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Labels participatifs, les raisons d’un échec

Le 24 Février 2010 dans So_cult’ par Philippe Astor

Après le français Spidart, qui fut l’un des premiers à lancer un label participatif sur internet en France, c’est au tour du pionnier hollandais du genre, Sellaband, de rendre les armes. Le site, qui avait fermé officiellement pour des raisons de maintenance, vient de confirmer qu’il est en redressement judiciaire et en quête d’un repreneur.

En dehors de MyMajorCompany avec Grégoire, aucun acteur du secteur n’est parvenu à transformer l’essai de manière convaincante. Et on attend toujours de MyMajor que plusieurs artistes financés par les internautes et qui ont déjà rempli leur jauge depuis des mois soient enfin lancés sur le marché.

Même lorsqu’il ne s’agit pas de parfaits inconnus, la sauce des labels participatifs ne semble plus prendre. Le rappeur américain Chuck D, qui a tenté de lever 250 000 dollars auprès des internautes sur Sellaband, afin de produire un nouvel album de Public Enemy, n’a récolté que 70 000 dollars en quelques mois, et les premiers fans-producteurs commencent à retirer leurs billes.

Sur KissKissBankBank, l’icône des années 1980 Cock Robin n’est pas plus parvenu, près de cinq mois après le lancement de son appel de fonds, à financer la production d’un album live avec l’aide des internautes. Sa jauge atteint à peine les 2000 € investis par une soixantaine de fans, sur un objectif compris entre 30 000 et 60 000 €.

Comment analyser les raisons de cet échec ? La crise économique n’est certainement pas étrangère à la faible propension du public à financer en amont la production d’artistes émergents, d’autant que les structures de production, de promotion et de distribution ne semblent pas suivre derrière. Au delà du financement, c’est tout un éco-système de production qui fait défaut. La première gratification du fan-producteur, qui est de voir l’album financé sortir, n’est même pas garantie.

Soutenir l’investissement

La première erreur du modèle a probablement été de vouloir se substituer, en aval, aux labels eux-mêmes. La France ne manque pourtant pas de structures de production indépendantes, voire associatives, susceptibles de s’associer à ce genre de plateformes pour faire émerger de nouveaux talents.

En dehors de NoMajorMusic (devenu BuzzMyBand), qui a déjà mis sa plateforme directement à disposition des labels pour lancer des appels de fonds et financer, au moins partiellement, certains de leurs projets (à l’instar de Roy Music, pour le DVD de Mademoiselle K, par exemple), aucun acteur du secteur n’a joué la carte d’un partenariat étroit avec le tissu industriel de la production indépendante en France, qui compte des milliers de labels pouvant servir de relais dans le développement des artistes financés par le public sur internet.

Ces labels, au demeurant, ont besoin de nouvelles sources de financement et de pouvoir mutualiser les risques qu’ils prennent dans le développement de nouveaux talents. Des modèles d’association très ouverts peuvent être imaginés. Et bien des modes de gratification des fans-producteurs qui ne les transforment pas nécessairement en "actionnaires". C’est une des opportunités manquées, jusqu’à présent, par les plateformes participatives.

Il y a un autre aspect très peu incitatif pour les internautes. Alors que le moindre investissement dans une PME permet de bénéficier d’une réduction d’impôt, ce n’est pas le cas pour les fans-producteurs qui soutiennent financièrement la création musicale à la source par l’intermédiaire de ces plateformes. Certes, le modèle doit encore faire ses preuves, et un partenariat étroit avec les acteurs de la production indépendante doit se nouer, mais défiscaliser l’investissement dans la production participative est certainement une voie à explorer, à l’avenir, pour soutenir la création musicale en France.

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10 Commentaires

  1. Bidibule le 24 février 2010

    Je crois que l’on peut dire aujourd’hui que le modèle participatif n’a pas tenu ses promesses … Les causes en sont multiples, j’en citais quelques une dans : le modèle participatif montre-t-il ses limites ? http://bidibulemusic.blogspot.com/2... en novembre dernier.

