La disparition inscrite de CB News
Christian Blachas, fondateur de CB News et producteur de Culture Pub, aura donné ses lettres de noblesse à la création publicitaire. Mais il aura malheureusement perdu le combat contre son grand rival Stratégies.
Une certaine tristesse. La disparition de CBNews, qui sera officiellement prononcée demain par le tribunal de commerce de Paris, marque la fin d’une certaine façon de rendre compte de la création publicitaire. Si le titre, placé en redressement judiciaire, est confié, comme cela est probable, à la société Editialis, ce journal ne sera plus tout à fait le même ; car c’est la marque qui intéresse son pdg, Hervé Lenglars, non son contenu.
Au-delà de cette défaite, il faut rendre à Christian Blachas le mérite d’avoir permis à la publicité d’être traitée au même niveau que les métiers artistiques et d’avoir donné au grand public les clés de sa compréhension. Son éviction annoncée du journal, le licenciement de la majorité des salariés vont-ils modifier la perception du monde publicitaire ? La lecture de son édito en forme de lettre d’adieu le laisse entendre et l’avenir dira si ce texte était ou non prémonitoire.
Echec de la formule
Fondateur de Stratégies en 1971, Christian Blachas avait lancé ensuite CB News en 1986. Le marché pariait sur la victoire de ce dernier titre. Or c’est le contraire qui s’est produit. Après avoir tenu la dragée haute à son concurrent, CB News a commencé à perdre la main il y a quelques années. Faut-il en chercher la cause dans l’échec de la dernière formule ou dans la démotivation d’une rédaction désorientée par les choix et attendant la délivrance d’une ligne forte ?
Le débat n’est pas près de se refermer car les chiffres sont là. La diffusion du titre qui a quitté l’OJD serait tombée bien en-dessous des 5000 exemplaires diffusés et la publicité n’a cessé de décliner pour devenir marginale. En comparaison, Stratégies revendique une diffusion OJD de 11 000 exemplaires et engrange près de deux millions d’euros de recettes commerciales nettes. Un chiffre très bas qui correspond à la réalité du marché. Les pertes de CB Newspour 2010 atteindraient 1,5 million d’euros pour un chiffre d’affaires de 4 millions et, en cumulé, elles s’élèveraient à 3 millions d’euros. La viabilité du titre est en jeu et la liquidation peut être prononcée à tout moment.
Stratégies a développé de nombreux produits parallèles comme une newsletter, qui rapporterait 600 000 euros, et de nombreuses conférences, ds débats, des formations et des grands prix qui seraient facturés aux alentours de trois millions d’euros par an. CB News monétise aussi depuis bien longtemps le Grand Prix des Médias, des Collectivités Locales, les Hits d’or de la création publicitaire et les prix Effie pour l’efficacité des campagnes.
Pas de fatalité
Au total, le chiffre d’affaires de Stratégies représenterait avec 11 millions d’euros le double de celui de CBNews et cette société serait bénéficiaire. Enfin, si l’on ajoute à cette politique de diversification la percée du site internet consulté chaque mois par 400 000 visiteurs uniques, on comprend mieux pourquoi Stratégies a réussi à survivre. La disparition des journaux professionnels n’est pas inéluctable, si les recettes sont là et les coûts maîtrisés.
De ce point de vue, la fusion des rédactions papier et web de Stratégies, qui comptent une quinzaine de journalistes permanents, est un modèle d’efficacité. En face, on dénombre cinquante CDI et dix-neuf pigistes à CBNews.
Saignée sociale
Ayant pris connaissance de ces données, les deux repreneurs se proposent de pratiquer une saignée sociale puisque Kapokier entend conserver huit salariés et Editialis dix.
Le dénouement de cette aventure est donc effroyable pour les salariés de CB News car la quasi-totalité va se retrouver sur le marché du travail. Entre les deux repreneurs, le tribunal de commerce retiendra celui qui présentera les meilleures garanties financières et qui sera, si l’on peut dire, le mieux-disant social.
On notera que, pour le moment, les activités audiovisuelles de CBTV ne sont pas concernées par le redressement judiciaire et que Culture Pub, toujours produit par Christian Blachas, va poursuivre sa carrière sur NT1.
