Grève aux NMPP, pas de presse dans les kiosques
Pas de quotidiens nationaux ce matin dans les kiosques. Pas d’hebdomadaires non plus à Paris, ils ne paraîtront que demain. L’impression et la distribution de la presse française sont perturbées suite à une grève de 24 heures au sein des Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP) menée hier à l’appel du Syndicat général du livre et de la communication écrite (SLGCE) CGT.
Face à ce blocage et, surtout face aux incidents survenus dans la nuit du 8 au 9 juin devant une imprimerie de province, au cours desquels des militants ont brûlé des journaux, la colère est montée chez les éditeurs de presse. Les patrons de 12 grands titres nationaux (Le Figaro, Le Monde, La Croix, Libération, Les Echos, La Tribune, International Herald Tribune, Paris-Turf, France-Soir, Le Journal du Dimanche, Le Parisien-Aujourd’hui en France) ont publié hier matin une "lettre ouverte à ceux qui veulent tuer la presse quotidienne". Les signataires s’adressent "à la poignée d’irresponsables qui depuis deux mois, chaque nuit, ont pris en otage la presse quotidienne nationale". Ils expliquent ne pouvoir ni ne vouloir arrêter une réforme destinée "à sauver le système de distribution français". Le site d’information Bakchich révèle en outre que 550 000 exemplaires du Parisien, qui fait pourtant partie du groupe de la presse régionale et ne devait pas être concerné pas la grève, ont été bloqués par le Syndicat du livre à la sortie des imprimeries. Le bras de fer est donc lancé entre les éditeurs de presse et le Syndicat du livre. Prenant acte de cette réaction, la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication (FILPAC) CGT, qui coiffe le SGLCE CGT, demande une réunion avec le Syndicat de la presse quotidienne nationale dans les meilleurs délais. Aucune réponse n’a été donnée à cette demande pour le moment.
Occupation
Hier, les militants du Livre CGT se sont réunis dans les locaux du syndicat avant que 250 d’entre eux n’investissent les bureaux de Lagardère, opérateur et actionnaire à 49% des NMPP, rue de Presbourg dans le 16ème arrondissement de Paris. Une réunion devrait se tenir cet après-midi. Les syndicalistes souhaitent qu’Arnaud Lagardère donne les coudées franches à Rémy Pflimlin, directeur des NMPP, pour discuter. Le Livre CGT se plaint d’avoir fait des propositions depuis plusieurs mois sans être entendu. Dans une lettre au secrétaire général de la FILPAC CGT, Rémy Pflimlin affirme sa volonté de négocier. Le conflit, qui couve depuis plusieurs mois, porte sur la restructuration du système de distribution de la presse, sur lequel les NMPP ont quasi-monopole depuis leur création au lendemain de la guerre, par les éditeurs de presse réunis en 5 coopératives. Les NMPP initient une restructuration de la distribution qui s’inscrit dans un plan d’économie baptisé DEFI 2010, "un projet stratégique", selon Rémy Pflimlin, "nécessaire à la pérennité et au développement de la presse en France".
Précarisation
Jean-François Ropert, du Syndicat du livre CGT, estime au contraire que la réforme va aggraver la précarisation du système de distribution de la presse. "Nous ne nions pas la nécessité de faire des économies. Cependant, le plan prévoit la suppression de 350 emplois. Comme aucune automatisation n’est en cours, la direction annonce qu’elle remplacera les partants par des travailleurs précaires, employés à l’heure ou à la journée et payés dans le meilleur cas au SMIC horaire". Le plan prévoit en outre une réduction à 135 du nombre des dépôts de presse. Selon le Syndicat du Livre, rejoint sur ce point par le Syndicat national des journalistes (SNJ) CGT, le pluralisme de l’information est en jeu. "Ce nouveau système risque d’aboutir à une distribution à deux vitesses. Les titres à faible tirage auront du mal à survivre". Le syndicat invoque la loi Bichet, qui pose un traitement égalitaire des journaux.
Un conflit de plus, donc, dans la longue liste de ceux qui agitent l’édition de presse depuis l’après-guerre. Dans l’attente du résultat des négociations, le syndicat a annoncé la reprise du travail ce soir.
- Clefs
- distribution Lagardère Négociations PQN
