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Midem 2009 : la production musicale française à l’honneur

(Digital Jukebox) - La production musicale française n’a jamais été aussi prolifique et d’aussi bonne qualité, ce qui a transparu lors de ce Midem 2009. Une production musicale qui s’exporte de mieux en mieux mais n’est pas nécessairement francophone. Ce dont il n’y a pas vraiment lieu de s’émouvoir outre mesure.


Lors de mon unique séjour à San Francisco en 1999 (une ville que j’ai quittée comme on fait le deuil d’un amour impossible), l’ami qui nous hébergeait (je venais d’assister à la toute première conférence américaine sur la musique en ligne à Los Angeles, en compagnie de Tariq Krim, fondateur de Netvibes) fut estomaqué d’apprendre que Manu Chao, dont il était fan, était un artiste français, une des figures du rock indé des années 80, issue de la raya des squatts parisiens (à l’instar des Berruriers Noirs, de Parabellum, des Garçons Bouchers et j’en passe). Tout au plus concevait-il qu’il puisse être espagnol. Mais français ? En mettrais-je ma main à couper ? Sans aucune hésitation !


C’est assez symptomatique de la défiance des anglo-saxons à l’égard de notre production musicale. Je dirais qu’en matière de musique rock, cette défiance fut longtemps justifiée. Notre production indépendante, à peine balbutiante dans les années 80, n’arrivait certainement pas à la cheville de la production anglo-saxonne, sauf rares exceptions - Loco Mosquito, l’unique album des Hot Pants, une des toutes premières formations dans laquelle évolua Manu Chao, ferait aujourd’hui un carton si on se donnait la peine de le réécouter, ce que je suis d’ailleurs en train de faire.


Vingt ans après, les choses ont bien changé. La production musicale française n’a jamais été aussi prolifique et d’aussi bonne qualité, ni en mesure de s’exporter aussi bien, y compris vers les pays anglo-saxons. Et si l’on considère que les nouveaux marchés émergents de la musique se situent désormais dans les pays de l’Est ou d’Asie, dont les ressortissants se soucient comme d’une guigne que l’on chante en anglais, en français ou en espagnol, cela ouvre bien des perspectives. The Do, Camille, Cocoon, ne sont que quelques exemples du potentiel que représentent désormais les artistes français à l’international.


Bien sûr, les artistes français susceptibles de s’exporter le mieux aujourd’hui chantent en anglais, ce dont certains s’émeuvent, à commencer par Eric Zeimour, journaliste politique au Figaro et chroniqueur sur France 2 - incarnation à lui seul d’une certaine étroitesse d’esprit très française qui m’amuse beaucoup tant qu’elle se confine à une forme de divertissement télévisuel. Ainsi faisait-il récemment la leçon à Cocoon sur ce chapître, sur le plateau d’On n’est pas couché.


Il y aurait plutôt lieu de se réjouir, pourtant. D’abord, parce c’est le signe que les jeunes générations sont de plus en plus à l’aise avec l’anglais, ce qui n’est pas un mal, tant nous avons longtemps trainé, lorsqu’on se donnait la peine de parler cette langue, un accent à couper au couteau - le mien est plutôt à couper à la hâche -, qui rendait les groupes français "anglophonisant" jusque là peu crédibles à l’international. Ensuite, parce que ces artistes sont des ambassadeurs de la production musicale française à l’étranger, à défaut d’être encore, pour l’instant, des ambassadeurs de la langue française.


Nos "cousins" québéquois, chez qui j’ai eu l’occasion de séjourner à plusieurs reprises ces dernières années, et qui sont probablement les plus grands défenseurs de la francophonie qui soient, ont beaucoup moins de complexes que nous à cet égard. Nombre d’entre eux parlent parfaitement bien l’anglais (ils sont très fluents, comme on dit), et en mélangent volontiers des expressions à leur conversation. Et quand une artiste québécoise comme Pascale Picard prend le parti de - très bien - chanter en anglais, personne ne s’en émeut chez eux. C’est une petite leçon d’Amérique qu’ils nous donnent là, et nous en avons bien besoin.


Le fait que la production musicale française se décomplexe vis à vis de l’anglais produit des résultats plutôt encourageants. L’une des révélations du Midem 2009, Charlie Winston, est un artiste anglais découvert par Peter Gabriel et produit par Atmosphériques... label indépendant français (!), qui révéla Louise Attaque et Abd-el-Malik. Une des sensations de cette année sur la Croisette, Sliimy, est un jeune artiste français découvert par Warner Music qui chante exclusivement en anglais, et s’exprime aussi bien dans cette langue que dans celle de Molière.


Au demeurant, l’artiste honoré cette année par toute la profession au Midem est un des grands noms de la chanson française, et l’un de ses plus grands ambassadeurs à l’étranger, en la personne de Charles Aznavour. Lequel Charles Aznavour ne se prive pas, dans son dernier double album Duo, de remplir un CD entier de duos en anglais, enregistrés avec des artistes anglo-saxons aussi prestigieux qu’Elton John, Sting, Brian Ferry, Paul Anka, Liza Minelli, Sinatra, Dean Martin... Et certains artistes francophones - Céline Dion, Johnny Halliday, Nana Mouskouri -, se prêtent même au jeu, pour notre plus grand bonheur.


