Jean-Marc Plueger (Jiwa) : « Nous ne sommes absolument pas en train de déposer le bilan »
Après la rumeur, l’information. Contrairement à un bruit de couloir qui a circulé au Midem à Cannes, le site de streaming musical français Jiwa n’est absolument pas en train de déposer le bilan, indique son PDG et co-fondateur Jean-Marc Plueger, qui lâche quelques confidences sur les fameux « MG » (minimums garantis) exigés par les majors pour ouvrir l’accès à leur catalogue.
« Nous ne sommes absolument pas en train de déposer le bilan ni n’envisageons de le faire », nous a affirmé Jean-Marc Plueger, PDG et fondateur du site de streaming musical français Jiwa, joint au téléphone pour commenter la rumeur de cessation d’activité qui a couru sur son compte au Midem à Cannes. « Nous préparons le lancement d’une nouvelle version vers la fin du mois de février », ajoute-t-il.
Il ne nie pas les difficultés rencontrées par le site, au même titre que les autres acteurs du marché. « Lors de la présentation des résultats de la firme, le directeur financier d’Apple a indiqué qu’iTunes était à peine rentable. Si quelqu’un qui vend dix milliards de titres en téléchargement parvient à peine à l’équilibre, c’est que le marché de la musique en ligne a un véritable problème structurel à régler », déclare-t-il.
Aussi Jiwa, qui peine à faire face aux coûts rédhibitoires de l’écoute à la demande, revoit sa stratégie et va mettre beaucoup plus en avant, dans sa nouvelle version, ses bouquets de webradios. Un mode d’écoute qui relève de la gestion collective, donne lieu à un partage des revenus publicitaires équilibré et est beaucoup moins coûteux que l’écoute à la demande. « Nous allons innover et introduire de nouvelles fonctions - sociales, notamment -, afin de rendre l’écoute de webradios beaucoup plus attractive pour nos utilisateurs qu’elle ne l’est jusqu’à présent », indique Jean-Marc Plueger.
Universal Music montre l’exemple
Il confirme que les majors de la musique exigent des minimums garantis (les fameux « MG ») pour chaque type d’exploitation de leur catalogue (téléchargement, streaming gratuit, abonnement), qui doivent être cumulés le cas échéant, et sont difficilement recoupables. « À l’exception de ceux d’Universal Music, qui représente heureusement 50 % du marché du numérique, nous ne parvenons à recouper aucune des avances consenties aux majors par l’exploitation qui est faite de leurs catalogues (1). Nous mangeons notre chapeau avec toutes les autres. À tel point que dans le cas de Sony Music, par exemple, une écoute peut nous coûter jusqu’à 10 centimes », explique-t-il.
Sony Music est notoirement la major dont les exigences sont les plus fortes en terme de MG : 400 K€ par an de revenus minimums garantis dans le cas de Jiwa, sachant que le montant de ces MG est fixé « un peu à la gueule du client » et peut donc varier en fonction des plateformes ; affirmation que d’autres acteurs du marché nous ont confirmé. EMI réclame 250 K€ de MG par an à Jiwa, et Warner Music 100 K€ pour une période de 18 mois. « Universal Music est la major qui offre le meilleur rapport qualité/prix et quantité/prix, avec un MG de 180 K€/an », indique Jean-Marc Plueger.
« Vu leur part de marché, ce sont les moins coûteux, et aussi les mieux organisés. Si tout le monde s’alignait sur Universal en terme de tarifs, peut-être n’aurions-nous pas besoin d’imposer une gestion collective pour assainir le marché », déclare le PDG de Jiwa. Il indique qu’Universal Music est également la seule major à publier des conditions générales de vente, avec les mêmes barêmes pour tous les acteurs du marché, ce qui devrait être le lot de toutes les majors. « Il est clair que ce marché doit contrevenir à toutes sortes de règles en vigueur en France », glisse Jean-Marc Plueger. Mais que fait donc la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des Fraudes) ?
(1) Alexandre Marie, PDG d’Apache Networks, opérateur du service de streaming Music Me, nous indique à propos des MG payés à Universal Music : « On couvre les MG cumulés et recoupés pour le téléchargement et les abonnements, avec un bénéfice de 3K€ - youpi ! -, et en stream, on perd plusieurs dizaines de milliers d’euros. Au final, on reverse bien plus d’argent que l’on n’en gagne. Et pour les autres majors c’est pire ! Au total, sur 2009, nous aurons reversé aux maisons de disques plus de deux fois le chiffre d’affaires de tout le site. »
