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L’impact de l’Hadopi sur les ventes de musique en ligne mesuré... avec des impasses et des biais

Le 23 Janvier 2012 dans Peer2peer par Philippe Astor

L’étude de l’IFPI rendue publique aujourd’hui sur l’impact qu’a eu la riposte graduée sur les ventes de musique en ligne en France fait de trop nombreuses impasses pour ne pas être entachée d’un certain nombre de biais, pour ce qui est en tout cas de revendiquer le label scientifique auquel elle prétend.

La littérature scientifique s’enrichit aujourd’hui d’une nouvelle étude rendue publique par l’IFPI, dont Electron Libre a déjà dévoilé quelques éléments de conclusion, et qui tente de mesurer l’effet de la riposte graduée française sur le comportement des internautes.
Cette étude innove dans son objet, dans la mesure où elle tente de déterminer l’impact de la loi Hadopi sur les ventes de musique en ligne, et non pas, comme toutes celles qui l’ont précédée, sur la fréquentation des réseaux peer-to-peer. Mais en se concentrant sur l’évolution des ventes en téléchargement sur iTunes, en France et dans un groupe témoin de cinq pays, elle prend néanmoins le risque d’introduire des biais qui, sans tout à fait invalider ses conclusions, entachent néanmoins le caractère de démonstration scientifique qu’elle voudrait se donner.

Une progression de 25 % supérieure

Les conclusions de cette étude, réalisée par quatre chercheurs du Wellesley College et de l’université de Carnegie Mellon aux États-Unis, semblent pourtant imparables. Elle établit en effet, sur la base d’un jeu de données recueillies auprès des quatre majors du disque et de quelques formules logarithmiques, que la progression des ventes en téléchargement sur iTunes en France a été significativement supérieure à celle enregistrée au Royaume Uni, en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Belgique sur la période considérée, qui va de mars 2009 à mai 2011.
A compter du mois de mars 2009, date à laquelle a débuté l’examen de la loi Hadopi à l’Assemblée nationale – et à laquelle peut également se constater une sensibilisation accrue du public au projet de loi Hadopi en France, mesurée par l’évolution du nombre de requêtes hebdomadaires sur le mot-clé « Hadopi » dans le moteur de recherche Google, passé de 20 000 à 100 000 – la progression moyenne des ventes de titres à l’unité sur iTunes a été de 22,5 % supérieure en France (+ 48 %) à ce qu’elle a été dans le groupe de pays témoin (+ 25,5 %). De même, la progression moyenne des ventes d’albums sur iTunes a été de 25 % supérieure en France (+ 67 %) à ce qu’elle a été dans le groupe de pays témoin (+ 42 %).
Les auteurs parviennent ainsi à établir sans conteste une coïncidence entre la sensibilisation accrue du public français à la loi Hadopi et le décrochage à la hausse de la progression des ventes en téléchargement sur iTunes en France par rapport au groupe de pays témoin. Pour les auteurs, cette coïncidence, établie sur la base de données recueillies auprès de sources (les quatre majors du disque) représentant 70 % de parts de marché, et portant sur les ventes d’une plateforme qui domine largement le marché du téléchargement en Europe, vaut corrélation, sans autre forme de discussion.




Des impasses qui introduisent de nombreux biais

Cette absence de nuance dans les conclusions que les auteurs tirent de leur constat prête le flanc à la critique. Sachant que le marché des smartphones a progressé de 300 % en France entre le premier trimestre 2009 et le premier trimestre 2011, par exemple, et qu’iTunes réalise 30 % de ses ventes sur le iPhone, cette tendance n’a t-elle pas eu un impact direct sur les performances de la plateforme sur notre territoire, qui pourrait se distinguer de l’impact éventuel de la loi Hadopi sur le comportement des internautes ? La question vaut d’être posée, et l’étude de l’IFPI ne se la pose pas.
Or selon une étude réalisée en partenariat avec Google, Ipsos et la MMA (Mobile Marketing Association), le taux de pénétration des smartphones en Allemagne, pays considéré dans le groupe témoin, n’est que de 18 %, contre 27 % en France, ce qui pourrait introduire un biais. On constate cependant qu’il est de 24 % en Italie, de 30 % au Royaume Uni et de 33 % en Espagne, soit un taux de pénétration moyen de 26,5 % sur ces quatre territoires, très proche de ce qu’il est en France, ce qui a tendance à invalider l’argument. Mais encore faudrait-il considérer également les différences dans le comportement des utilisateurs de smartphones dans ces différents pays, en matière d’achat de musique sur les mobiles, notamment, pour s’assurer qu’on ne peut lui accorder du poids.
Un autre biais, dans les conclusions des auteurs de l’étude de l’IFPI, pourrait être de n’avoir pas considéré la forte audience des plateformes de streaming audio à la demande financées par la publicité en France (6,9 millions de visiteurs uniques en 2010 selon Médiamétrie), en l’occurrence celle de Deezer, qui est le premier affilié d’iTunes sur notre territoire, ce qui peut avoir eu un impact direct sur les performances de la plateforme localement. Ni l’Italie, ni l’Espagne, et encore moins l’Allemagne, ne jouissent d’une aussi forte pénétration du streaming, qui puisse être génératrice de ventes significatives sur iTunes.

