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Hadopi, l’EPIC FAIL des accords de l’Elysée

Le Conseil Constitutionnel a dit non. La loi "Internet et Création" va donc être modifiée au plus vite. Seul le juge aura le pouvoir de couper la ligne aux récidivistes de l’échange de fichiers. Le gouvernement n’a pas d’autres choix pour tenir sa parole et sauver les industries de la culture. Sinon, les lettres de sommations adressées aux internautes par Hadopi ont toutes les chances de finir avec les prospectus de loterie et les offres d’abonnements à la presse promettant en prime une encyclopédie, à la poubelle.


C’est l’histoire malheureuse d’un "cavaliere" monté sur talonnettes amoureux d’une chanteuse... Lorsque Denis Olivennes, ancien patron de la Fnac et pas encore nommé à l’héritage des Saniboyeurs SFA, se voit remettre la mission de sauver l’industrie de la musique, tous ont en mémoire l’épisode tragi-comique de la loi sur le droit d’auteur à l’ère numérique (Dadvsi). Celle-ci avait été retoquée brutalement par le Conseil Constitutionnel en 2006, au motif que précisément elle ne respectait pas le caractère fondamental de la propriété intellectuelle et artistique. Autrement dit, ne cherchez pas, le P2P c’est de la contre-façon, un point c’est tout, et cela mérite trois ans de prison assortis de 300 000 euros d’amende. Devant l’ampleur de la chose - en effet s’il fallait traîner en justice tous les internautes qui pratiquent l’échange sur ces réseaux, soit vous et moi, la machine judiciaire risquait l’engorgement en quelques jours seulement -, le gouvernement avait préféré choisir une autre voie. De là sont nés les accords de l’Elysée, signés par les industries de la culture, les fournisseurs d’accès, et l’Etat. L’objectif était clair : faire la promotion de l’offre légale sur l’Internet et surtout manier le bâton, le cas échéant... Mais surtout, il était indispensable de passer outre les injonctions du Conseil Constitutionnel. L’astuce a consisté dans la création d’un nouveau délit : le défaut de sécurisation de la connexion Internet. Grâce à lui, le père de famille n’allait plus être traité de vulgaire pirate, mais seulement pénalisé pour n’avoir su comment empêcher ses adolescents turbulents de se servir de leurs ordinateurs pour télécharger des fichiers protégés par le copyright.
Seulement voilà, hier le Conseil Constitutionnel, et avant lui le Parlement Européen a hurlé son désaccord, avec la même maestria que lors de l’examen loi Dadvsi, et cela malgré l’arrivée de quelques nouveaux membres en son sein, comme l’ancien président de la République Jacques Chirac, ou son actuel président Jean-Louis Debré.


Fillon dit non

Au tableau des accidents de chasse du ministère de la Culture et de la Communication sont maintenant inscrits deux décisions de la plus haute autorité du pays. Un double bonnet d’âne qui sera bien lourd à porter et qui d’un point de vue politique ne manquera pas d’être discuté à l’Elysée. Christine Albanel doit-elle être mise sur la touche, ou non ? Cependant, il serait injuste de faire peser tout le poids de cette double débandade sur les frêles épaules de celle qui n’a jamais caché son amour pour les vieilles pierres, et ses touristes. Pour être juste, la décision de ne pas conférer au juge le pouvoir de la sanction dans le processus de riposte graduée n’a pas été prise par la rue de Valois, et encore moins par l’Elysée. Autrement dit, la source de tous les déboires est ailleurs, pas très loin, remarquez, puisqu’elle est située entre Matignon et la Chancellerie. Lors de la traditionnelle discussion interministérielle préalable à la rédaction du projet de loi "Création et Internet", Olivier Henrard, le conseiller de la ministre Christine Albanel, avait préconisé que ce pouvoir de sanction, d’imposer une coupure de l’accès à Internet, soit laissé au juge et non pas remis entre les mains de l’Hadopi. Finalement, François Fillon, dont on connaît le peu d’entrain à soutenir cette loi, a finalement arbitré contre la rue de Valois. Un choix qui était motivé par un constat imparable : confier au juge le rôle de couper les tuyaux, c’est à coup sûr risquer la surchauffe dans les tribunaux. Peine perdue, il en sera tout de même ainsi, à la suite des interventions poil à gratter des députés socialistes, qui ont demandé l’avis du Conseil Constitutionnel.