Internet n’est certainement pas étranger à la familiarisation croissante des jeunes générations de Français avec l’anglais. N’en déplaise à Eric Zémour, c’est le meilleur moyen pour eux d’être des citoyens européens à part entière - mais Eric Zémour n’est pas vraiment un pro-européen. Les américains ne s’émeuvent pas autant que nous de voir l’espagnol prendre de plus en plus le pas sur l’anglais chez eux.


Dans un billet récent publié sur son blog WebEntertainer, Philippe Dupuis souligne combien en matière d’innovation dans la musique en ligne, la french touch est dynamique, grâce à Deezer, Jamendo, MusicMe, Pepita Store, Aka Music, Airtist, NoMajorMusik, MyMajorCompany, Believe ou encore Goom Radio. Qu’en serait-il si tous les jeunes entrepreneurs du net à l’origine de ce dynamisme n’étaient pas aussi à l’aise à baigner dans l’anglais que des poissons dans l’eau ?


Sur le plateau d’On est pas couché, Mark Daumail, de Cocoon - au demeurant originaire de Clermont-Ferrand, c’est à dire de l’une des régions les plus enclavées de France, dans le désenclavement de laquelle Internet a certainement joué un grand rôle - expliquait ingénument qu’il devait de maîtriser aussi bien l’anglais au fait d’avoir regardé de nombreux films anglo-saxons en VO téléchargés sur Internet. De quoi mesurer, en l’occurence, le rôle joué par le peer-to-peer dans l’éducation linguistique et culturelle des jeunes Français.


Inutile de souligner, par ricochet, le rôle joué par le peer-to-peer dans l’éducation musicale de tous ces jeunes artistes français qui se montrent capables de rivaliser aujourd’hui avec leurs homologues anglo-saxons. Un sociologue de la musique comme François Ribac montre très bien (dans son ouvrage L’avaleur de rock, notamment) combien l’accès aux phonogrammes et leur appropriation jouent un rôle prépondérant dans l’apprentissage et le développement de la musique populaire. Après avoir confisqué beaucoup de valeur, une technologie comme le peer-to-peer, et les comportements qu’elle a induits, sont peut-être en train de la restituer sous cette forme, parmi tant d’autres.


Le fait que cette éducation musicale soit essentiellement anglophone tient surtout au fait que 80 % des phonogrammes qui circulent sur Internet le sont aussi. D’ailleurs, comme l’expliquait Mark Daumail, nous sommes beaucoup plus sensibles à la musicalité de cette langue qu’au sens des paroles qu’elle véhicule. D’une certaine manière, elle donne plus la tonalité de cet instrument à part entière qu’est la voix, dans notre perception, qu’un sens à ce qui est chanté.


Par ailleurs, le fait qu’une production musicale française anglophone parvienne à s’exporter de mieux en mieux est une garantie que les producteurs locaux puissent disposer à l’avenir des moyens d’investir dans la production d’artistes francophones, qui trouveront bien d’autres débouchés que les marchés anglo-saxons, dans les pays de l’Est ou en Asie, pour s’exporter de mieux en mieux à leur tour.


D’où la nécessité, en l’occurence, de soutenir la production d’artistes français anglophones - et même la production d’artistes anglo-saxons par des labels français -, en élargissant notamment la politique des quotas de diffusion et de soutien à la création à leur périmètre, et en cessant de s’émouvoir que le Prix Constantin, par exemple, ait été décerné en 2008 à Asa, jeune chanteuse anglophone d’origine nigérienne produite par le label indépendant français Naïve, dont on devrait se féliciter qu’elle ait choisi la France comme terre d’élection. Il y va du dynamisme de la production musicale française.


5 Commentaires. Ajoutez le votre +

Gecko 29 janvier 2009

Nos artistes commencent heureusement à dépasser la french attitude qui consiste à penser qu’il est ridicule d’essayer de parler anglais si on ne maitrise pas totalement la langue. Nos amis nordiques parlent un anglais parfait à 15 ans, souvent grâce à une télévision nationale à majorité VOST. Il a fallu attendre le P2P pour démocratiser cela en France.



En ce qui concerne les artistes francais anglophone de talent, je citerais Jil is lucky ou Carp (mais il y en a tant d’autres).

 12 mars 2010

Faut de tout pour faire un monde :)



cousins d’amérique

Marie C 12 mars 2010

Superbe article, merci :)bipolaire

mapie 27 mars 2010

en france il y a beaucoup de talents inconnus qui demandent qu’à être connus... que doivent-ils faire ? faut-il coucher pour être célèbre ????
ou y a t-il d’autres solutions ?

mapie 27 mars 2010

je suis une petite auteure qui travaille avec des inconnus et j’en suis fière...
devrais-je coucher pour travailler avec des gens célèbres si l’occasions se présentait....


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