A l’épreuve des données de marché

On devrait se demander en outre quel est le poids réel de l’affiliation de Deezer dans les ventes d’iTunes en France ? Et il faudrait pouvoir mesurer, également, quel a été la part d’Hadopi dans la migration des internautes français vers le streaming gratuit, dont la proposition de valeur peut avoir été suffisante pour détourner un grand nombre d’entre eux des réseaux peer-to-peer. Ces questions là, l’étude de l’IFPI ne se les posent pas non plus.
Reste à confronter les données de cette étude avec des données de marché plus globales. En 2009, la progression du marché du téléchargement de singles au Royaume Uni a été de 51,7 % en valeur, selon la British Phonographic Industry (BPI), or elle ne fut que de 38 % sur un an en France, selon les chiffres du SNEP. Quant à la progression du téléchargement d’albums, elle fut de l’ordre de 50 % au Royaume Uni, et de 60 % en France. Ces données, qui sont publiques, n’entraînent pas un constat aussi flagrant que celui que font les auteurs de l’étude de l’IFPI, qui ne les ont pas considérées, tout occupés qu’ils étaient à agréger celles de cinq pays témoins.
En 2010, la progression du téléchargement de singles au Royaume Uni a certes été bien moindre (+ 12 % en valeur), quant elle fut de 25 % en France. La progression du téléchargement de singles en France fut donc supérieure de plus de 50 % à celle qu’elle fut au Royaume Uni, ce qui aurait tendance à rééquilibrer les écarts de progression, sur deux ans, dans la lignée de ce que l’étude de l’IFPI constate sur iTunes sur une période un peu plus longue. Ce n’est pas le cas pour les ventes d’albums, en revanche, qui ont progressé de 30,6 % en valeur au Royaume Uni en 2010, et de 34,6 % en France.

Une méthodologie à bétonner

Même si l’étude de l’IFPI abonde incontestablement dans le sens d’un impact significatif de la loi Hadopi sur les ventes d’iTunes en France, force est de constater qu’elle n’en fait pas formellement la démonstration scientifique, contrairement à ce que d’aucuns seraient tentés d’affirmer, cela même si d’autres données de marché, comme celle figurant dans le dernier Digital Music Report 2012 de l’IFPI, abondent également dans le même sens. Ainsi en 2011, le marché du téléchargement de singles a progressé de 8 % en volume aux États-Unis, de 10 % au Royaume Uni et de 23 % en France. Quant au marché du téléchargement d’albums, il a progressé de 19 % en volume aux États-Unis, de 27 % aux Royaume Uni et de... 71 % en France !
Reste que l’Hadopi, au moment de dresser un bilan de l’impact de la riposte graduée sur les ventes de musique en ligne, devra sérieusement bétonner sa méthodologie pour être crédible. Plus sérieusement, en tout cas, que les auteurs de l’étude de l’IFPI. C’est le challenge que devra relever la Haute autorité, si elle veut parvenir à trancher le débat en toute indépendance, autant à l’égard des lobbys politiques qu’industriels.

Télécharger l’étude de l’IFPI

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21 Commentaires

  1. lagaffe le 23 janvier 2012

    Si on parle d’effet Hadopi, on peut parlé de l’Effet MEGAUPLOAD/Megavidéo ..

    Comme quoi une licence Globale non obligatoire ne gène en rien les plateformes payantes ..

    Il est vrai que Méga Upload ne reverse rien aux A/C/E, mais le Streaming donne des boutons à la SPEDIDAM ..

    Moralité : une Fiat 500 contre une Ferrari .. Une histoire de génération !



  2. Julien le 23 janvier 2012

    Je vous trouve un peu rapide à juger cette étude, qui ne manque pas de mérite sur le plan méthodologique - pour quelqu’un qui à une formation en économétrie et qui n’est pourtant pas un farouche partisan d’Hadopi, bien au contraire. Le fait que les acheteurs puissent consommer via mobile ou via Deezer ne me semble pas totalement invalider l’argument de causalité invoqué. Ce qui est intéressant, en revanche, c’est que l’écart semble se réduire à partir de janvier 2011, au point où les courbes se rapprochent. S’il y a un effet Hadopi, est-il durable ?