Belles guitares

De même, au niveau européen, la faiblesse du texte français était bien connue. Et le député PSE, Guy Bono n’a pas eu trop à s’employer pour faire tomber la France dans le piège qu’il lui avait tendu, par deux fois. A une nuance près, et de taille, les députés européens, dans leur grande majorité, se fichent bien d’Hadopi, mais votent toujours "oui" lorsqu’on leur demande de ratifier un texte général sur les droits fondamentaux européens. L’attitude bravache de la France dans cette histoire ne fait évidemment rien pour arranger les choses, bien au contraire. Ah que ne ferait-on pas par amour de la chanson et des belles guitares...
Bref, aujourd’hui la tête un peu lourde et embrumée par les excès de la veille, les anti-Hadopi n’ont, comme souvent, pas vu venir les dangers nouveaux et plus terribles qui les menacent. Tout autant que les pro-Hadopi sont prêts à toutes les initiatives législatives pour arriver à leurs fins, quel que soit le prix à payer. Le gouvernement prépare actuellement deux articles techniques qui vont être présentés rapidement au Parlement. Il s’agit d’étoffer l’arsenal du juge avec le pouvoir de sanctionner par une coupure de la connexion les récidivistes du P2P ; et en second lieu, de mettre en place une procédure accélérée pour éviter la "surchauffe" tant redoutée par le Parquet. Que signifie une procédure accélérée ? Simplement, que les affaires seront traitées par paquet de contrevenants, et l’application de la peine se fera comme pour les excès de vitesse, sans moyen de défense. Hadopire vous salue bien...


26 Commentaires. Ajoutez le votre +

jean 11 juin 2009

relisez bien ce que dit le conseil constitutionnel et vous verrez que vous ne faites que rapporter les voeux des lefebristes, dans tous les cas la charge de la preuve ne pèse plus sur le téléchargeur, l’ip ne fera pas le "voleur", donc même par paquet de douze il va en falloir des descentes de polices :D

Emmanuel Torregano 11 juin 2009

Tout à fait, il reste un soucis sur cette question à régler pour le gouvernement, elle est liée à la présomption d’innocence, très justement relevée par le CC. Mais cela ne les empêche pas d’assembler la machine judiciaire en ce moment. D’où l’intérêt de ce papier.

 11 juin 2009

Le CC n’a pas non plus jugé la constitutionnalité de la peine de suspension (quid de l’enrichissement des FAI ?).

ikariya 11 juin 2009

le soucis c’est que meme si on facilite le traitement des affaires, comme il s’agit d’un délit il faudra bien des preuves et l’IP en soi n’en etant pas une il suffira de contester pour se voir blanchi sauf a ce que la police débarque chez tous les P2Pistes au matin pour verifier tout ça !

Sand 11 juin 2009

Je suis d’accord avec ce papier, de oui, Hadopi n’est pas passée, mais, il faut pas pour autant que ce soit la débandade des internautes coupables de téléchargements à hauts niveaux, se croyant protégés par la censure d’Hadopi. Car oui, c’est très possible que ceci soit un appât pour mieux attraper.
Soyez vigilants, restez en alerte.
ce n’est pas fini.
Nicolas Sarkozy est toujours au pouvoir, ne l’oublions pas.

Guillaume Champeau 11 juin 2009

Avec tout le respect que j’ai pour toi Emmanuel, tu te trompes. Le CC a été on ne peut plus clair sur le fait qu’il faudra respecter le contradictoire, la présomption d’innocence, et la proportionnalité des peines. Ca interdit tout ce que tu dis en conclusion, qui restent des rêves de lobbys. Pour les anti-Hadopi, c’est la victoire la plus essentielle. S’ils veulent faire une loi qui encombre les tribunaux avec quelques affaires de P2Pistes, tant mieux. Les juges comprendront vite que les preuves sont insuffisantes, et tout tombera à l’eau. C’est bien ça qui a justifié de passer par l’autorité administrative.

kikou 11 juin 2009

Tous ces texte ne sont que le prétexte pour mettre en place un fliquage organisé. Alors sanction ou pas, les fitres (de téléchargement dans un premier temps, puis autre chose suivant les souhaits de la direction) seront installés dès l’automne.

