Hoog à l’AFP : les véritables dessous d’une élection
Les administrateurs ont enterré le projet de réforme de Pierre Louette pour écarter Philippe Micouleau et favoriser l’élection du président de l’INA.
Tout s’est passé extrêmement vite jeudi matin 15 avril au siège de l’AFP. Peu de temps après le début de la réunion, les administrateurs ont interrompu la réunion au motif qu’un élément nouveau était intervenu depuis la déclaration de candidature des postulants. Le 12 avril 2010, le rapport d’Henri Pigeat sur l’AFP qui devait être rendu public après l’élection du nouveau président l’était trois jours avant son élection. Et il concluait à la nécessité de maintenir le statut actuel de l’agence hérité en 1957 !
Ce rapport rédigé par Fabrice Boé, ancien président de Prisma, Jean-Marie Colombani, ancien pdg du Monde et fondateur de Slate France, Michèle Cotta, ancienne directeur de l’information de TF1, Francis Teitgen, ancien vice président d’Ouest France, se prononce grosso modo en faveur du statu quo. Certes, il préconise la création de filiales et un changement du mode de gouvernance mais ne s’engage pas sur la voie d’un changement majeur.
On est très loin du projet de loi soutenu par Pierre Louette qui visait à transformer l’agence en société commerciale à fonds publics et proposait d’ouvrir le conseil d’administration à de nouveaux acteurs venant de l’audiovisuel ou d’internet.
Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication entérine, au nom du gouvernement, l’intégralité du rapport Pigeat condamnant ipso facto le projet de loi imaginé par son prédécesseur Christine Albanel.
Dès lors, les administrateurs de l’AFP en ont tiré la conclusion qu’il fallait écarter Philippe Micouleau des prétendants puisqu’il s’était engagé, certes avec modération, à appliquer tout ou partie du projet de changement de statut. Cet ancien membre du conseil d’administration n’avait-il pas participé à l’élaboration d’un nouveau projet pour l’AFP avec Pierre Louette ?
Fort de ces arguments, le conseil d’administration a décidé a d’interrompre sa réunion et de demander son avis au comité de sélection présidé par David Guiraud. Et celui-ci proposa alors aux administrateurs de choisir entre deux noms, Louis Dreyfus, ancien dg de Libération et du Nouvel Observateur, et Emmanuel Hoog, le président de l’INA. Entre un candidat marqué à gauche et qui n’a pas renié ses convictions et un autre soutenu par le pouvoir, l’issue ne faisait guère de doute. A l’exception de Jacques Camus, pdg et éditorialiste de la République du Centre, tous les autres administrateurs, à l’image de Jean Luc Hees, pdg de Radio France, ont voté pour Emmanuel Hoog.
Aides à la presse
Imaginer comme beaucoup l’ont fait que des tractations préliminaires donnant lieu à des engagements précis de l’Etat en faveur de tel ou tel journal ont eu lieu est une ineptie. La réalité s’impose d’elle-même sans que quiconque éprouve le besoin d’en faire état. Sans les aides à la presse auxquelles il convient d’ajouter celle du portage, sans les campagnes institutionnelles, la presse quotidienne française ne survivrait pas ? Sans les abonnements contractés par l’Etat auprès de l’AFP, sans les prêts que l’Etat lui accorde, celle-ci aurait déjà déposé son bilan depuis de nombreuses années. Pourquoi, dès lors, s’opposer au choix du pouvoir si celui-ci s’accompagne inéluctablement d’un engagement financier ?
Comme la presse quotidienne ne poursuit qu’un seul but, celui de faire baisser le prix des abonnements qu’elle souscrit à l’AFP, elle n’a donc pas intérêt à perdre son contrôle sur son fonctionnement. Ce qui aurait été le cas si le projet de loi avait été adopté. Or, celui-ci n’a même pas été présenté en conseil des ministres, Claude Guéant l’ayant fait retirer en juin dernier de l’ordre du jour prétextant l’apposition d’une banderole de syndicalistes place de la Bourse.
L’histoire de ces derniers jours démontre que le gouvernement a décidé de ne pas réformer l’AFP contre la volonté de ses administrateurs. Son manque de compétitivité, son besoin de financement passent au second plan. Pierre Louette, ancien PDG, s’est trompé en pensant qu’on pouvait transformer le statut de l’agence, Philippe Micouleau a fait preuve de naïveté en croyant fort de ce soutien qu’il serait le président de changement et Louis Dreyfus, plus prudent dans ses déclarations, a payé au prix fort le prix de sa lucidité.