    La réserve que j’aurais est plutôt liée aux données sur lesquelles s’appuient les chercheurs : peut-on faire confiance aux données "généreusement fournies" par 4 majors, par ailleurs fortement impliquées dans un lobbying pro-Hadopi/SOPA sans merci ? Un test sur des données collectées indépendamment serait plus convaincant...



  3. lagaffe le 23 janvier 2012

    Il serait aussi sympa d’avoir une analyse entre une Hadopi qui marche et voit ses supports physiques s’écouler, ce qui entraîne des licenciements chez la FNAC ..

    Et les USA sans Hadopi qui lui voit ses voyant aux vert et des albums en Hausses !!

    Concernant Deezer , il est bien aussi de rappeler que les Forfaits Orange le propose dans la plus pars de ses forfaits .. http://sites.orange.fr/boutique/lan...



  4. Philippe Astor le 23 janvier 2012

    @Julien, soit. Et que penser de la confrontation aux données de marché ? Par ailleurs, si je suis bien en peine de commenter la science économétrique des auteurs, il me semble que le périmètre considéré est réducteur, et que cette science ne dispense pas de s’appuyer sur une bonne connaissance de la diversité des marchés de la musique en ligne, ce qui me paraît faire défaut. La base sur laquelle se fonde une hypothèse scientifique me paraît fondamentale, et votre sentiment que mes remarques sur le rôle qu’a pu jouer Deezer ou le développement du marché du smartphone importent peu me paraît très intuitive et peu fondée, scientifiquement. L’économétrie n’aurait-elle pas des enseignements à en tirer, à bien vouloir les considérer ?



  5. Julien le 24 janvier 2012

    @Philippe Astor. Vous avez raison de garder un oeil critique (toujours un bon réflexe). D’autant plus qu’il s’agit d’une étude non publiée... Toutefois, pour qu’il y ait un biais tel que vous l’envisagez, il faudrait qu’il y ait en France un phénomène qui soit à la fois 1) concomitant de celui étudié (les annonces liées à Hadopi) et 2) qui ferait augmenter les ventes iTunes en France de manière divergente de ce qui se passe dans les 5 pays du groupe de contrôle (vous aurez noté qu’auparavant, la France était presque parfaitement corrélée avec les 5 pays). Certes, ce n’est pas impossible, mais il semble a priori assez improbable que le comportement des utilisateurs français de smartphones et de plateformes de streaming diverge tout d’un coup et de manière significative par rapport aux 5 pays de référence, hors effet Hadopi. Quand aux données de marché, elles ne semblent pas contredire les résultats de l’étude - mais peut-être vous ai-je mal lu.

    C’est à ma connaissance, la première étude qui semble à première vue sérieuse sur l’effet de (l’annonce de) la loi Hadopi. On entend/lit tellement de demi-vérités (vrais mensonges) sur le sujet, que cet effort me semble mériter un juste traitement. Néanmoins, et comme vous le soulignez à juste titre, les conclusions de l’étude ne concernent que les ventes iTunes - rien d’autre.

    NB : le fait que l’étude soit rendue publique par l’IFPI (pour l’amour de la science, à n’en pas douter) n’en fait pas une "étude de l’IFPI".



  6.  le 24 janvier 2012

    "Or selon une étude réalisée en partenariat avec Google, Ipsos et la MMA (Mobile Marketing Association), le taux de pénétration des smartphones en Allemagne, pays considéré dans le groupe témoin, n’est que de 18 %, contre 27 % en France, ce qui pourrait introduire un biais. On constate cependant qu’il est de 24 % en Italie, de 30 % au Royaume Uni et de 33 % en Espagne, soit un taux de pénétration moyen de 26,5 % sur ces quatre territoires, très proche de ce qu’il est en France, ce qui a tendance à invalider l’argument."

    Oups, j’ai eu beau reprendre plusieurs fois une calculatrice, je vois mal comment ce taux de pénétration moyen de 26,5% est possible.

    Personnellement, je trouve 25,2 % en pondérant les taux de pénétration par les populations des pays concernés (données trouvées sur Wikipedia et arrondies au million inférieur ).

    C’est la remarque geek du jour qui me semble légitime quand on fait un article pour contester la scientificité d’une étude. Ceci dit, ça ne change rien au raisonnement exposé, c’est pas une erreur de 1,3 point qui change fondamentalement le bazar, on reste dans le même type d’ordre de grandeur (et il manque les données concernant la Belgique).