Emmanuel Torregano 11 juin 2009

Cher Guillaume, ce que tu dis est vrai. Il serait idiot de le nier, mais n’ayant pas encore la méthode qui sera utilisée par la rue de Valois pour le contourner, je l’ai pour l’instant laissé de côté. Pour le moment, on en est là : La rédaction de deux articles pour mettre les P2Piristes dans les tribunaux et un transferts des pouvoirs de l’Hadopi vers le juge. Si tu as des infos sur le reste, je suis preneur.

 11 juin 2009

Je suis d’accord avec les autres posteurs que la justice mitraillette est impossible à cause de la nécessité d’une enquête de police et de l’analyse des disques durs pour prouver la réalité du téléchargement illégal.



D’un autre côté, si le gouvernement passe une loi pénale qui crée un délit de téléchargement illégal à but non commercial avec des peines qui correspondent à ce qui était prévu dans la loi Hadopi cela ouvrira la voie à des procédures raisonnables contre les téléchargeurs. Si de l’autre côté l’Hadopi envoie des courriers en recommandé sur du papier barré tricolore avec "Attention vous êtes repéré, votre dossier est envoyé au juge" cela aura sans doute un effet. Cela fera baisser un peu l’utilisation de e-mule



Le gouvernement aura l’impression d’avoir fait quelque chose, les ayants-droits auront une nouvelle flèche dans leur carquois, les internautes ne seront pas trop embêtés. On aura abouti tumultueusement à un consensus.

Emmanuel Torregano 11 juin 2009

Voilà, j’ai la méthode. La rue de Valois a deux options qui s’offre à elle. Soit, elle considère que le transfert au juge d’un pouvoir de sanction supplémentaire (la connexion coupée) est suffisant, ou bien elle pourrait décider de créer ce fameux nouveau délit : contre-façon sur Internet. Celui-ci peut être intéressant pour asseoir la volonté du gouvernement d’arriver à une sanction possible, mais ce n’est pas encore sûr. Bref, dans les deux cas, ils n’ont absolument pas considéré que le passage du CC sur la présomption d’innocence serait un frein. Je répète : absolument pas. En revanche, il est possible que les messages d’avertissements soient devenus maintenant bien plus dissuasifs, depuis qu’on sait qu’ils mènent devant le juge. Voilà qui pourrait permettre de ne pas se retrouver avec trop d’affaires à régler sur les bras. Quant à la nécessité d’une enquête, la saisie des machines, là encore, la rue de Valois est confiante dans les nouvelles procédures judiciaires qui permettent d’arriver rapidement à une comparution ou un règlement des affaires, sans en passer par la case enquête - il y a aussi des points de loi européen à prendre en compte, parait-il. Bref, tout est fait pour que dans un premier temps, la justice frappe vite et fort à l’encontre des P2Piristes - première salve de mitraillette. Décision dans les deux prochains jours, et présentation d’une annexe à la loi devant les députés. Sous les applaudissements on imagine nourris de la gauche, des opposants de droite et du CC...

ikariya 11 juin 2009

"Quant à la nécessité d’une enquête, la saisie des machines, là encore, la rue de Valois est confiante dans les nouvelles procédures judiciaires qui permettent d’arriver rapidement à une comparution ou un règlement des affaires, sans en passer par la case enquête"



ça revient ce que je disais, suffira de dire que c’est pas vrai pour qu’on soit innocenté vu qu’il y aura pas de preuves matérielles.



De plus ça releve d’une procédure humaine et judiciaire et du coup ça sera d’ampleur bien moins importante que si c’était tout automatisé.



