La fin d’Hadopi
L’hadopi pourrait être assimilé à un régime alimentaire. Une fois adopté, il devient inutile. Voilà comment...
C’est inéluctable, et François Hollande ou Fleur Pellerin, sa conseillère pour le numérique, n’y seront pour rien. Hadopi va mourir. Pas disparaître, mais petit à petit tomber en obsolescence. Pourquoi ? Comment ? Ce sera le sujet de cet article.
Hadopi est l’enfant illégitime et tardif du jusqu’au boutisme de la technologie des années 70. Un avatar juridique d’une disposition d’esprit particulière de quelques savants et militaires qui ont voulu un jour trouver le moyen de partager sans contraintes ; ce n’était pas le signe d’une liberté, mais celui d’une permissivité, ce qui est bien différent. Hadopi était né, avec le Web, dès le premier message envoyé balbutiant entre deux machines aveugles mais électrisées.
Et bien, Hadopi disparaîtra avec son jumeau boutonneux, avec ce Web voulu et conçu par les pères fondateurs, qui est aujourd’hui déjà dépassé, voire franchement rétrograde. La chronique de cette mort annoncée, comme elle fut possible pour le Web, il y a quelques années déjà, on en devine maintenant les étapes essentielles, celles qui creuseront le trou de cette disposition légale, et de son utilité.
Et comme pour la fin du Web, il n’est nul besoin de brandir les anathèmes, ou les menaces directes... Les attaques des pirates du Web ne sont qu’un détail d’une histoire qui se fait dans l’ombre des masses connectées, dans la main du grand public.
régime alimentaire
Le cheminement est le suivant. En base, il ne faut pas oublier que Hadopi n’est pas une loi qui vise la contrefaçon. C’est tout simplement faux. Les textes punissant ce délit n’ont jamais été supprimés. La loi Hadopi a été créée pour un nouveau genre de délit : le défaut de sécurisation. Sa disparition programmée ne sera donc pas celle de la contrefaçon. Et sur ce point, d’ailleurs il faudra sans doute écrire une autre histoire.
Non, Hadopi avait été créée pour favoriser l’essor d’un autre genre d’échange, plein, et entier, pas seulement dirigé vers un client unique : l’internaute tout puissant. Hadopi est un régime alimentaire, en quelque sorte. L’internaute victime était invité, sans qu’on lui dise clairement, mais avec cependant fermeté, à goûter autrement aux joies du réseau. "vous prendrez bien un peu d’iTunes après votre boulimie de p2p ?"... Voilà qui serait une bonne introduction. Ou encore "essayez donc notre formule buffet à volonté, et arrêtez de vous esquinter l’estomac avec ses fichiers moisis !"... Une autre façon d’envisager cette loi du "faire autrement, devenez un autre". Tout le reste, sur les droits des artistes, sur l’économie des industries de la culture, tout cela a de l’importance, certes, mais n’était pas dans la loi. Et son échec sur ces points ne pourront être retenus contre elle, sauf dans un cas de mauvaise foi avérée.
Néanderthal
Bien. Et sa fin alors ? Comment va t-elle arriver ? Et bien comme une envolée de feuilles en automne, sous l’effet d’un vent piquant. Pareil à la fin d’une espèce, sans arrêt brutal, sans explosion atomique ou chute de météorite géante. Bien sûr, comme avec Néanderthal, si l’on ose le parallèle historique et pileux, il restera quelques tribus éparses qui continueront, persisteront à utiliser une forme primaire du Web, mais bientôt ils ne seront plus qu’une attraction curieuse ; le signe d’un passé révolu.
Cette fin est guidée par l’apparition d’un nouveau genre d’Homme du réseau. Il ne vivra plus de sa bidouille, ou de sa chasse aux codes locaux, mais s’offrira un appartement en ville et préfèrera aller dans les centres commerciaux pour s’acheter de quoi se nourrir. Il ne tirera plus à vue sur les représentants de l’ordre débarquant sur ses terres, mais apprendra à ses enfants pourquoi il est bon de respecter la loi. Il ne jouera plus de ses doigts sur des périphériques grossiers, mais ordonnera véritablement sa vie à des éléments connectés disposés tout autour de lui. Il existe déjà ... Il est là devant sa tablette, son smartphone, et préfère déjà la tranquillité de l’esprit à l’esprit aventureux des protocoles sauvages...
Ce monde nouveau a un nom : le post PC. Il prend le dessus, si l’on en croit les derniers chiffres de ventes des iPad, et autres tablettes. Son royaume est à venir, et Hadopi n’y a plus de rôle à jouer. La lutte contre la contrefaçon y prendra une autre tournure également. Mais c’est une autre histoire...
