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Jean-Marie Colombani : « le modèle payant d’entrée de jeu, je n’y ai jamais cru »

Le 23 Janvier 2009 dans Web 1,2,3 par Clémentine Gallot

On annonce depuis quelques semaines l’arrivée en France d’un nouveau pure player : une version francaise du site d’information américain culte Slate. Jean-Marie Colombani qui est à l’origine du projet nous en dit plus.

Dans l’équipe éditoriale de ce nouvel acteur de la presse en ligne, on retrouve Eric Leser ex-correspondant du Monde à New York, Eric Le Boucher ex-éditorialiste au Monde, Johan Hufnagel de 20 Minutes.fr, Jacques Attali et Jean-Marie Colombani ex-patron du Monde, qui ont “rapproché leurs projets communs.” Slate.fr sera le premier Slate en langue étrangère, selon le site américain, propriété du Washington Post, qui était auparavant partenaire de 20minutes.fr et de Rue89.

Le site français devait être accessible fin janvier, mais son lancement aurait été retardé, pour cause de difficulté à trouver un financement. Il existe pour l’instant uniquement pour un usage interne, “dans une version beta,” précise Jean-Marie Colombani. Le lancement public serait prévu pour “dans cinq à six semaines,” le temps d’effectuer des ajustements.

Arrivée d’un fonds

Ce partenariat franco-américain reposant sur « un accord privilégié avec le Washington Post », sera bâti sur le modèle éditorial de Slate. Slate.fr devrait proposer du contenu original en français et des articles traduits de l’anglais. Le site créé en 1996 par Michael Kinsley (ex de The New Republic), est devenu depuis un modèle pour la presse en ligne et une référence en matière d’analyses critiques et d’opinion. “[Nous sommes à] un nouvel age d’internet qui donne davantage de place à la subjectivité, à l’analyse, aux idées et au jugement, à la fois par des professionnels de l’information, des experts et par l’audience elle-même”. Une idée qui rappelle celle de l’information à trois voix voulue par Rue89.

Le financement estimé à 2 et 3 millions d’euros sera apporté par les fondateurs qui en seront les actionnaires majoritaires, ainsi que par « un fonds spécialisé dans les medias et les nouveaux medias qui va nous accompagner. »

Comme sa version américaine, le Slate français sera gratuit, s’appuyant sur les revenus de la publicité, sans suivre la voie payante du Mediapart d’Edwy Plenel : « le modèle payant d’entrée de jeu, je n’y ai jamais cru, je l’ai toujours combattu, » explique Colombani. « L’ère de l’internet est celle de la gratuité ». Il a cependant estimé que le web payant était une solution viable quand une « audience suffisante » existe déjà.

L’ancien directeur du Monde ne semble pas inquiet quant à l’avenir de la presse papier : “le modèle du futur est en gestation (…) je ne pense pas qu’il fera disparaître le papier mais il impose aux entreprises papier de très grands développements dans l’internet, à charge pour eux de trouver la bonne complémentarité.” “Chacun tâtonne” a t-il ajouté, “c’est une période de transition qui nécessite beaucoup d’argent, c’est cela qui fragilise les entreprises de presse.” Peut-etre pas Slate.fr, justement, qui pourrait être épargné par la crise gràce à un partenariat solide et un modèle qui a fait ses preuves.

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3 Commentaires

  1. Jean-Christophe NOTHIAS • http://www.mediapart.frle 24 janvier 2009

    Un nouveau venu sur le web en matière d’information et d’analyse ? Bravo ! Deux remarques tout de même : JMC parle de "combattre" le modèle du payant. Pourquoi cette terminologie ? Abattre, combattre, battre... Brrrr. Seconde remarque : le modèle gratuit a montré ses limites et si cela n’était pas assez clair, l’inexorable recul de la valeur du CPM me fait penser à l’effet de la mer quand elle la joue marée basse : on voit à quel point le cash resté sur le sable ne peut rien faire pour payer décemment une équipe à faire son travail d’informations et de vérification. Rue89 le sait bien qui depuis ses débuts avec Cécilia Sarkozy s’appuie notamment sur l’apport d’informations du monde des bloggeurs et des posteurs -et c’est un apport authentique- une information gratuite contre une visibilité qui flatte les auteurs mais qui là encore ne les fait pas vivre.

    Le travail de Rue89 est à ce titre très méritoire et innovant. Le journaliste quand il "combat" ne devrait-il pas s’attacher avec acharnement à ébruiter les silences de la lâcheté, à dénoncer les petits et grands arrangements, à hurler aux injustices pour autant qu’on soit libre de le faire. Car là encore le modèle gratuit montre quelques faiblesses. Il faut être tombé de chez les anges pour croire que dans une régie publicitaire les messages venus de tel ou tel client mécontent ou menaçant, ne remontent pas aux oreilles d’un éditeur de presse. Pas de bras, pas de chocolat disait la blague ! La relation d’argent, c’est organique. Celui qui te donne à manger, la main qui te nourrit... Avons-nous tout oublié des règles de base de la vie collective ?

    L’ère du Net n’est en aucun cas celle de la gratuité. Dans son revers positif, elle est celle de la liberté - ce qui n’est pas exactement la même chose. La liberté d’expression confisquée et interdite pendant des années par les mass médias auprès du plus grand nombre, la liberté de critique, même avec la plus féroce mauvaise foi, la liberté de parole tout simplement. La gratuité est un leurre pour les sots. C’est du charlatanisme, le nouvel élixir, l’éternel mirage. Un compte d’exploitation ne se nourrit pas de gratuité mais de recettes. Si elles sont publicitaires, exclusivement, alors nous voici tous des représentants de commerce et nous ne négocierons plus que nos allégeances.

    JMC a beau combattre le payant à la façon de Mediapart, si contraire à son soi-disant gratuitement correct du web, il se laisse une porte de sortie en nous expliquant que c’est le payant initial qui n’est pas bon, et qu’après avoir acquis une large audience alors on peut imaginer passer au payant, quitte sans doute à renier sa propre conception de la gratuité. Allons demander à Air France comment il fait pour remonter les prix de ses billets d’avion après les avoir baissés ou comment on fait pour expliquer à un consommateur qu’il devra demain payer ce qui était gratuit jusque-là, pensant lui que puisque gratuit, cela n’avait pas de valeur.

    Longue vie aux entrepreneurs, ceux qui pensent que l’indépendance ne vaut rien comme ceux qui pensent qu’elle n’a pas de prix.

    Dans les deux cas, ils sont dans l’effort et l’expérimentation et cela mérite non pas d’être combattu mais soutenu. Quand bien même l’on a des divergences de conception sur toute la ligne.



  2. soylentgreenispeople • http://lepostillon.wordpress.com/2009/01/27/slate-en-francais-existe-deja/le 27 janvier 2009

    Alors que sur Slate.fr on attend toujours un hypothétique lancement. Il y’en a d’autres qui s’y mettentvaiment



  3. fleurs de bach le 5 avril 2011

    JMC a beau combattre le payant à la façon de Mediapart, si contraire à son soi-disant gratuitement correct du web, il se laisse une porte de sortie en nous expliquant que c’est le payant initial qui n’est pas bon, et qu’après avoir acquis une large audience alors on peut imaginer passer au payant, quitte sans doute à renier sa propre conception de la gratuité. Allons demander à Air France comment il fait pour remonter les prix de ses billets d’avion après les avoir baissés ou comment on fait pour expliquer à un consommateur qu’il devra demain payer ce qui était gratuit jusque-là, pensant lui que puisque gratuit, cela n’avait pas de valeur.



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