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Mystar : ingéniosité, viralité, célébrité

Plus qu’une énième plate-forme vidéo, Mystar se définit comme un véritable divertissement en ligne qui se propose de faire passer sous les projecteurs les nouveaux talents du spectacle, plus particulièrement du tryptique musique, danse et humour. Lancé aujourd’hui même et cofondé par Salah Berais et Olivier Ravard, tous deux issus du monde des médias, le site s’appuie sur le contenu généré par les utilisateurs. Il s’adresse à un public jeune, également la cible d’annonceurs qui financent l’entreprise par le biais de l’advertainment sous la forme des défis Mystar.


- ElectronLibre : Comment vous est venue l’idée de créer le site Mystar ?
- Olivier Ravard : Au départ, nous venons de la télévision, des médias et de la presse. Nous avons longtemps travaillé à Reservoir Prod, et aussi en indépendant en tant que créateurs de programmes. On s’est vite aperçu que la télévision était un média sur lequel on ne pouvait que difficilement exprimer notre créativité, et pour plein d’autres raisons parmi lesquelles le fait qu’il soit spécialement dédié à des ménagères de moins de 50 ans. Or ce qui nous semble intéressant se passe plutôt du côté des 15-35 ans.
La deuxième chose qui nous a donné envie de créer ce site, c’est tout simplement qu’il n’existait pas. Nous sommes intéressés par tout ce qui est nouveau dans l’humour, la danse et la musique, et quand nous avons cherché des nouveaux talents que l’on ne voyait plus à la télévision et que l’on entendait de moins en moins à la radio, nous les avons cherchés sur le Net et avons eu un mal fou à les trouver parce qu’ils étaient éparpillés un peu partout. D’où l’idée de concevoir un site où on allait tous les retrouver. Etant donné que nous sommes issus du monde de la télévision, nous possédons cette expérience de faire du divertissement, c’est notre métier, sauf que nous allons essayer d’en faire pour les 15-30 ans sur Internet, c’est-à-dire pour les gens qui veulent voir des contenus qu’ils ne trouvent pas ailleurs, des vidéos qu’ils ne voient pas ailleurs, et des vidéos qui sont faites par des gens qui ne peuvent pas les diffuser ailleurs. On veut rencontrer ces deux catégories de personnes.
L’idée “on est tous la star de quelqu’un”, qui est vraiment notre baseline, signifie qu’il y a de la place pour tout le monde, et des publics pour tout le monde. Mystar a vocation à rassembler tous ces publics et ces talents, sachant que la limite entre les deux n’est pas forcément très hétérogène, il peut y avoir une porosité. En gros, ce n’est pas parce qu’on est en train de regarder une vidéo qu’on n’en postera jamais, au contraire. Nous parions sur le fait que plus ça ira, plus les gens (et les jeunes) en posteront, parce qu’ils auront le matériel, que ce sera de plus en plus facile, que ça ira de plus en plus vite, et parce que ce sera de plus en plus simple de réaliser de jolies choses. Maintenant, il suffit d’avoir un Mac ou un PC pour faire des trucs vraiment incroyables, ne serait-ce qu’avec la webcam et un peu de montage derrière.


- EL : Pourquoi avoir choisi un modèle économique basé sur l’advertainment en excluant les bannières publicitaires ?
- OR : Tout d’abord parce que nous avons trouvé cela immonde, vraiment laid. Notre premier réflexe a été de nous demander si nous étions obliger d’y avoir recours. Puis nous avons travaillé sur notre business modèle et on s’est aperçu que les 15-30 ans cliquaient de moins en moins sur les bannières publicitaires. Donc si l’on voulait les toucher, il fallait les toucher autrement, et puisque nous nous adressons aux 15-30 ans, comme c’est le cas d’autres annonceurs... C’est ce que l’on appelle en langage pub “l’expérience partagée”, c’est-à-dire le côté advertainment, à la fois divertissement et publicité, que l’on retrouve dans la rubrique défis de Mystar.


- EL : Quel est le principe des défis Mystar et qu’a-t-on à y gagner ?
- OR : La rubrique défis Mystar est la rubrique qui nous fait vivre. Il s’agit d’un concours de contributions sponsorisées permanent. Nous travaillons avec des marques pour lesquelles nous avons une page Mystar spécialement brandée, et la marque constitue une rubrique en elle-même pour une période donnée. C’est pour elle que l’on va organiser un concours de contributions. Je vais vous donner un exemple très simple avec une marque de boisson gazeuse à l’orange qui se secoue. On pourrait imaginer un défi Mystar qui consisterait à inventer la chorégraphie la plus secouée, et pendant une minute trente, vous allez vous filmer avec une bouteille de cette boisson dans chaque main et la secouer le plus vite possible ou faire la danse qui secoue le plus les bouteilles.
L’idée des défis Mystar est qu’ils soient à chaque fois ludiques, qu’ils comportent le plus grand potentiel de viralité possible pour nos annonceurs, et qu’ils soient simples à réaliser. Pour une chorégraphie comme celle-là, par exemple, il suffit juste de posséder une webcam. L’important pour nous n’étant pas de juger la qualité artistique de la performance, mais surtout de faire en sorte que ce soit amusant, spontané, et que tout cela emmène la marque sur le territoire des jeunes plutôt que le contraire.
Dans le cadre des défis Mystar, les contributeurs gagnent un très beau lot qui fait partie du deal conclu avec l’annonceur, on ne peut pas vous en dire plus. Il y a là quelque chose de vraiment intéressant à la clef. Derrière, nous sommes en pleine réflexion sur la rémunération des tops 10 Mystar de toutes les rubriques plus classiques hors advertainment.