    D’une manière identique, il y a quelques données dans l’abstract de l’étude qui peuvent, d’un pur point de vue numérique, piquer les yeux. Page 11, par exemple, il est affirmé que le "smallest market" est la Belgique alors que la lecture du tableau 1 placé au dessus du paragraphe semble indiquer que l’Espagne est un bien meilleur candidat à ce titre.

    C’est globalement, d’ailleurs le plus gros reproche que je fais à ce document PDF, on ne trouve qu’un abstract donc une méthodologie, mais finalement trop peu de chiffres concrets à pouvoir mouliner ou corréler à des choses liées au niveau du marché de la musique.

    L’étude détaillée de la catégorie Classic/Folk/Modern Christian/Jazz (avec des jeux de données complets fournis par 4 majors et pas 2) aurait pu montrer (grâce au succès du disque des prêtres par exemple) un écart réel entre la France et le groupe de pays témoins qui aurait permis de faire un recalage par rapport à un phénomène réel et tangible.



  7. UnGars le 25 janvier 2012

    "Sachant que le marché des smartphones a progressé de 300 % en France entre le premier trimestre 2009 et le premier trimestre 2011, par exemple, et qu’iTunes réalise 30 % de ses ventes sur le iPhone, cette tendance n’a t-elle pas eu un impact direct sur les performances de la plateforme sur notre territoire, qui pourrait se distinguer de l’impact éventuel de la loi Hadopi sur le comportement des internautes ? "

    je ne suis pas convaincu par cet argument. Le Monde suggère cela aussi, en disant que l’iPhone fait que plus de gens installent iTunes sur leur ordi, et donc amenant à plus de ventes sur l’iTunes Music store.Mais si c’était le cas, l’iPod a déja fait un carton en France depuis son lancement , bien avant l’iPhone, et on aurait du déja observé cette nette augmentation des ventes à ce moment là, puisqu’il faut impérativement installer iTunes pour utiliser l’ipod. Il y a tout de même bien plus de gens avec des iPod que des iPhones, en France comme ailleurs.



  8.  le 26 janvier 2012

    Une étude américaine pour observer la progression des ventes d’un groupe américain grâce à iTunes, en se servant comme base d’étude de données fournies par les 4 plus grandes compagnies du disque, américaines aussi.

    Ajoutons que la loi Hadopi est issue du principe "Three-Strikes" poussé par la diplomatie américaine par le biais de l’Office of the US Trade Representative dans au moins 5 pays (France, Espagne, Italie, Suède, Australie), et probablement dans toute l’Europe et autres pays alliés des USA.C’est donc une loi qui protège les intérêts économiques des lobbies de la musique et du cinéma américains. Hadopi est une loi Française mais elle marque clairement une soumission du gouvernement.

    En conséquence, cette étude est complètement dénuée d’intérêt à la fois de par sa méthode (mesurer iTunes, franchement...), ses sources (les lobbies qui ont poussé la loi Hadopi, pourquoi donneraient ils des données autres que "Hadopi c’est cool, continuons !"), ainsi que ce qu’elle apporte (l’analyse ne porte même pas sur l’augmentation des ventes d’une entreprise française).

    Bref, c’est de l’anti-information. D’autres études, bien françaises celles là, signalent que le piratage en France aurait en fait augmenté de 3%, et ce alors même que les affaires redémarrent pour les majors. (qui, certes en trainant des pieds et en pignant auprès de tous les états, ont aussi finit par adapter leur offre à la demande immense du Web)De mêmes, ces études signalent que les pirates sont de loin les plus gros acheteurs de musique en ligne, 10 fois plus que l’internaute normal et de 2 à 2,5 fois plus que l’internaute "non pirate".http://www.numerama.com/media/attac...

    Le seul effet de Hadopi, en dehors d’être un honteux précédent contre la liberté du Web, c’est d’avoir amené une partie des pirates "peer-to-peer" à passer au téléchargement direct.

    A propos de l’image en lien :Non pirate = quelqu’un qui télécharge beaucoup de musique et de films en streaming, plus que l’internaute normal, et grâce à l’offre légale. Hé bien même eux qui pourtant n’ont pas tant d’alternatives que ça au piratage (ça s’améliore !), même eux achètent 2 à 2.5 fois moins de musique en ligne que les pirates déclarés.

    (Au passage, Pirate Hadopi = peer to peer, Pirate non Hadopi = téléchargement direct)



  9.  le 26 janvier 2012

    Du gros boudin cette étude.

