeurs supplémentaires et 212 000 avant 9 heures. En revanche, à partir de 9 heures 30, l’audience passe parfois dans le rouge. Cette fois, Michel Drucker n’a pas aussi bien profité de la fusée Canteloup. Toutefois, la tranche jusqu’à 11 heures gagne en tout 37 000 auditeurs. Morandini s’installe véritablement sur la tranche du 11-14 heures, avec un gain d’auditeurs substantiel (+145 000 sur un an), pour un total de 1,9 million. La suite est aussi satisfaisante dans l’après midi. Pradel, Ruquier font mieux d’un an sur l’autre, avec des progression de 50% pour le premier. Enfin, si lors de la vague précédente, le duo Marie Drucker - Patrick Cohen avait déçu, il s’est parfaitement redressé cette fois, avec 1,14 million d’auditeurs sur la tranche 18-20 heures (+9%). Le soir est plus mitigé. Le sport est plus ou moins apprécié. Avec une majorité de quarts d’heures en baisse vers 21 heures. Cependant, le nombre d’auditeurs est en augmentation sur la tranche.
Guyon mieux qu’Apathie
France Inter n’a pas à rougir devant la performance du Europe 1 d’Alexandre Bompard. La station du service public semble avoir aussi trouvé la formule miracle avec une progression de 0,7 point pour une audience cumulée de 10,6%. Son directeur général, Frédéric Schlesinger, explique donc que "la génération qui avait 20 ans dans les années 80’, et qui est né avec les musicales de la FM, découvre maintenant qu’il existe aussi des généralistes. Des radios qui apportent des clefs pour comprendre notre monde". Sur France Inter, cette soif de comprendre se concentre ainsi sur la matinale qui voit son audience grimper encore avec un pic à 1,95 million d’auditeurs entre 7 heures 30 et 8 heures - Stéphane Guyon passe devant Apathie qui officie sur RTL. En tout la matinale de Nicolas Demorand gagne 250 000 auditeurs en un an. La station est alors la première de France. Autre satisfaction, la tranche animée par Stéphane Bern et son équipe progresse également avec 200 000 auditeurs en plus. "Nous sommes à un point d’inflexion de l’audience de la radio en France. Jusqu’ici les musicales dominaient, dorénavant les généralistes sont bien parties pour reprendre le leadership de la FM", souligne le directeur d’Inter.
Les musicales à la peine, sauf Skyrock
Bref, la dernière des généralistes, la station RMC, enregistre son 30ème sondage avec une progression de son audience cumulée. Cette fois RMC émarge à 6,2% (+0,1). Il est intéressant de voir que le format d’infos en continu de France Info n’a pas réussi à capitaliser sur la demande de "sens" des auditeurs en cette période de crise. La station du service public passe de 9,6% à 9,1% d’audience cumulée en un an.
Dans le camp des musicales. C’est la soupe à la grimace. NRJ, roi déchu de la FM, peut avoir quelques raisons de croire à une rémission prochaine. La station de la rue Boileau perd 0,8 point, avec 10,7% d’AC, mais une progression par rapport à la vague Septembre-octobre. Pour les autres stations du groupe, c’est assez mitigé. Rire et Chansons tire son épingle du jeu (3,6%, +0,3), mais Nostalgie baisse encore avec 7,4% contre 7,7% l’an passé. Les rivales Fun Radio et Virgin Radio sont aussi largement en baisse. Ceci montrant clairement que la radio musicale pour un public jeune est bien en crise. Sauf pour Skyrock, la station "de la nouvelle génération", qui s’en sort bien mieux avec une hausse de 0,5 point (7,8%).
En conclusion, le média radio est en baisse sur cette période. Et celle-ci est largement due aux stations musicales, qui subissent de plein fouet les changements de comportement liés à la généralisation de l’écoute de musique sur Internet, dont le site Deezer est l’un des fleurons. D’ailleurs, ce dernier devrait bientôt proposer de la publicité dans ces flux musicaux, comme une radio ordinaire de la FM.