- EL : Quelle est la force de Mystar vis-à-vis de gigantesques machines telles que YouTube ?
- OR : Déjà, nous ne sommes pas YouTube. On n’est pas des généralistes, on n’est pas des réseaux sociaux, on n’a aucune vocation à faire de la diffusion de masse. Nous sommes là pour mettre en relation des nouveaux talents avec des gens qui en cherchent. Il y a une chose qui nous différencie et qui est essentielle : chez nous, c’est rangé. On ne trouve que des contenus issus de leurs créateurs. Sur Mystar, vous ne pouvez pas poster si vous ne détenez pas les droits de vos vidéos, et si cela arrive tout de même, c’est retiré très vite. On n’a aucune vocation à relayer des bouts d’émissions japonaises.
La deuxième chose qui nous différencie de YouTube, c’est que nous ne sommes pas une plate-forme, nous sommes un divertissement, et ça change tout. Une plate-forme, c’est un amalgame de contenus où l’on trouve ce que l’on veut au petit bonheur la chance. Un divertissement, c’est tout faire pour que vous veniez et que vous restiez en vous amusant. On a inventé des boutons amusants qui font du bruit : lorsqu’on clique sur Up pour une vidéo, ça ne résulte pas dans un “je vote pour”, ça dit “Yeah !”, et lorsqu’on vote Down, ça ne met pas une note de 0/5, ça génère un bruit de buzzer, la vidéo est arrêtée et on passe à la suivante. On est vraiment dans du divertissement de type télévisuel, sauf que c’est adapté au Net.


- EL : “Les artistes en émergence ne peuvent plus compter sur les grands noms du partage de vidéos en ligne pour sortir de la masse des contributions anonymes”, a déclaré Salah Berais. Supposons que Mystar connaisse un énorme succès, les nouveaux talents ne courent-ils pas le risque, à terme, d’être eux aussi noyés dans la masse ?
- OR : D’abord, ils ne seront pas noyés dans la même masse, ils seront au moins noyés dans la masse des nouveaux talents, pas dans la masse des vidéos, ce qui n’est pas du tout pareil. Mais surtout, quand nous disons “on est tous la star de quelqu’un”, cela veut dire que tout le monde a un public et que Mystar a vocation à rassembler tous ces publics.
De toute façon, quel que soit le nombre de contributeurs, les visiteurs de Mystar seront toujours assurés d’avoir les meilleurs sous la main grâce aux tops 10, voilà le plus important. Ces gens ne seront jamais noyés dans la masse, ils émergeront toujours.
La deuxième chose : c’est plus qualitatif que quantitatif (dans la logique plus les utilisateurs votent, plus ils ont raison), les contenus sur Mystar, les vidéos, et les playlists, par exemple. Quand on s’inscrit sur Mystar, on peut poster des contenus en postant des vidéos et on peut aussi devenir une sorte d’aiguilleur, de prescripteur et aider les autres à s’y retrouver. Là où des géants généralistes mettent en place d’énormes équipes éditoriales pour essayer de faire émerger du contenu qui leur plaît, nous vous donnons la possibilité de dire que cela vous plaît à vous.
Dans le même ordre d’idée, sur Amazon.com, les recommandations ne sont pas faites par Amazon mais par des gens. Moi, je m’en suis servi pour choisir des mangas. J’étais incapable de m’y retrouver sur le marché mondial, alors je suis allé sur Amazon et ai trouvé des prescripteurs qui disaient qu’ils trouvaient certains titres formidables. Et quand on retrouve une BD prescrite par X personnes, on se dit que l’on ne connaît pas, mais que ça doit valoir le détour.


- EL : Mystar est-il également ouvert aux véritables vedettes ?
- OR : On ouvre le site aux célébrités - d’ailleurs nous sommes en train de travailler là-dessus - mais pas en tant que posteurs de vidéos, en tant que prescripteurs de vidéos. Admettons que l’on fasse venir une grande chanteuse de hip-hop en interview, parce que nous avons eu de la chance ou parce que nous avons su la convaincre. On ne va pas l’interviewer sur son actualité, on va lui demander de jouer le jeu et de réaliser son top 5 des gens qui sont sur Mystar. Et peut-être qu’on va être surpris. ...
Ce sera permanent, ça fait partie de notre éditorial. Nous allons être dépendants de l’actualité de chacun, parce que l’artiste est en promotion, etc. Ce sont des choses qui sont difficiles à prévoir, mais nous sommes déjà en train de travailler sur l’activation des premières personnes que nous allons faire venir. C’est plus qu’un projet dans les cartons, c’est quelque chose qui fait partie du projet d’emblée.


- EL : Sur le site, on peut lire : “Le rendez-vous des nouveaux talents de la musique, de l’humour, de la danse (et ce n’est qu’un début)". Qu’envisagez-vous pour la suite ?
- OR : On ne va pas se cantonner à cela, il y a énormément de choses qui sont en train d’émerger et auxquelles on s’intéresse de très près. Mais nous avons voulu commencer avec notre coeur de métier, à savoir des choses qui sont calibrées et efficaces en quelques minutes, de la musique, de l’humour et de la danse, et qui peuvent être déclinables en live. Maintenant, je vous laisse imaginer toutes les possibilités qui existent sur le Net en termes de courts métrages d’animation, de castings d’animateurs ou de comédiens, pourquoi pas ? On est tous la star de quelqu’un dans toutes les disciplines possibles et imaginables.

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