Les fabricants d’écrans exigent une refonte du modèle de financement de la création
Les fabricants de téléviseurs estiment verser 100 millions d’euros de trop à la copie privée. Ils demandent aussi des contenus pour nourrir les écrans 3D ou les standards de TV connectée.
C’est le grand jour du Simavelec. Le syndicat regroupant la plupart des fabricants de téléviseurs et d’écrans de toutes sortes, ont rendu public aujourd’hui les grandes tendances du marché français. Les grandes marques du secteur telles que Sony, Philips, Samsung, Panasonic ou LG, en ont profité pour taper du poing sur la table concernant la "rémunération pour copie privée", et demander que le système de financement de la création soit revu !
Le Simavelec mène en effet une guerre depuis des années contre la copie privée, cette rémunération qui est acquittée par chaque client sur les CD-R ou les DVD, et plus récemment sur les décodeurs équipés de disque dur, ou encore les baladeurs MP3. Le syndicat est présent, comme d’autres représentants des industriels au sein de la commission copie privée. Il a toujours dénoncé un système qui mettait les fabricants à la merci des ayant droit, et qui déboucherait à brève échéance sur un emballement économique nuisible : marché gris frontalier, puis distorsion de concurrence entre revendeurs sur le Net, etc.
200 millions
Outre le fait qu’il est de bonne guerre pour le Simavelec de s’inscrire dans une logique de lobbying pour les fabricants de TV, il est tout autant étonnant de voir ce syndicat demander que les sommes perçues soient revues à la baisse, lorsque l’on sait qu’elles représentent une partie minime du chiffre d’affaires de ces multinationales. Qu’à cela ne tienne, cette fois, Philippe Citroen, le président du syndicat, et directeur général de Sony France, s’est insurgé ce matin, estimant que les fabricants - enfin les consommateurs - payent 100 millions d’euros par an "en trop" dans le cadre de la rémunération pour copie privée.
Un chiffre rond, qui tombe bien, et qui s’explique en grande partie par la bataille juridique entre les fabricants et les ayant droit. Les premiers ont remporté plusieurs victoires, ces derniers mois, la plus éclatante concernant le retrait des "contenus illicites" des barèmes de la copie privée, qui sont proposés par les ayant droit, comme il se doit.
Pour ne rien changer, le Simavelec demande donc que le système de financement de la création soit revue, afin évidemment d’alléger le poids de la rémunération pour copie privée. Ce raisonnement repose pour Philippe Citroen sur la multiplication des écrans interactifs, et donc, l’augmentation des revenus pour les ayant droit par le simple fait de la cette croissance des usages. "Il y aura bientôt plus de 200 millions d’écrans", "en interaction", a souligné le président du syndicat. Un potentiel considérable pour les nouveaux services selon lui, qui ne doit pas être entravé par une rémunération "d’un autre âge". "Le traitement « administratif » de la copie privée, tel qu’il est aujourd’hui mené, est fondé sur une économie qui n’existe plus", note le Simavelec... La balle est maintenant dans le camp des politiques, qui vont devoir prendre position à quelques semaines des échéances électorales.
iTV
Ceci dit, le marché des écrans en France se porte comme un charme. Quelques chiffres sont éloquents : en 2010 c’est 8,5 millions d’écrans qui se sont vendus, et 8,7 en 2011. Deux années de transition vers le tout numérique et la généralisation des écrans plats, de plus en plus performants. 2012 devrait être quelque peu en retrait, cependant, même si l’année sera fournie en terme d’événements sportifs, avec les Jeux-Olymiques de Londres.
Néanmoins, les inconnues demeurent, notamment sur les écrans connectés (40% en 2012), et leur véritable usage. Le Simavelec demande pour cela qu’il y ait plus de contenus à disposition des consommateurs, notamment pour ce qui est de la 3D, ou de la norme Hbbtv.
Tout cela risque d’être remis en question brutalement, lorsqu’Apple ou Google auront véritablement investi ce terrain. La firme de Cupertino devrait rebattre les cartes de ce marché avec le lancement d’iTV dans le courant de l’année 2012, et Google suivra certainement avec une copie honnête des mêmes fonctionnalités, comme ce fut le cas sur le marché de la téléphonie.
