Libé, c’est fini, c’était le journal de mon premier amour ...
À la veille d’une grève lundi, alors que ses journalistes s’interrogent et s’inquiètent sur son avenir, financier et moral, Libération en est à un tournant critique : une diminution constante des ventes, un bras de fer et une perte de confiance entre la direction et les salariés, et l’arrivée sans doute imminente d’un nouvel actionnaire dans la balance, pourraient bien tuer le journal que l’on connait.
Libération ne traverse pas sa première tourmente, mais la situation à la rédaction du quotidien est grave et l’avenir « sombre », selon une source au journal. Une motion a été votée jeudi par les salariés du journal en assemblée générale, qui prévoit un débrayage lundi. L’intersyndicale CGT-SNJ-Sud demande "l’arrêt immédiat de tout départ contraint", après qu’une salariée (ancienne syndicaliste FO) a reçu une lettre de licenciement, la direction souhaitant "alléger" l’équipe de neuf personnes.
C’est l’incertitude financière qui constitue un sérieux point d’interrogation quant à l’existence du journal. Les chiffres de Libé sont en constante diminution, le quotidien affichant une diffusion payée comprise entre 52 000 et 56 000 exemplaires, dont 20 500 seulement sur Paris. En décembre, le journal a enregistré une baisse de 22%. La direction serait de plus dans l’incapacité de réagir face à cette dégringolade, selon notre source. L’actionnaire principal, Édouard de Rothschild, qui a pris le contrôle du capital en 2005 (et dont les pressions se ressentiraient sur la rédaction, commercialement et déontologiquement), a garanti des fonds jusqu’en Mars. Mais les mauvais résultats du quotidien, ainsi que le décès du deuxième actionnaire, l’italien Carlo Caracciolo de la Repubblica, laissent le champ libre à Rothschild, qui exigerait l’apport financier d’un deuxième actionnaire. En haut de la liste, on murmure le nom de Vincent Bolloré, l’homme d’affaires et industriel proche de Nicolas Sarkozy, qui a déclaré vouloir investir dans un journal payant. Cette reprise en main signifierait la fin du journal d’opposition que l’on connaissait.
Augmentation dissimulée
D’autre part, plusieurs phénomènes semble t-il, contribuent conjointement à plomber le fonctionnement du quotidien et à menacer son avenir. D’abord des remaniements à la tête du journal : le départ de Didier Pourquery, directeur délégué de la rédaction, qui a quitté ses fonctions "pour des raisons de santé" (ou de « ras-le-bol », entend t-on), et celui annoncé d’Agnès Touraine, présidente du conseil de surveillance de Libération, qui a mis Édouard de Rothschild devant le fait accompli. À cela s’ajoute l’arrivée au poste de co-PDG de Nathalie Collin, d’EMI, censée réduire les coûts.
Selon notre source, l’assemblée générale de jeudi a permis de mesurer le gouffre qui sépare de plus en plus l’équipe de sa direction (accusations de fainéantise, sourde oreille à la fatigue de l’équipe etc ..). L’étonnement, aussi, face à la dégradation des budgets des piges, divisés par deux, et l’augmentation (1500 euros) mal-venue et dissimulée du rédacteur en chef de Next, le supplément mode. Le débrayage de lundi, jour du conseil de surveillance de l’entreprise, aura lieu donc sur fond d’ambiance délétère, de défiance réciproque et de bras de fer. La mise sous surveillance de Laurent Joffrin, qui semble avoir perdu la confiance de ses salariés, qui notent un retard général de la direction en matières de diversification des activités, et d’internet.
L’agonie de Libération est ainsi marquée par l’absence de perspectives d’avenir et de développements du journal, qui reste paralysé par le manque de moyens et un actionnaire « tétanisé ». « Personne ne se projette et la direction ne propose rien d’autre que de relifter encore une fois le quotidien ».
- Clefs
- L. Joffrin libération V. Bolloré
