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Revenus du numérique : les managers mettent les pieds dans le plat

Le combat pour Hadopi avait gommé bien des aspérités dans les relations entre les différents acteurs de la filière musicale, des producteurs aux artistes, en passant par les auteurs, les tourneurs et les managers, qui n’ont pas tous les mêmes intérêts, loin de là. Le MMF (Forum des managers d’artistes français) met les pieds dans le plat le premier ce mois-ci, avec un manifeste publié dans le magazine Musique Info.


Principale acrinomie du MMF : le manque total de transparence dans la répartition des revenus du numérique. Avec en ligne de mire, notamment, les accords signés avec des acteurs du numérique comme Deezer ou Orange. Alors que ces accords se sont multipliés ces dernières années, "les revenus des artistes issus de ces nouveaux modes d’exploitation restent totalement maginaux », s’étonne le MMF dans son manifeste. Et de préciser : "Les états de vente et l’assiette de rémunération des artistes, en ce qui concerne les revenus numériques, sont d’une opacité telle qu’il est quasiment impossible de procéder à des vérifications ou à des audits."


Certains producteurs indépendants reconnaissent à mots couverts qu’un rééquilibrage de la répartition des revenus du numérique en faveur des artistes est nécessaire. Personne ne sait vraiment ce qu’il advient, par exemple, en terme de répartition à toute la chaîne des ayant droit, des dédommagements financiers perçus lors du réglement de litiges, ni des arrangements à l’amiable avec des start-up repenties et autres primes d’accès au catalogue.


"Tous ces modes de rémunération sont inédits. Nous avons le double souci de créer un nouveau business model et d’en organiser la répartition. Les majors se sont effectivement installées dans une situation qu’elles ont contribué à créer et qui n’est pas très stable. En tout cas, elle devra être clarifiée à terme, reconnaîssait Marc Thonon, patron du label Atmosphériques (Charlie Winston, Wax Taylor...), devant Bruno Boutleux, directeur général de l’Adami (syndicat des artistes-interprètes), lors d’un débat organisé par Musique Info en mai dernier. Maintenant, a-t-on intérêt à les empêcher d’avancer ?"


Une ardoise de 400 millions de dollars

Certes, les majors avancent... surtout leurs pions. Et sous prétexte de jouer un rôle de locomotive, elles captent l’essentiel de la valeur du marché numérique, sans beaucoup se soucier de jouer la transparence sur la répartition de certaines sources de revenus. Les artistes interprètes ne sont pas les seuls floués. Les auteurs-compositeurs et les éditeurs ne voient pas toujours venir la part qui leur revient dans la redistribution de ces gains.


A une petite échelle, ce fut le cas lorsqu’Universal Music France a refusé, en tant qu’opérateur de la plateforme de téléchargement e-Compil, de reverser 8 % de ses ventes en ligne à la Sacem, sous prétexte que ce taux était supérieur à celui appliqué sur le disque (7,4 %). Pas plus de quelques dizaines de milliers d’euros en jeu. Les choses se corsent cependant lorsque, comme aux Etats-Unis, l’ardoise des producteurs à l’égard des éditeurs s’élève à 400 millions de dollars.


C’est le montant estimé, par Digital Music News, des droits de reproduction mécanique que les labels doivent reverser aux éditeurs sur les ventes de musique en ligne et qui n’ont toujours pas été répartis, en raison de l’impossibilité d’en identifier précisemment tous les ayant droit. Le problème n’est pas nouveau. La plupart des sociétés de gestion collective se retrouvent tous les ans, pour les mêmes raisons, avec un certain montant de droits perçus qui sont irrépartissables et réinvestis, en général, dans des actions de soutien à la création.


Aux Etats-Unis, la RIAA (producteurs) et la NPAA (éditeurs) sont actuellement en pourparlers sur le recouvrement de cette somme, avec notamment pour enjeu les pénalités de retard (de 1,5 %) fixées par le Bureau du copyright américain, que les labels espèrent ne pas avoir à payer entièrement. Encore faudra-t-il identifier tous les bénéficiaires. Les petits éditeurs risquent de passer à travers les mailles de la répartition. Et l’essentiel retournera de toute façon dans les poches des majors du publishing, qui sont peu ou prou les mêmes que celles du recording.


Pauvreté des métadonnées

Ce problème ne tient qu’à une chose : la pauvreté des métadonnées qui accompagnent la musique sur les réseaux numériques. C’est un des points faibles de la nouvelle économie de la musique. Rien ne devrait pourtant être plus précis et équitable que la répartition de droits issus du numérique, avec les procédés actuels d’identification et de monitoring des oeuvres.


Sauf que le système d’information de tous les acteurs de la chaîne de valeur n’est pas à la hauteur. Et de ce point de vue, industriels de la musique et acteurs du numérique sont sur un pied d’égalité en terme de médiocrité. Chacun bricole une usine à gaz de son côté, avec des formats plus propriétaires les uns que les autres pour les métadonnées, et des systèmes parfaitement incapables d’automatiser la moindre séquence de dialogue entre eux.


Sans compter qu’à la source, de nombreuses erreurs parsèment les bases de données d’oeuvres et d’enregistrements des sociétés de gestion collective, comme la Sacem, la SCPP ou la SPPF. Encore faut-il se montrer capable de les consolider, ce qu’un seul logiciel est en mesure de faire aujourd’hui, à notre connaissance : celui d’iNumerica, plateforme dédiée à la négociation des droits de synchro en ligne, qui fournit des outils de déclaration intégrés aux diffuseurs.


Des efforts de normalisation sont faits au sein du consortium DDEX (1), pour standardiser un certain nombre de messages électroniques (envoi des métadonnées, rapports de ventes, etc.) entre acteurs de la chaîne de distribution numérique. Les majors du disque, de grandes sociétés d’auteurs comme la Sacem et certains acteurs du numérique (Apple, Microsoft, RealNetworks...) commencent à les implémenter. Mais les progrès sont lents. Et sauf à rejoindre The Orchard, seul agrégateur indépendant à avoir adhéré au consortium DDEX, les indépendants sont de facto exclus du processus.


DDEX, en intégrant notamment les identifiants d’oeuvres (ISWC) et d’enregistrements (ISRC) dans ses messages, fiabilise les métadonnées échangées entre acteurs de la chaine numérique et permettra d’aller progressivement vers une répartition plus rapide, plus efficace, moins coûteuse et plus équitable. Mais avant de rêver à des systèmes parfaitement standardisés et permettant de prendre connaissance en temps réel de l’évolution des revenus d’un artiste ou d’un label sur Internet, il reste quand même aux acteurs de la filière musicale à s’entendre sur les modalités de répartition de tous les revenus du numérique. Ce qui ne s’annonce pas comme une mince affaire. En témoigne le manifeste du MMF.


(1) cf. Consortium DDEX : Vers un reporting plus fiable des plateformes de musique en ligne et DDEX : premiers messages XML implémentés



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