    Il faut préciser que le modèle de Kiss Kiss Bank bank est justement celui que tu appelles de tes vœux puisque la plate forme se présente elle-même non pas comme un label participatif mais comme une interface capable d’opérer une levée de fond entre les internautes et les professionnels de la musique. Reste qu’en terme de communication c’est plus compliqué et moins sexy à expliquer que de dire « Devenez producteur ! ». Ah quel beau métier que celui de vendre du rêve !



  2. CharlyEtSaDrôleDeDame le 24 février 2010

    "défiscaliser l’investissement dans la production participative est certainement une voie à explorer, à l’avenir, pour soutenir la création musicale en France."

    Cette idée dynamiserait la production de nouveaux artistes, élargirait l’engagement des internautes, renforcerait la passerelle entre public et artistes, consoliderait la survie de ces plateformes. Enormément de points positifs... Envisageable ou utopique ? En tout cas, j’aime l’idée !

    Charly

    @Charly_SDDD



  3. Philippe Astor le 24 février 2010

    @Bidibule, oui mais KKBB souffre peut-être de la mauvaise image que donnent au bout de 24 ou 36 mois les plateformes participatives. Le buzz s’est dégonflé et nouer un lien étroit avec des acteurs indépendants de la production, en tant que pure player du financement participatif, prendra certainement du temps.

    Le modèle participatif est valable. Pour vraiment le soutenir, il faudrait le défiscaliser, et encourager, pour la part qu’il peut représenter, un financement participatif de la production indépendante.



  4. Bidibule le 24 février 2010

    La défiscalisation des investissements des internautes, pourquoi pas ? C’est une bonne idée. Mais je pense vraiment que le nœud est ailleurs.



  5. Yes le 25 février 2010

    Oui, Bidbule le nœud est ailleurs, et Philippe le sait pertinemment.

    Hélas et nous le déplorons tous, il n’est plus l’heure de se poser des questions fondamentales, après tout, nous y avons répondu depuis très longtemps déjà.

    Le débat et ailleurs et ce n’est pas demain la veille que nous y reviendrons.

    Quel gâchis ! Investir, être innovant devient périlleux et cela ferme de plus en plus les portes !

    Pourtant, les solutions EXISTENT, mais nous sommes si stupides et arrogants devant l’inévitable évolution des outils informatiques : Suicide collectif ou libéralisation de l’esprit (s), certains l’ont déjà choisi pour nous… sans rien comprendre autres que leurs petits intérêts, sans rien attendre autre qu’un profit limité, mais immédiat, en dénaturant le débat, en fermant les yeux sur les évidences,…

    Ainsi va la bêtise du genre humain et tous ceux qui attaquent le net en le traitant de poubelle ou je ne sais quoi, ne sont que des imposteurs qui polluent l’atmosphère. Ils en veulent à la terre entière pour avoir raté une marche. Facile, trop facile.

    Mais il y a toujours mieux dans le pire ! Et nombreux ceux qui ont sorti leurs épingles du jeu en informatiques (hard, soft, réseaux, sites…) sont englués dans un protectionnisme qui n’a jamais existé.

    Le recule de l’efficacité (fiabilité-simplicité-productivité…) devient criant, donnant raison une fois de plus à l’Open Source, qui devient, comme nous le présentons, une bête noire à abattre.

    Alors qu’il serait impératif de déposer les armes pour un développement serein, les barbares déchus les lèvent et deviennent menaçants.

    Ils feront leurs guerres contre la terre entière et s’apercevront qu’ils étaient déjà morts avant de l’avoir commencé…

    Oui, que de morts pour rien ! Oui, quel gâchis inutile !

    Mais rassurez-vous, les artistes n’ont jamais été aussi productifs, et le star-system n’a jamais été qu’une illusion éblouissante ou seuls se font prendre quelques papillons d’une nuit…

    Les artistes sont des êtres "libres ”, et si nous devions réinventer les réseaux, des outils,…, nous le feront sans scrupules, sans états d’Âme…

    Les artistes sont des Techniciens. La maîtrise, c’est la base, mais pas le but… pour ceux qui n’ont pas encore compris.

    Les réseaux ne sont que le reflet de nos sociétés, et certainement pas la cause de nos déchéances.