On voit bien le résultat des 20000 affaires aux USA ou même avec extorsion de fonds ça n’a rien changé.

ikariya 11 juin 2009

sans parler du fait que la procedure de relevé d’IP devra etre soumis a approbation de la CNIL comme l’a dit le CC et que ça risque d’être un peu plus lour à gerer qu’un listing relevé à la volée !

lagaffe 11 juin 2009

Hadopi est morte ...



C’est sur, le logiciel coute cher ..mais c’est ainsi ..



Un juge pour une loi pédagogique , n’est plus de la pédagogique.. Face a un magistrat un gamin devra t il être représenter d’un avocat ? qu’elle type de sanction ?



Albanel n’ a jamais répondu sur des questions d’ordre technologies , Riester non plus .. si on ne connait pas le Net .. On ne peux présenté une loi d’avenir pour les créateurs et pour l’Industrie du disque ...



Maintenant super Hadopi continue ..mais en fauteuil roulant ..



C’est ainsi ... La connerie des uns font le bonheur des autres.

mike 12 juin 2009

à lire : http://www.ecrans.fr/Loppsi-Diminue...



comme disait notre regretté coluche : "mais dîtes-moi dîtes-moi, jusqu’où s’arrêtera leur connerie ?"

Jet Black is the color 12 juin 2009

Je suis un peu surpris que vous vous fassiez l’écho sans prendre les précautions d’usage, d’un soi disant optimisme des rédacteurs du projet de loi, du style "tout-va-bien-on-avait-tout-prévu-rien-ne-s’est-passé-ils-sont-tous-des-pirates-et-on-va-tous-les-coincer" (encore ?!).



Il n’est nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que sous la façade, le navire Hadopi est plus qu’en perdition. Il prend l’eau de toute part, et tout le monde "rue de Valois et ailleurs" tente d’écoper comme il peut, avec sa petite cuillère législative (puis règlementaire), face aux voies d’eau ouvertes par le CC.



N’oubliez pas que les infos venant des ministères que vous récoltez et relayez vous sont fournies par des personnes qui savent très bien qu’elles se retrouveront sur le net, renseignant le camp adverse.



Il suffit de voir les têtes joyeuses d’Albanel et Riester après les coups de sabre du Palais Royal pour comprendre que c’est une bataille de com qui est en train de se jouer, avec comme principe "Image over substance".



Conclusion : prenez du recul avant de balancer.

Emmanuel Torregano 12 juin 2009

Je ne comprends pas, où l’on aurait manqué de prudence ? Si les manoeuvres de rétablissement de la rue de Valois échouent, nous nous en ferons l’écho. D’ailleurs, je rappelle que EL n’est pas un média engagé dans cette histoire, comme d’autres peuvent l’être. C’est un principe. Il n’y a pas de prise de position concernant Hadopi dans nos colonnes. Et pour être tout à fait complet, nous ne pensons pas que le combat anti-hadopi se passe vraiment sur le terrain législatif. Comme nous l’avons écrit dans différents papiers.

Alec 12 juin 2009

@ le courageux anonyme : le Conseil a justement refusé de s’engager sur la piste de l’enrichissement sans cause, pour le moins périlleuse.



Avancée par un publiciste (et reprise par une grosse partie du troupeau) qui visiblement ne s’est pas penché sur les contrats Livebox, Freebox, Neufbox ou Numericable, elle a du sens sur un abonnement Internet sec tel qu’un accès PAYG ou forfait sur du RTC, ou sur des offres IP only pour du Haut Débit.



Mais sur de la box (type d’offres sur lequel que se porte le choix des consommateurs), c’est totalement inopérant dans la mesure où l’objet du contrat est la fourniture d’un accès au réseau, ce dernier pouvant supporter alors plusieurs services. C’est un abus de langage que de confiner Orange, Free, SFR ou Numericable (qui concentrent plus de 99% des accès) à un simple rang de FAI qui n’est qu’une composante parmi d’autres de leur activité d’opérateur de communications électroniques.



Or si suspension il y a, elle ne concerne que le service Internet, et ne remet nullement en cause l’objet même du contrat, l’accès au réseau. Comment peut-on alors parler d’enrichissement sans cause, pour une prestation qui au demeurant ne fait pas l’objet d’une facturation spécifique puisque composante d’un service global fourni de manière composite.



