Le déficit du "Monde" pèse sur "Télérama"
Alors que le groupe Le Monde négocie une ligne de crédit dont Télérama serait le gage, la direction du magazine culturel présente sa stratégie à court et moyen terme. Au programme, développement sur le web, positionnement newsmag et une possible augmentation du prix de vente au numéro.
Le groupe Le Monde continue de compter sur Télérama, sa poule aux oeufs d’or. Non seulement, Le Monde gage son développement futur sur la valeur de Télérama, mais on sent encore l’empreinte de l’actionnaire principal dans les développements annoncés de l’hebdomadaire. En effet, si Télérama subit les évolutions naturelles d’un magazine, il se positionne davantage comme un news, capable de traiter de politique autant que de culture et risque d’augmenter son prix de vente au numéro. Manière d’arrondir les angles entre la rédaction et le groupe, Fabienne Pascaud, directrice de la rédaction de Télérama et Philippe Thureau-Dangin, son président, ont présenté ce matin, les nouveaux axes du développement du titre.
Evolution du print
En premier lieu, et parce que sa direction, avec plus de 640 000 exemplaires de diffusion France payée par semaine en 2008, "croit toujours en la diffusion papier", l’hebdomadaire change de maquette et revient à une politique de couverture pleine page, "plus belle", pour faire de Télérama un "objet culturel". Fabienne Pascaud a en effet souligné la place accordée à l’image, avec la nomination de Laurent Abadjian, responsable de l’iconographie, à l’un des postes de rédacteur en chef. Cette couverture permet en outre au titre de s’affirmer en kiosques, et de se vendre à côté des newsmags plutôt que dans les rangs des programmes télévisés. Un positionnement qui offre une marge de progression pour le prix de vente au numéro actuellement fixé à 2 euros. Cette option est encore à l’étude, mais pourrait être concrétisée avec une augmentation de 30 centimes. Avec 540 000 abonnés, le risque de voir les ventes de Télérama pâtir d’une élévation de son prix facial est faible voire nul, a précisé Philippe Thureau-Dangin, puisque seules seront concernées les ventes en kiosques. La modification du magazine se poursuit à l’intérieur, avec la création de 4 pages de rebonds sur l’actualité et une poursuite du développement en régions, avec 21 numéros spéciaux de Sortir prévus en régions en 2009. Des numéros thématiques et des suppléments rédactionnels liés à des événements culturels seront aussi publiés régulièrement.
Acteur global du domaine culturel
"La vivacité de Télérama repose sur une politique globale", a affirmé Fabienne Pascaud, "celle d’une marque qui se décline aussi sur le web, et par des actions de prescripteur culturel. Nous voulons que Télérama se regarde, se lise et s’écoute". La rédaction qui compte 120 personnes, pigistes inclus, travaille autant pour le magazine que pour son site et sa webradio, Télérama Radio. Si cet élargissement du champs de travail des journalistes a pu se faire de bonne volonté, sans augmentation de salaire et sans les accrochages que connaissent bien d’autres rédactions, c’est parce que Télérama est une rédaction très particulière, fortement attachée à son journal. "Une rédaction fière de ce qu’elle fait - fierté qui peut paraître insupportable de l’extérieur - qui a évidemment souffert du rachat par le groupe le Monde, mais qui a vu qu’il était urgent de se ressouder dans le contexte actuel", précise la directrice de la rédaction.
Toujours avec une volonté marquée d’être un acteur culturel, Télérama se pose en prescripteur, et crée des événements, comme le Festival Cinéma Télérama, dont la 12ème édition a mené plus de 310 000 spectateurs dans toute la France. Le titre entend jouer la proximité a amener les "consommateurs de culture" que sont ses lecteurs dans les musées, théâtres et lieux dédiés à la musique avec des opérations comme Week-end Musées Télérama ou Pass Théâtre.
Développement sur le web
telerama.fr subit également des évolutions, fruits de la volonté d’en faire un site de flux, plus vivant. Ces changements devraient permettre de passer d’un million de VU par mois actuellement, dont 45 % pour les grilles de programmes télévisés, à 1,5 millions d’ici un an. La navigation change, avec de nouvelles rubriques et un accès thématique plus clair. Il met en avant les blogs et les dossiers à ne pas manquer. Il y a également un player pour podcaster les émissions de la webradio et bien sûr, l’accès à Télérama Radio. A partir du 25 mars, elle diffusera 3 heures d’émissions nouvelles chaque jour, rediffusées deux fois. Télérama se définissant comme prescripteur, la radio proposera également un programme musical renouvelé chaque jour, avec beaucoup d’inédits. D’autres projets sont en cours de développement, avec l’arrivée sur iPhone de la "télévision selon Télérama" en mai prochain. Le site sera aussi enrichi d’une version web du guide francilien Sortir. Une boutique en ligne sera également mise en place, dont l’objectif est de doubler le chiffre d’affaires actuel de vente par correspondance.
Pour répondre aux besoins générés par ces évolutions, Télérama investit 300 000 euros et a recruté 3 personnes. D’ici deux ans, l’ensemble de ces développements - boutique en ligne, radio, application pour iPhone - devront représenter 5 à 10 % du chiffre d’affaires de Télérama.
Un actionnaire envahissant ?
Quand on l’interroge sur l’état des relations de Télérama avec Le Monde, son actionnaire à 85 %, Fabienne Pascaud répond qu’en tant qu’actionnaire, Le Monde laisse ses filiales libres d’un point de vu éditorial. Bien évidemment, le groupe compte sur ses filiales bénéficiaires, c’est le cas de Télérama, et entretient donc une certaine culture du résultat. Cependant, "tant qu’on nous laisse investir pour notre développement, il n’y a rien à dire", précise Fabienne Pascaud. Et les nécessités d’investissement existent bel et bien, puisque si le résultat 2008 (non communiqué ndlr) est en hausse par rapport au résultat 2007, Philippe Thureau-Dangin précise qu’il ne "s’attend pas à des merveilles ni pour 2009 ni pour 2010". Selon le président de Télérama, la ligne de crédit actuellement négociée par Le Monde ne présage pas d’une future vente de l’hebdomadaire. Télérama a été nanti, car c’est la seule valeur qui pouvait l’être pour le bon montant. La ligne de crédit devrait être signée prochainement.
