France Télécom prêt à enfoncer les doigts dans la prise électrique
A l’instar de Belgacom, France Télécom pourrait très bientôt proposer aussi de vendre de l’électricité. Un projet allant dans ce sens est déjà sur le bureau de Stéphane Richard.
Un tuyau est un tuyau et une agence commerciale est une agence commerciale. Bientôt, les clients qui pousseront les portes de celles de Belgacom pourront souscrire à un forfait téléphonique, une ligne fixe, une connexion Internet, un bouquet de chaînes télé... et un forfait électrique ! Révélée par Le Soir, l’information n’a rien d’une blague : la société belge de téléphonie ne fait que profiter de la libéralisation du secteur votée par le Parlement européen en avril 2009. Une histoire belge qui pourrait pourtant tout aussi bien se raconter en France.
Comme France télécom, Belgacom est l’opérateur historique, et bénéficie à ce titre d’une avance considérable sur ses concurrents : plus 5 millions de clients mobiles selon ses résultats 2009, soit un Belge sur deux ! A cela s’ajoute le plus grand réseau d’agences du pays (100 boutiques)... là où France Télécom en revendique 700 en France, depuis le rachat des murs de Photo Station et Photo Service. Une force de frappe sans équivalent dans le privé. L’offre Belgacom d’électricité s’appuierait sur Lampiris, transporteur d’électricité, un équivalent belge de RTE, chargé du réseau d’acheminement de l’énergie produite par EDF. Que demande Stéphane Richard ? Des chiffres peut-être. Eh bien, ils sont déjà sur son bureau...
Redistribuer les cartes aux mastodontes
Comme le révélait Gilles Tanguy sur Capital.fr, le cabinet BearingPoint a fait une évaluation du potentiel économique de cette diversification : « entre 235 et 337 millions d’euros de résultat net cumulé de 2010 à 2015 », pour la simple gestion commerciale. A la manière des MVNO (NRJ Mobile, M6 Mobile, etc.), France télécom ne s’occuperait que de la vente du service et de la relation client, laissant le réseau à RTE et les centrales à EDF. Le tout sous la très « high tech » étiquette de « smart grid », concept de gestion intégrée des réseaux (électrique, télécom, eau, gaz, etc.) permettant un meilleur contrôle des flux et de la consommation.
Stéphane Richard a cependant d’autres priorités en tête pour le moment : tester une équipe encore à l’état de brouillon, relancer l’innovation et établir des têtes de pont dans les marchés à forte croissance (Afrique, Golfe, Europe de l’Est)... et surtout passer la crise sociale (et médiatique) de l’opérateur, que la sortie du rapport Technologia sur le stress ne va pas calmer.
Ses intentions de recentrer France télécom sur les « utilities » (la gestion de l’acheminement des consommables d’usage courant) semblent pourtant compatibles avec de telles perspectives. Le géant Deutsche Telekom, en cheville avec ABB, travaille déjà sur des smarts grid et des compteurs « intelligents ». Paradoxe de la libéralisation à outrance : au lieu d’amener à la création de nouveaux acteurs, elle ne fait que redistribuer les cartes aux mastodontes des autres secteurs, de Veolia à Eon. Les télécoms se mettent à rêver d’électricité, les banque vendent des forfaits téléphoniques... Reste à savoir si le nouveau patron de France télécom, homme de réseau s’il en est, trouvera à négocier avec EDF pour s’offrir un ticket pour le premier rang de ce nouveau match.