    Comme dit au dessus, les sources sont nécessairement biaisées. Les chiffres proviennent de l’industrie du disque américaine ! Lol. C’est vrai qu’ils ont maintes fois prouvé être des gens de bonne foi ces 100 dernières années :D

    En plus, l’étude se base sur iTunes (Apple, américain). Même si Hadopi avait fait gagner de la thune à iTunes, ce qu’on a démontré être faux, en quoi c’est une bonne chose ? On augmente la part de marché d’Apple en France alors que la concurrence nationale n’est pas prête, c’est une très mauvaise idée quand on a 11% de chômage et une crise économique sur les bras.

    A côté de ça les études françaises, basées sur des sources plus variées et plus crédibles, suggèrent plutôt qu’Hadopi n’a eu strictement aucun effet sur le piratage. Comme Hadopi concerne uniquement le piratage, Hadopi n’a donc eu aucun effet tout court !Toute augmentation des ventes françaises serait en effet une bonne nouvelle, seulement ça n’aurait tout simplement rien à voir avec Hadopi et tout à voir avec l’essor de l’offre légale et l’arrivée des smartphones. Ces deux arguments sont MASSIFS, faut vraiment être de mauvaise foi ou intéressé pour oser poser Hadopi à côté de ces deux là.



  10. david el sayegh le 26 janvier 2012

    Quelques précisions qui permettront de répondre à certaines objections et questions soulevées par cette étude.

    Pourquoi avoir pris les ventes d’iTunes et des 4 majors exclusivement ?

    Parce qu’iTunes est la seule plateforme présente dans les 6 pays concernés pour la période de l’étude, contrairement par exemple à Virgin ou Fnac. Pareille pour les majors dont les catalogues sont disponibles simultanément dans les 6 pays.

    De plus, ces acteurs représentent une part de marché suffisamment significative pour permettre une telle étude.

    Il s’agissait donc de constituer une base homogène et représentative pour permettre de comparer l’évolution de la progression des ventes de téléchargement avant et après le vote de la loi Hadopi entre la France et un groupe de pays, sans loi spécifique pour lutter contre le téléchargement illégal, mais comparable à notre pays au regard marché considéré.

    Quid de l’impact de la vente d’IPhones ?

    Seul iTunes est détenteur des informations concernant l’impact de l’Iphone sur ses ventes. Le reporting effectué par iTunes auprès des maisons de disques ne distingue pas l’origine des ventes (Internet fixe ou mobile).

    En tout état de cause, l’affirmation selon laquelle 30 % des ventes sur Itunes seraient effectuées par le biais d’Iphones n’est prouvée par aucune étude. Philippe d’où sors-tu ce chiffre ?

    L’écart des taux de pénétration de Smartphones dans les différents pays concernés n’est pas suffisamment significatif pour constituer un aléa.

    Par ailleurs, le fait que le nombre d’acquéreurs de Smartphones ait pu augmenter pendant la période considérée n’entre pas en contradiction avec un changement de comportement des internautes qui ont migré de l’illicite vers les offres légales grâce à l’Hadopi : il n’y a pas d’incompatibilité entre ces deux paramètres.

    L’impact du streaming et de l’abonnement dans les autre pays ?

    Il est inexact d’affirmer, comme le fait Philippe, que « ni l’Espagne et encore moins l’Allemagne ne jouissent d’une aussi forte pénétration du streaming » que la France.

    En effet, pour l’année 2010, les revenus du streaming et de l’abonnement ont progressé de 118 % en Espagne et de 106 % en Allemagne alors que la progression en France n’était que de 34 % : soit plus de 3 fois moins !

    L’effet Deezer ?

    D’après Nielsen, l’audience de Deezer est restée stable sur toute la période considérée à 4 millions de visiteurs uniques par mois.

    Par ailleurs, l’affiliation Deezer/iTunes ne peut être considérée comme un élément décisif. En effet, cette affiliation a cessé d’exister depuis plus d’un mois et demi et les ventes d’Itunes n’ont pas pour autant régressé, bien au contraire.

    David El Sayegh



  11.  le 26 janvier 2012

    A noter que David El Sayeh, qui a l’honnêteté de signer de son nom, est le Directeur Général du SNEP, le Syndicat national de l’édition phonographique. ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndic... )

    Que le Directeur Général en personne vienne poster sur un obscur article pourra être interprété de diverses façons. Pour ma part cela me frappe qu’il faille le DG du disque français pour défendre une étude pro-Hadopi jusque dans les recoins d’internet. Cela me fait penser qu’il n’y a pas grand monde pour soutenir ce point de vue.

    Le problème de cette étude qui la rend totalement caduque, c’est que les données proviennent tout droit des majors du disque. C’est un conflit d’intérêt qui interdit purement et simplement de discuter plus avant de l’étude. D’autant que, hélas, on a pu voir de nombreuses fois comme les chiffres pouvaient être manipulés par cette industrie ou par les cabinets d’études payés pour fournir ces papiers.

