Streaming : Nouveaux déboires judiciaires pour l’américain Grooveshark
Un groupe d’éditeurs de musique et d’auteurs-compositeurs américains vient de déposer plainte contre le site de streaming Grooveshark, qui fait figure de dernier rempart du Web musical gratuit aux Etats-Unis. Un déboire judiciaire de plus pour la compagnie, qui vient s’ajouter au procès intenté contre elle par la maison de disques Universal Music.
Le service de streaming américain Grooveshark, l’un des derniers troublions du Web musical gratuit aux Etats-Unis, fait l’objet depuis la semaine dernière d’une plainte pour violation de copyright de la part de plusieurs petits éditeurs de musique américains et auteurs-compositeurs de renom. Ce nouveau déboire judiciaire de la compagnie vient s’ajouter au procès intenté contre elle début 2010 par la maison de disques Universal Music.
Grooveshark, qui compte quelques 30 millions d’utilisateurs enregistrés de par le monde, est actuellement l’un des derniers remparts de l’écoute de musique gratuite à la demande sur Internet sans aucune limitation de durée. La plateforme se distingue des offres concurrentes en ce qu’elle ne met à disposition de ses utilisateurs que des titres qu’ils ont eux-mêmes envoyés sur le site ; ce qui se traduit parfois par une très mauvaise qualité de l’encodage ou des métadonnées. Dans les faits, Grooveshark permet néanmoins d’accéder à plusieurs millions de titres, dont certains, des Beatles, d’AC/DC ou de Led Zeppelin, ne figurent pas dans le catalogue des autres services de streaming.
Adoubé par EMI
Suite à la disparition de services de streaming gratuits, comme iMeem ou iLike aux Etats-Unis, et aux dernières limitations imposées à Deezer ou à Spotify en Europe, Grooveshark s’impose désormais comme une alternative de choix pour les internautes. Mais, avec cette nouvelle plainte, la compagnie voit s’amonceler de nouveaux nuages dans son ciel. Dans une interview accordée à Bloomberg TV, son PDG, Sam Tarantino, déclare respecter le DMCA (Digital Millenium Copyright Act de 1998, équivalent de la loi DADVSI adoptée en France en 2006) et supprimer tous les contenus qui lui sont signalés comme illégaux.
C’est l’argument invoqué par Sam Tarantino pour affirmer que son site est parfaitement légal. Il le compare à Youtube, qui met à disposition une majorité de contenus vidéos postés par ses utilisateurs sans autorisation préalable des ayants droit. Face aux déboires judiciaires dont elle a déjà fait l’objet, sa compagnie a jusque là montré sa capacité à rebondir, en parvenant notamment à obtenir un accord à l’amiable avec EMI, première maison de disques à avoir porté plainte contre elle. La major a fini par signer un accord de licence avec Grooveshark, qui propose également des versions premium sans publicité de son service, accessibles sur de nombreux smartphones et téléphones mobiles.
Banni d’App Store et d’Android Market
Sous la pression des maisons de disques, Apple a cependant retiré l’appli de Grooveshark de son App Store en 2010, suivi par Google au printemps dernier, qui l’a bannie d’Android Market. Ni Sony Music, ni Warner Music n’ont porté plainte contre la start-up pour l’instant, pas plus que les principales sociétés de publishing (édition musicale) filiales des majors. L’issue du procès intenté par Universal Music pourrait cependant être déterminante pour Grooveshark, qui semble anticiper une déroute et vouloir s’orienter vers un modèle totalement différent désormais, plus axé sur le développement et le management artistiques.
Parvenir, en tant que plateforme Web, à faire émerger de nouveaux talents sur Internet, dans le cadre de contrats dont le périmètre pourra aller jusqu’à la promotion de leurs tournées, c’est semble-t-il le nouveau credo de Sam Tarantino, pour qui la publicité et l’abonnement, principales sources de revenus de la compagnie aujourd’hui, dégagent des marges trop faibles. "Faire décoller de nouveaux artistes est clairement au cœur de notre modèle d’entreprise", affirme-t-il. Un changement de stratégie qu’illustre un accord passé avec le groupe de rock texan The Quiet Company, mais qui ressemble à un contre-feu bien tardif, et reste fort peu crédible pour l’instant.
