Serge Dassault préfère "Le Parisien" aux "Echos"
L’avionneur a chargé ses équipes d’étudier le rachat du quotidien populaire et de renoncer aux tractations portant sur la cession des Echos, également en vente.
Nicolas Sarkozy et Serge Dassault ont bien discuté, il y a une dizaine de jours, sur l’avenir du Parisien. Il ne déplairait pas au Président de la République que le quotidien du groupe Amaury tombe, dans la perspective de 2012, dans l’escarcelle de l’un de ses plus proches soutiens. Comme Marcel Dassault utilisait, en son temps, Jours de France pour délivrer une tribune hebdomadaire, Serge Dassault, sénateur de Corbeil Essonnes, pourrait exprimer ou relayer un certain nombre de ses idées dans Le Parisien, un journal populaire pour lequel il s’est pris d’affection.
Le Figaro étudie le dossier
L’avionneur a d’ailleurs rencontré Marie-Odile Amaury pour lui faire part de son souhait d’acquérir le journal et inviter ses équipes à l’étudier. Le rond-point des Champs Elysées, siège du groupe Dassault, mais aussi et surtout Francis Morel, dg du Figaro, un homme à qui il maintient depuis sa nomination sa confiance intacte, passe au peigne fin les comptes du journal et de l’imprimerie.
Les 200 millions d’euros exigés par Marie-Odile Amaury paraissent, en effet, excessifs au groupe Dassault même si celui-ci peut les débourser sans coup férir. Si le Figaro devait mettre la main sur Le Parisien, ce groupe aurait pour priorité la rationalisation des cinq centres d’impression en réduisant leurs coûts. La rentabilité du journal qui dégage deux millions d’euros de bénéfices par an n’est pas jugée satisfaisante par les équipes du groupe Dassault comme de ceux qui ont regardé le dossier. A commencer par Vincent Bolloré qui a chiffré à 100 millions d’euros le montant qu’il était prêt, en raison des résultats, à débourser pour acheter Le Parisien.
Ces objections ont vraisemblablement incité Marie-Odile Amaury à nommer Philippe Carli, ancien pdg de Siemens France, directeur général, en remplacement de Martin Desprez afin qu’il fasse bénéficier le groupe de ses compétences dans le domaine des nouvelles technologies. Il lui est notamment demandé de développer de nouveaux secteurs d’activité et de poursuivre la rationalisation du groupe.
Vente des Echos
La reconfiguration du groupe Amaury comme de ses titres devrait rendre la mariée plus attrayante aux équipes de Dassault même si certains d’entre eux auraient préféré mettre la main sur Les Echos. Comme nous l’avions annoncé, les Echos sont bel et bien en vente en dépit des dénégations de Nicolas Bazire, dg du groupe Arnault. Le patron de LVMH n’aime guère détenir des entreprises déficitaires or Les Echos vont perdre, cette année, entre 8 et 10 millions d’euros.
Des discussions ont donc été naturellement engagées depuis des semaines entre Le Figaro et le groupe LVMH sur la possible acquisition du quotidien économique. Pierre Conte, dga du groupe Figaro, patron de la régie, voyait tout l’intérêt commercial d’une telle opération. Christophe Victor, dga du Figaro, en charge des finances était loin de s’opposer à une telle opération en raison des liens qu’il a tissé de 1993 à 2005 quand il a été en charge des finances et des fusions acquisitions au sein du groupe LVMH. Etienne Mougeotte, patron des rédactions, est le seul qui se soit tenu à l’écart de ce dossier comme d’ailleurs du Parisien pour lequel il accorde toute sa confiance à Francis Morel. Même si celui-ci lui demandera conseil si l’affaire se fait. En raison des compétences dont il a fait preuve à la tête du Journal du Dimanche, au début des années 80, mais surtout de TF1 dans la connaissance du public populaire.
Au fil des jours, les équipes du Figaro commencent ainsi à percevoir tout l’intérêt que le groupe peut avoir de racheter Le Parisien. Non seulement parce que ce journal, présent 7 jours sur 7, exerce une domination écrasante sur l’Ile de France, mais aussi parce que leparisien.fr représente l’une des plus belles réussites du web. Avec 9 millions de visiteurs uniques (Xiti), le parisien.fr est, en effet, le premier site de la PQR. En le mariant à ceux du Figaro, il donne à ce groupe de presse - qui a mené une politique d’acquisitions particulièrement bien ciblée - une véritable position de monopole. En conséquence, c’est aujourd’hui le groupe Dassault et non plus Bolloré, qui tient la corde.
