Le marché du disque s’effondre de plus de 19%
Sur les trois premiers trimestres de l’année le marché de la musique enregistré s’est effondré de plus de 19%. Pour les multinationales du disque le vote de la loi Hadopi est toujours une urgence, mais pas la fin du combat qu’elles mènent contre le piratage.
On finit par s’habituer au pire. C’est avec résignation que l’industrie du disque représentée par le SNEP (syndicat national des éditeurs phonographiques) a présenté ce matin les derniers indicateurs du marché du disque. Si l’on peut encore l’appeler ainsi, car, la part de disques compacts vendus sur ces neuf derniers mois tend à plonger dans les abysses. Le marché a ainsi perdu 52% de sa valeur en cinq ans, depuis le sommet atteint en 2002.
"Le monde a changé. Nous avons pris conscience que cela ne reviendra plus, que ce n’est pas juste une mauvaise passe, il faut faire avec le piratage. Nous souhaitons que cela baisse, que 80% de la musique qui transite par les réseaux ne soit plus sur le P2P. Mais nous savons qu’il ne sera pas possible d’éradiquer le P2P. Nous le regrettons, cela dit", lance Christophe Lameignère, le président du syndicat regroupant les quatre majors. L’espoir repose sur l’effet Hadopi du projet de loi "Internet et Création", mais pas seulement, puisque pour Hervé Rony, le directeur du SNEP, "la loi n’est qu’une première étape. Si le marché ne re-décolle pas, il faut réfléchir avec le gouvernement à d’autres modes de fonctionnement". Il s’agirait alors de re-fonder l’ensemble de l’économie de la filière et d’apporter dans le portefeuille des maisons de disques des financements issus de prélèvements sur le chiffre d’affaires des fournisseurs d’accès à Internet, ou d’autres origines. Cependant, "il n’est pas question d’en discuter aujourd’hui avec le gouvernement alors que la loi n’a pas encore été votée, et que nous n’avons pas encore de calendrier précis concernant son passage à l’Assemblée nationale", explique le patron de Sony BMG France. Selon les informations émanant du ministère de la Culture et de la Communication, le texte de loi sur le droit d’auteur sur Internet devrait être présenté aux députés en janvier prochain. Le SNEP s’est félicité qu’il ait été voté à l’unanimité par les sénateurs, mais reste sur ses gardes, estimant que "certains à l’Assemblée voudront se démarquer, montrer qu’ils sont des hommes" ! Malgré ces craintes, il apparaît que bien peu de députés seraient actuellement hostile à ce texte, en tout cas, sûrement pas assez pour faire trébucher son destin.
Abonnements en or
En attendant donc la promulgation de la loi "Internet et Création" au début de l’année prochaine, le marché de la musique enregistrée subit de plein fouet une baisse des ventes. Elle atteint 19,6% en valeur sur les supports physiques, avec 329,2 millions d’euros sur les neuf premiers mois de l’année contre 409,3 millions sur les trois premiers trimestres de 2007. Les ventes "digital" sont en revanche en nette hausse de 52,6%, ce qui permet au marché global de la musique d’amortir la chute avec une contraction de 13,9% pour 382 millions d’euros sur le gros hors taxes - autrement dit, le montant total facturé par les maisons de disques aux distributeurs.
Les ventes de musique numérique se partagent entre les offres par abonnement et celles d’achat à l’acte, pour un total de 52,8 millions d’euros. Les premières ont connu une croissance formidable grâce aux lancements d’Orange Max ou de SFR Music Pass avant l’été. Bien que ces offres n’aient pas eu le succès attendu (voir En musique l’abonnement ne fait décidément pas recette), les majors ont perçu de grosses sommes correspondant à des "minimums garantis". Les montants sont évidemment confidentiels, mais ils seraient de plusieurs millions d’euros selon la taille du catalogue et la part de marché du producteur. De fait, les revenus issus du streaming payant et des abonnements totalisent 11,1 millions d’euros, "soit 21% des revenus numériques", indique le SNEP. En 2007, ce chiffre n’était que de 1,4 million d’euros. "Il y a une part conjoncturelle mais aussi structurelle", souligne Christophe Lameignère. La téléphonie mobile représente 45,1% des revenus du digital, tandis que les téléchargements 33,7%.
Quant au DRM, ou disons aux mesures techniques de protection, le patron de Sony BMG a prévenu qu’il allait les faire sauter dès la promulgation de la loi. Et qu’en attendant, il ne s’interdisait pas de faire des essais, un peu à l’image de ce que Universal Music a lancé avec SFR récemment. Pour les autres maisons de disques, le mouvement devrait être à peu de chose près identique, à l’exception d’EMI qui a déjà supprimé les verrous il y a deux ans.