    A titre d’exemple, le cabinet parisien TERA Consultants a livré une étude affirmant que 600 000 à 1,2 millions d’emplois seraient détruits d’ici 2015 en Europe, faute d’une plus contraignante législation pour protéger les industries du disque et du cinéma. On y croit. Mais quand on regarde l’historique de ces deux industries on constate à quel point elles ont toujours été puissantes, fortement enclines verrouiller le marché et allergiques aux innovations technologiques au point de toujours crier à la mort, à chaque fois, du premier phonographe au premier iPod. Elles ont eu tort à chaque fois depuis un siècle, et elles ont tort une fois encore aujourd’hui. Or cette fois ci c’est le muselage d’internet qui est en jeu ; l’un des plus fantastiques outils jamais conçus. Et pour quoi ? Une industrie qui ne représente finalement que très peu d’emplois en France, compte tenu de sa taille et du barouf qu’elle fait. Les métiers liés à Internet en revanche sont la plus importante source de croissance en terme d’emplois comme de revenus. Mais comme on dit c’est le gamin qui chiale le plus qui a ce qu’il veut...(plus d’info sur l’étude de TERA : http://www.numerama.com/magazine/15... )

    A propos des effets d’Hadopi, voilà une étude déjà plus honorable, mentionnée plus haut dans les commentaires : http://www.numerama.com/magazine/15...

    Marc, simple citoyen cependant bien informé sur ce sujet



  12. Emmanuel Torregano le 26 janvier 2012

    Bonsoir, nous remercions David EL Sayegh de venir commenter. Ses arguments sont forcéments intéressants.Pour marc maintenant, il semble que vous ignoriez EL, qui n’a pas grand chose à voir avec l’obscurité.Êtes vous économètres ? Avez vous épeluché, analysé, cette étude de quatre universitaires, dont vous semblez dire qu’ils sont d’une honnêteté bien friable, et certainement de fieffés imbéciles pour avoir accepté de perdre leur temps sur des chiffres qui souffriraient d’un "conflit d’intérêt" ? Si oui, nous attendons vos conclusions argumentées.Pour le reste, relisez les études que vous citez, vous ne les avez pas comprises.Comparer une étude, certainement honnête, qui se base sur la Bretagne et la Bretagne seulement, avec une autre menée sur 5 pays témoins, cela semble cependant ne pas aller dans le sens d’une grande crédibilité de votre opinion,Merci



  13.  le 26 janvier 2012

    Oooh, un ancien rédacteur du Figaro à présent. Mais où sont passés les internautes normaux ? :p

    Comme je l’ai souligné, le fait que les données source sortent de la poche des intéressés les rendent caduques. Même si la suite de l’étude était parfaite, ce qui n’est pas le cas, la base étant douteuse on est forcé d’ignorer tout le reste. C’est une question de rigueur scientifique de la part du lecteur ; on ne découvre pas la Relativité générale en postulant que la Terre est plate.

    De plus, ces données non recevables s’étendent de juillet 2008 à mai 2011, alors que Hadopi n’envoie des avertissements que depuis l’automne 2010. Autrement dit sur 34 mois de données, seuls 8 ou 9 mois correspondent à une réalité concrète d’une industrie protégée par Hadopi. 8.5 sur 34, c’est 25%. Les trois quarts de l’étude invalide sont donc encore plus invalides.

    Et même si, soyons fous, on prenait en compte les 25 à 26 mois pendant lesquels Hadopi ne fonctionnait pas, cela reviendrait à dire qu’une loi non appliquée suffit amplement à protéger l’industrie de la terrible menace des méchants partageurs de fichiers. Dans ce cas, Hadopi n’est plus une nuisance pour Internet et il ne sert à rien de voter des lois plus dures : Menacer de le faire suffit ; voilà ce que dirait vraiment l’étude.

    Heureusement elle ne dit pas ça puisque sa base d’étude est irrecevable.

    — 

    Détails hors sujet :

    - Merci de ne pas mettre des mots dans ma bouche, notamment à propos des universitaires et de M. El Sayeh.

    - "Pour le reste, relisez les études que vous citez, vous ne les avez pas comprises.Comparer une étude, certainement honnête, qui se base sur la Bretagne et la Bretagne seulement, avec une autre menée sur 5 pays témoins, cela semble cependant ne pas aller dans le sens d’une grande crédibilité de votre opinion"

    LES études ? Vous voulez dire l’étude au singulier, vu la suite de votre tirade. Pour information, c’est une simple recherche qui m’y a mené, et qui ne fait que répéter de nombreux autres textes de plus grande échelle que j’ai creusé ces dernières années. Pas le temps de chercher, j’ai simplement trouvé l’article à partir de l’image postée quelques messages au-dessus, en 4 clics. Les lecteurs intéressés trouveront sans problème d’autres sources d’information par un moteur de recherche.