Et quitte à rester dans le monde des Bisounours, rien de tel qu’une analogie très Mickey pour illustrer cela : ce n’est pas parce que SpaceMoutain est fermée sur arrêté préfectoral alors que le reste du Parc est ouvert qu’il faut en déduire qu’il y a enrichissement sans cause de Picsou.

Merci au CC 12 juin 2009

Déjà y a un énorme problème auquel vous avez pas pensé, un internaute averti pas l’hadopi "effacera" toute preuve de contrefaçon il ne restera plus que les preuves de non sécurisation et le risque pour sa vie et ses économies est quand même moins important. De plus d’après Maitre Eolas l’hadopi dans son coté frein contre les procédures va devenir obligatoire et va donc être protecteur pour les pirates plutôt que devenir une mitraillette contre les pirates, il indique aussi que le CC impose de limiter les déconnexions.

Jet Black is the color 13 juin 2009

"D’ailleurs, je rappelle que EL n’est pas un média engagé dans cette histoire, comme d’autres peuvent l’être. C’est un principe. Il n’y a pas de prise de position concernant Hadopi dans nos colonnes."



Sans blague, à mettre en parallèle avec la phrase d’intro : "Le gouvernement n’a pas d’autres choix pour tenir sa parole et sauver les industries de la culture."



Les lecteurs apprécieront.

Emmanuel Torregano 13 juin 2009

Apprécierons quoi ? Que l’on rappelle les raisons de cette loi voulue par l’Elysée ? Votre militantisme vous aveugle, je crains fort.

Jet Black is the color 14 juin 2009

Militantisme ? Mais quel militantisme ? Je ne fais partie d’aucune assoc ou groupes sur le sujet.



Je ne suis qu’un juriste, privatiste qui plus est. Qui s’étonne de l’attitude du Président, Ministère et de (certains) députés de la majorité et même de l’"opposition" sénatoriale, pour lesquels la loi "Création et Internet" est devenue une obsession.



La faute sans aucun doute à une consanguinité entre medias et pouvoir, comme l’a dénoncé le député Brard.



Vous parlez de "raisons" qui sous-tendent la loi, j’y vois plutôt une fixation conduisant à un aveuglement et une surdité teintés d’arrogance.



Comment expliquer sinon, malgré les avertissements, la décision de censure, décrite par Dominique Rousseau, professeur en droit constitutionnel à l’Université de Montpellier, comme "la plus dure depuis 10 ans" ?



Rappelons les principes cardinaux à toute démocratie qui, selon le CC, ont été bafoués : la séparation des pouvoirs, la liberté d’expression et de communication, et la présomption d’innocence.



Vous tentez d’exonérer en partie Christine Albanel de sa responsabilité dans ce fiasco total. Mais de façon générale, qu’espère bien un justiciable face à sa juridiction quand il affirme devant elle, avant le prononcé du jugement, qu’elle ne lui fait pas peur ("Je ne crains ni le Conseil constitutionnel, ni le Parlement européen") ?

