Frédéric Mitterrand au Midem, le bilan d’un mal aimé
Lors de l’ouverture du Midem, le marché international de la musique à Cannes, Frédéric Mitterrand a fait son bilan, et officialisé la naissance du CNM.
Il ne rentrera pas à Jarnac. Ce n’est pas son style. Pour cette journée d’ouverture du Midem à Cannes, placée sous le signe des intérêts de l’industrie française, Frédéric Mitterrand a servi un discours truffé d’hommages et d’avertissements. Le ministre de la culture et de la communication sait qu’il ne laissera pas une trace indélébile, et que pour la plupart des acteurs de la filière culture son probable départ de la rue de Valois ne représente pas une si mauvaise nouvelle que cela.
Cependant, il faut reconnaître le courage de celui qui fut une simple prise de guerre du Président de la République, lorsque vient le temps de tirer un bilan de son action. Pour faire bonne mesure, le successeur de Malraux, Lang ou plus récemment Renaud Donnedieu de Vabres, tire sa révérence sur la signature d’un accord qui devrait, lui, faire date pour la filière. Le centre national de la musique est né aujourd’hui dans une salle du hall riviera - tout un programme - du Palais des festivals, sous le regard du maire Bernard Brochand. Pour l’occasion, tous étaient réunis autour du ministre : syndicats, producteurs, éditeurs, sprd, etc. Seule la CGT spectacle s’est montrée indisciplinée, interpellant à juste titre Frédéric Mitterrand à la fin de son discours, sur la réalité de l’application de cet accord. Car, comme nous l’annoncions, le CNM est une belle idée sur le papier pour la filière, qui sera dotée d’un budget pour 2012 de 15 millions d’euros et servira autant la production que la distribution de la musique, mais le calendrier est serré. Le texte signé n’est qu’un accord, il contient des engagements, la création effective d’une association par exemple, et la promesse du gouvernement concernant le calendrier législatif. Difficile de croire que cela pourra être tenu avant la fin de cette mandature ... D’ailleurs, prudent, Frédéric Mitterrand a tenu à saluer le rôle de Laurence Franceschini, indéboulonnable patronne de la DGmic, qui pour le ministre assurera "la continuité de l’action et des engagements".
Agenda tendu
Didier Selles a maintenant quelques semaines pour faire avancer les dossiers chauds, notamment ceux concernant les accords financiers pour le disque. Les producteurs sont en effet mis à contribution dans le CNM, mais ils comptent bien aussi récupérer au moins cet investissement par les aides affectées. La bataille sera aussi intense avec le spectacle vivant... Bref, le spectre d’un ratage du train de la loi de finance rectificative se profile et il serait certainement dommage pour la filière d’apparaitre diviser avec un agenda aussi périlleux.
Après la maïeutique du CNM, Frédéric Mitterrand a salué l’Hadopi, et sa présidente, Marie Françoise Marais, qui avait fait le déplacement. Le ministre a affirmé que les "plus récentes des études montraient l’efficacité" de cette loi, sans citer l’ifpi, et que "deux millions d’internautes ont déserté les réseaux P2P (...) autant de clients gagnés pour les plateformes légales". Voilà qui a sonné comme une réplique au discours de François Hollande lors de la biennale de Nantes, dans lequel le candidat affirmait, pour sa part, que Hadopi "ne marchait pas" et qu’il valait mieux la supprimer... Pour finir, Frédéric Mitterrand s’est aussi attardé sur l’affaire MegaUpload, en forçant le trait, puisqu’il a souhaité que "2012 soit l’année marquant la fin des sites de streaming illégal". Le dossier est sur la table d’Hadopi, rue de Texel...