    Marc, simple citoyen informé ayant un bon bagage technique et dont le métier n’est pas lié au sujet qui nous occupe.



  14. Emmanuel Torregano le 27 janvier 2012

    Bonjour marc, Continuez à vous informer vous êtes loin du compte, La lecture de ce site vous fera le plus grand bien,



  15. le 27 janvier 2012

    "D’autant que, hélas, on a pu voir de nombreuses fois comme les chiffres pouvaient être manipulés par cette industrie ou par les cabinets d’études payés pour fournir ces papiers."

    @Marc : en même temps , si utilise cet argument, il faut accepter aussi le fait que la majorité des études démontrant que le piratage n’aurait aucun effet sur les ventes ( voire même les augmente) , sont financées par des organismes ou des sociétés ( Google par ex, qui directement ou indirectement finance un paquet d’activistes comme l’EFF) farouchement opposées aux lois anti-piratage. Donc elles sont potentiellement tout aussi biaisées.Donc : Match Nul.



  16. Emmanuel Torregano le 27 janvier 2012

    @Z cc @marcCe que vous dites va dans le sens de la conclusion de cet article.



  17. Philippe Astor le 27 janvier 2012

    @david el sayegh, merci d’intervenir à visage découvert et pour les précisions apportées. J’invalide moi-même en partie, dans l’article, l’argument du iPhone. Je dis seulement que ce serait intéressant de creuser la question. Les 30 % de ventes d’Itunes via iPhone, c’est un chiffre qui a beaucoup circulé dans la presse (sur PaidContent UK à l’origine de mémoire), contesté mais jamais démenti. L’impact est peut-être mineur, mais qui sait ?

    L’impact de l’affiliation de Deezer sur iTunes ? Et de Spotify ou d’autres sites de streaming dans les pays cibles ? Peut-être ces plateformes auraient-elles fourni des chiffres aux experts... Ils ne les ont pas demandés.

    Il pourrait y avoir bien d’autres raisons à la progression des ventes d’iTunes en France. Le SNEP doit pouvoir évaluer, par ex., si ce n’est pas aussi, en partie, la conséquence d’une baisse de performance d’autres plateformes (eg. Virginmega, fnacmusic...). Je n’ai pas la réponse. Mais justement...

    Enfin, pas de réponse en ce qui concerne le parallèle direct que je fais entre l’évolution du marché du téléchargement en France et en UK sur la période considérée, qui n’abonde pas du tout dans le sens de ce que dit l’étude.

    Je pense que nous avons tous constaté, dans notre entourage, la baisse de fréquentation des réseaux P2P que l’on peut imputer à la riposte graduée, mais également, en tout cas pour ma part, la hausse concomitante de l’usage des utilitaires Youtube-to-mp3 chez les ados, et de celui des sites de streaming illégaux pour ce qui est du cinéma ou des séries. Vouloir démontrer qu’Hadopi a entraîné une baisse notable du taux de piratage en ligne serait déjà compliqué. Il faudrait pouvoir distinguer, notamment, la part d’Hadopi et du streaming gratuit dans ce qui a pu entrainer un changement de comportement des consommateurs. Vouloir démontrer un impact sur les ventes est encore plus ambitieux.

    Je ne dis pas, dans l’article, que mes remarques invalident les conclusions de l’étude. Je serais d’ailleurs bien en peine de démontrer qu’Hadopi n’a eu aucune influence sur les ventes de musique en ligne. Je ne suis pas pour autant convaincu par la corrélation qu’elle prétend établir.



  18.  le 27 janvier 2012

    @Z :

    Suivant ton raisonnement je suis de ton avis, mais tu parles du financement de l’étude, quand le problème que je souligne est l’origine des données, c’est à dire de l’information sur laquelle se base toute l’étude. Il est vrai qu’une étude financé par un groupe intéressé peut la rendre caduque, seulement une étude scientifique est revue par la communauté et publiée dans une revue scientifique reconnue qui sont elles, indépendantes. Dans ces conditions on peut accepter que le financement vienne d’une partie non neutre, même si ce n’est pas idéal. Les données de base en revanche n’ont aucune validité si elles sont fournies par les parties dans le sens de qui va l’étude, comme dans le cas présent.

    En parlant de ça, est ce que cette étude est une étude scientifique ou une étude "pour la galerie" comme on en voit dans les publicités ? Je n’ai pas pu trouver la réponse dans un temps raisonnable, mais un commentaire d’un article d’Emmanuel sur ce site expliquera ma pensée. Voilà l’article, et le commentaire en question est celui de Liam : http://electronlibre.info/Hadopi-au...

