Midem : A Cannes la musique fait son cinéma
Le modèle du centre national du cinéma a servi au gouvernement et à la filière musicale pour la création du centre national de la musique. Le Midem fut l’occasion pour tous les acteurs de retrouver le sourire en même temps qu’une assurance sur les dépenses futures
Il flottait dans l’air de Cannes, cette année, comme un air doux et enjoué. Loin des années précédentes, celles du fatalisme, de la colère et de l’abattement parfois, devant la crise des ventes. Non, le Midem 2012 fut celui d’un retour à l’humeur légère, malgré des nouvelles pas totalement rassurantes. Création du centre national de la musique, départ probable de Frédéric Mitterrand, ou stabilisation de la baisse des ventes, et progression du "digital", difficile de savoir quelle était exactement la bonne raison de ce retour du moral au sein des professionnels de la filière musique.
Le déjeuner organisé par le Prodiss, lundi 30 janvier, fut donc le sommet de cette nouvelle positive attitude. Réunis pour l’occasion, tous les professionnels ont affiché une unité, que l’on croyait bien impossible. Notoirement indisciplinée, la filière aurait-elle enfin compris ce qu’elle avait à gagner à garder ses antagonismes en interne ? Car évidemment, les tensions, les désaccords et les affrontements n’ont pas cessé. Au contraire, mais tous ont souhaité laisser ces divergences au vestiaire, pour mettre dans le CNM les intérêts de tous, ou presque, et ainsi obtenir de l’Etat les moyens financiers de leur continuité.
Forêt à moitié brulée
Le CNM est donc sur les rails. Le ministère de la Culture et de la Communication a déjà réservé les 15 millions d’euros de son lancement - astucieusement transférés de la mourante carte musique. À la fin du mois de février, l’association entre l’Etat et les organismes contributeurs sera effective, promet Didier Selles, qui veille à la bonne gestation du projet depuis le départ. Il est d’ailleurs fortement pressenti pour en assurer la présidence. Enfin, le CNM en tant que tel pourrait être posé sur les fonds baptismaux en fin d’année, vers le mois d’octobre, dit-on, cependant, l’élection présidentielle pourrait très bien aussi chambouler ce calendrier. Fleur Pellerin, unique représentante du candidat Francois Hollande lors de ce Midem, n’a pas manqué de confirmer les bonnes intentions du leader de la gauche. Elle a ainsi affirmé que la gauche, si elle arrive au pouvoir, conservera le projet dans toutes ses dimensions, mais sans préciser si le budget prévu - environ 80 millions d’euros en année pleine, soit un effort de 40 millions de l’Etat -, allait être maintenu. La conseillère aux affaires numériques a en revanche déclaré que la gauche allait revoir certains mécanismes dans les dispositifs d’aide... Sans que cela ne viennent assombrir ce déjeuner de la concorde retrouvée.
La palme de la métaphore est revenue à Pascal Nègre, le toujours coloré patron d’Universal Music, qui a comparé le marché de la musique à une forêt qui aurait brûlé et dont les essences rescapées doivent faire l’objet de toutes les attentions. "Il faut replanter" a souligné Pascal Nègre, mettant d’accord avec lui Stéphan Bourdoiseau le pdg de Wagram, mais aussi Thierry Chassagne de Warner Music. Et le CNM semble donc être la serre parfaite à cet effet, si l’on croit les professionnels de la filière.
Une filière dont on peut maintenant imaginer qu’elle va prendre une toute autre allure. Ainsi, les différentes entités et syndicats qui la compose, SCPP, SPPF, ou encore SNEP, et UPFI, ont-ils toujours bien leur raison d’être quand on sait que les aides financières qu’ils distribuaient vont être maintenant du ressort du CNM ? À cette question de la fusion de ces organismes, et plus particulièrement de la SPPF et de la SCPP, les deux sociétés civiles, les intéressés n’ont pas répondu par la négative. Et puisque discussions il y aura, elles pourraient avoir lieu dans l’année.
Droits voisins
Une belle unité retrouvée qui vient de concert avec un nouveau souffle pour le marché. Le SNEP dans sa présentation annuelle des chiffres du marché s’est en effet adonné au dur métier de la prévision. Selon le syndicat, le marché français sera à nouveau positif en 2013, en tablant sur une progression de 20% des revenus du "digital" et une bonne croissance aussi des recettes issues des droits voisins. Le décompte de ces sommes dans la valeur du marché a représenté une petite révolution cette année au Midem. Les membres du SNEP ont pesé le pour et le contre, pour finalement inclure ces revenus (copie privée et rémunération équitable). De fait, le marché de la musique enregistre, comparé à 2010, une baisse de 3,9%, contre 5,6% sans les revenus des droits voisins.
Les performances 2011 de ce secteur sont stables par rapport à 2009-2010, avec un total de 617,2 millions d’euros, droits voisins inclus, et 523,3 millions, sans... Le numérique est en forte hausse de près de 25,7% pour un total de 110 millions d’euros, contre une baisse de 11,7% pour les ventes de CD. Les droits voisins, pour leur part, progressent de 6,8% pour une part de 15% dans le total. Dans le détail, les recettes issues du numérique montre une forte croissance du streaming (+74% à 40 millions d’euros), et une consolidation forte des téléchargements : +16% à 55 millions d’euros.