Emmanuel Torregano 14 juin 2009

Je ne pense pas avoir tenté d’exonérer CA en rappelant ce qui s’est passé et les raisons qui ont amené la rue de Valois à accepter de munir l’Hadopi du pouvoir de sanction. Ce n’était pourtant pas leur premier choix. Cela ne veut pas dire qu’ils aient vu juste du premier coup, mais bien qu’ils avaient sûrement un pressentiment. Ensuite, la solidarité gouvernementale a été appliquée par CA. Voilà tout. Je n’ai pas plus de respect que vous pour la manière dont elle a participé aux débats dans le Parlement, démontrant chaque fois combien elle était aux côtés des industriels, sans chercher plus loin. Cependant, je ne sous-estime pas la volonté du gouvernement et de l’Elysée dans cette histoire. Ils veulent Hadopi, ils veulent des procès en cascade, et feront en sorte de les obtenir. C’est un gouvernement de la peur, nous l’avons largement écrit (reportez vous à "Farhenheit 2570 - température de fusion du silicium), et il ne s’arrêtera pas là. Pis, il avait anticipé la décision du CC, qu’il interprète à sa manière, quitte à tordre encore le coup à la représentation nationale ou européenne. Je ne crois pas à la victoire des institutions tant que nous avons ce président. Je suis peut-être trop pessimiste. Pis, je pense que cette loi servira, avec un maximum d’opportunisme, à ses supporteurs le moment venu. Parce que la numérique légal prend de plus en plus de place dans le monde. C’est la suite logique des choses : Apple place des iPod, des iphones, et engrange des clients sur iTunes. C’est ainsi que ça se passe dans la réalité. Et pendant ce temps le P2P diminue, il ne représente qu’un peu moins de 20% des usagers du Net. Et combien y viennent pour la musique ? Rien que cette statistique démontre combien "Création et Internet" est à côté de la plaque (reportez vous pour plus de détails à nos papier sur le changement des comportements d’écoute de la musique sur le Net). Il ne faut pas prendre CA pour une imbécile, elle est parfaitement consciente de ça. Seulement, elle est le bras armé d’une politique sécuritaire, qui répond par la répression mais qui brandira à chaque trimestre les statistiques sur la baisse du P2P, et la progression du légal en comparaison. "Internet et Création" marque le début d’une bataille des chiffres, tout comme le chômage, la précarité ou la violence.

 14 juin 2009

"Et pendant ce temps le P2P diminue, il ne représente qu’un peu moins de 20% des usagers du Net."



@Emmanuel : Le p2p (légal ou pas) represente plus de 60% du traffic sur internet, et ce dans plusieurs pays. Cela a été mesuré plusieurs fois (voir entre autres le cas suédois après le passage de la loi ipred)

Emmanuel Torregano 14 juin 2009

Ne pas confondre les performances d’un protocole (qui est très gourmand en bande passante) et son utilisation par les internautes. Je mentionne bien les "usagers", et pas le pourcentage de bande passante utilisé.

Sand 15 juin 2009

Je voudrai vous raconter une histoire qui s’écarte un peu du sujet quoique...Je pense qu’Hadopi est un moyen détourné pour rendre plus facile les perquisitionsnumériques.
En 2007, un homme et une femme, Philippins, avec 2 enfants agés de 15 ans et 4 ans, habitant légalement en France, accusés, à tort, d’un réseau de faux-papiers, ont été emprisonnés pendant presque un an.
Les gendarmes, sont venus chez eux, les parents, venant juste d’être amenés en cellule, les enfants, seuls dans le deux pièces,le tribunal ne s’étant absolument pas préoccupé de leur sort, ont vu entrer ces hommes, saisir les ordinateurs, du père et du jeune garçon et mettre l’appartement sans dessus dessous.
J’étais leur amie, ils m’ont téléphoné ce soir là, terrifiés et perdus, j’ai été les chercher et les ai recueilli chez moi en attendant d’en savoir plus.
Au bout d’un mois ( les enfants toujours chez moi, un avocat s’occupant de notre affaire),seulement, le tribunal s’est demandé où les enfants étaient passés.
J’ai reçu une convocation, on m’a interpelé dans un petit bureau, on m’a accusé d’enlèvements d’enfants.
Ensuite, j’ai été nommé " tuteur " pour ces enfants pendant 6 mois, remercier par les mêmes qui m’avaient interpelée, et saisi les ordinateurs.
Plusieurs mois plus tard, c’est parce que l’avocat de Paris s’est servi de cette perquisition " ilégale "numérique, que ce juge avec une réputation pas très nette, les gendarmes, n’ont pas pu arrivés à leur fin.
Les parents ont donc été libérés.
C’est un peu difficle pour moi de vous expliquer les détails de cette affaire, mais, ce que je voulais dire, c’est que le gouvernement actuel, a besoin, pour certaines procédures d’avoir les mains libres, pour être eux-mêmes les pirates masqués par une loi.

 15 juin 2009

@ Sand : Ce serait plutôt la LOPPSI qui pourrait devenir un moyen détourné pour ces abus, pas la HADOPI.


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