    Pour finir, lisez donc l’analyse de Le Monde qui choisit de jouer le jeu mais de lire les données autrement :http://www.lemonde.fr/technologies/...

    @Emmanuel :

    Bonjour marc, Continuez à vous informer vous êtes loin du compte, La lecture de ce site vous fera le plus grand bienHello. C’est l’argument de ceux qui ne savent quoi répondre ça, non ? Remarquez c’est aussi bien car je n’ai pas envie de vous convaincre vous mais de laisser une trace dénonçant l’étude, pour ceux de vos lecteurs qui ignorent le fonctionnement de ce monde-ci, peu détaillé dans les médias traditionnels.

    (Au passage je n’avais pas vu mais ce site est le votre, en fait ;) )



  19.  le 27 janvier 2012

    (Oublié de signer le message au dessus)

    Marc



  20.  le 27 janvier 2012

    A noter que depuis le commentaire de Liam on en sait un peu plus sur notre étude, mais il reste encore à connaitre :

    - La réputation/qualification de ces 4 auteurs dont on a le nom (cf. le problème avec ces bon vieux frères Bogdanov, pour prendre un extrême)

    - Si l’étude a été revue par des chercheurs indépendants

    - Si elle a été ou va être publiée dans une revue scientifique et si oui, laquelle

    Pour élargir le sujet, même si ce genre de lois étaient efficaces elles sont avant tout nuisibles. Une combinaison des solutions alternatives semble bien plus intéressant à la fois pour le peuple et les industries du disque et du cinoche.

    Licence globale facultative, carte musique, ... Même si la plupart de ces idées sont discutables, leur but est seulement de rediriger progressivement les internautes vers l’offre légale et ainsi de faire croître le marché de la musique et du cinéma en ligne de façon légitime. Car quitte à "tricher" en demandant l’aide de l’Etat, autant que cette aide soit dirigée vers les acteurs Français par un mécanisme vertueux d’aide au développement et de prévention auprès du public, plutôt que par la création de lois de surveillance et de répression qui au pire n’accroissent pas le marché et dans le meilleur des cas bénéficient autant aux entreprises américaines qu’aux nôtres.



  21. Guid le 3 février 2012

    J’apporte ma petite pierre aux débats en ayant fait quelques recherches :

    L’étude n’a pas encore été soumise à un comité de lecture scientifique (ou viens de l’être, mais ça prendre beaucoup de temps).C’est une diffusion et non une publication de l’étude. On ne sait pas encore si elle sera jugée recevable et publiable en l’état, si elle sera soumise à corrections (mineures ou majeures) voire carrément refusée.

    L’auteur principal de l’étude (Brett Danaher, 1er nom sur l’étude) a été consultant chez EMI de 2009 à 2010 (cf son cv http://www.wellesley.edu/Economics/...).

    Pour info, les 3 premiers auteurs on l’air d’avoir d’assez solides CVs en publication dans le domaine du partage et de la vente sur internet.

    Petite réflexion personnelle :

    En regardant simplement la courbe extraite de l’étude qui est présentée sur cette page, on peut observer que les 2 courbes se décollent vers mars-avril 2009 pour ensuite que la différence de ventes france-groupe témoin réduise vers aout-octobre 2010.Ce que j’en conclurais à première vue c’est que ce n’est pas l’action de l’hadopi qui a pu jouer ici (puisque pas encore en route) mais au contraire les débats et la forte médiatisation durant cette période. C’est de la peur du gendarme, du buzz, mais pour moi pas un effet direct de la loi.

    Ce qui veut dire que créer l’hadopi avec toutes les dépenses entrainées n’était peut être pas nécessaire, en parler seulement pourrait suffire !!

    (Ceci sans parler de l’exemple de l’iPhone comme le montre leMonde ou d’autres facteurs qui pourraient rentrer en ligne de compte, de la mêm faàon que l’étude.)

    C’est d’ailleurs une des conclusion de l’étude mais c’est moins mis en avant ici :

    "In this regard, we note the significant discussion in the media about the illegality of piracy while the law was being debated, and that after the passing of the law, the HADOPI agency has also conducted extensive awareness and education campaigns about the illegality of media piracy and the legal alternatives that are available. Thus, we cannot determine whether the continued effectiveness of HADOPI is due entirely to the threat of sanctions or due to the combination of the sanctions, the media buzz, and the educational/awareness campaigns. Disentangling the effects of the positive reinforcement actions like education from the negative reinforcement actions like sanctions is a fruitful area for future research."



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