    L’Art, le Grand, c’est ce qui reste. Il est facile de dire non aux Talibans du net, aux réformateurs de consciences, aux intégristes de tous poils…

    Il suffit de Zapper, zéro clic, l’antibuzz et l’inexistence de leur conscience apparaîtra comme une évidence. faites vous plaisir, c’est top.

    Les chiens aboient, la caravanes passe.



  6. Dexter le 27 février 2010

    @Bibidule et @Philippe Astor

    Je m’étonne que vous ne souleviez pas un point qui pour ma part m’a beaucoup choqué lorsque je me suis penché en détail sur le fonctionnement de KissKissBankBank... certes ce positionnement B to B to C est plus pertinent que l’illusoire "Devenez Producteur" des Spidart et MyMajorCompany.Mais le problème ne serait-il pas que les internautes ne voient aucune raison à ce que l’intermediaire KKBB ponctionne 40% de la somme versée pour le projet ?On peut comprendre qu’il y ait des frais, des taxes, etc... mais qui voudrait laisser 40€ (!) sur les 100€ investis dans un projet aux mains d’un simple intermediaire ?Si j’étais fan de Cock Robin, je trouverai un autre moyen plus direct de lui apporter un soutien financier pour l’enregistrement de son album.

    De temps en temps il faut creuser un peu et se mettre vraiment à la place de l’internaute à qui on demande de sortir des sous.



  7. Bidibule le 3 mars 2010

    C’est 20.4% je crois la part de KKBB.

    Après c’est clair que pour moi, KKBB n’est pas ( ou du moins pas assez ) pensé pour l’internaute.

    Pour Cock Robin lors de la beta , on proposait de produire un album en intéressant les internautes sur les ventes digitales uniquement sur le territoire France et sur quelques mois !

    Le verdict a été sans appel : http://bidibulemusic.blogspot.com/2...



  8. Dexter le 9 mars 2010

    http://www.kisskissbankbank.com/how...

    La part de KKBB est effectivement de 23% + 17% de TVA qui sont imputés sur l’internaute producteur.Au final donc 40% de retenue.... ce qui a de quoi rebuter ces derniers.



  9. Alex (Ulule) le 25 mars 2010

    Hello,

    Et merci pour la qualité de ce débat. Une petite pierre à l’édifice : à mon avis, placer la question sous le seul angle de "l’investissement", ça n’est répondre que très partiellement aux motifs qui peuvent donner envie à un internaute de participer au financement d’un projet, musical ou autre. Nous nous sommes exprimé à ce sujet sur http://www.ulule.com, un nouveau service sur lequel nous travaillons actuellement, qui sortira en avril / mai prochains :

    "Notre idée, c’est que les soutiens (d’une maison de production, d’une association, ou d’un groupe de musique) n’ont pas forcément vocation, ni même envie, d’entrer dans une logique d’investissement, finalement assez éloignée de l’esprit des projets auxquels ils adhèrent. Je peux souhaiter qu’un documentaire voit le jour sans poser l’exigence d’en partager les (éventuels) revenus d’exploitation. C’est ainsi que nous avons conçu Ulule, avec l’envie de promouvoir une relation différente entre les porteurs de projets et leurs soutiens".

    http://chouette.ulule.com/post/4707...

    Un autre point important, si l’on considère l’importance des sommes engagées sur un MyMajorCompany ou un KBB (voir l’échec de Cock Robin sur un montant de plusieurs dizaines de milliers d’euros), on ne peut que constater l’inadéquation partielle entre ce type de montants et les besoins réels d’un grand nombre de groupes. Il est évidemment important qu’il existe des solutions permettant de trouver des financements ambitieux pour des projets coûteux, mais la réalité (du moins celle que j’ai pu observer) c’est que de nombreux groupes ont besoin de quelques milliers d’euros seulement pour des dépenses très spécifiques, pas forcément de 100.000 € pour le grand soir du vedettariat ! Trouver une solution plus souple devrait faciliter et encourager une forme de "crowd funding" de proximité, plus pragmatique, plus... humaine. C’est en tout cas le pari que nous faisons côté Ulule. A suivre : )



  10.  le 9 février 2012

    Petite info pour les fans-producteurs de Spidart qui avaient décidé de porter plainte à la suite de la dérive du label : tout a été classé sans suite par le procureur de Lyon.....



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