Twitter mène la bulle, jusqu’à ce qu’elle éclate
Twitter est valorisé 3,7 milliards de dollars suite à une nouvelle levée de 200 millions. En tout, le site a engrangé 360 millions de dollars depuis 2006, sans montrer le premier bout d’un modèle économique.
Twitter est un phénomène économique. Le site n’a pas vraiment de modèle économique. Dernièrement il vient pourtant de lever 200 millions de dollars supplémentaires, valorisant le site de micro-blogging à 3,7 milliards de dollars. Voilà qui sonne le retour de la bulle spéculative, dont on avait pu entrevoir les premiers gonflements avec la folle aventure Groupon. Google avait été jusqu’à proposer 6 milliards de dollars pour s’offrir l’entreprise reine de l’achat groupé sur Internet ; sans succès, l’appétit des fondateurs étant bien plus grand !
C’est à se demander si les nouveaux venus, le fonds Kleiner Perkins Caufield Byers se sont posés la question du modèle économique, ou encore de la rentabilité de Twitter. Plus sûrement, ces investisseurs apprécient d’être à bord de l’une de ces histoires entrepreneuriales qui font et feront la légende de l’Internet. Il fallait être là lorsque Yahoo !, Google, eBay, Amazon, et maintenant Facebook, Groupon ont été lancés. Prendre une part dans le capital de Twitter aujourd’hui, c’est donc participer à cette lignée prestigieuse.
Ce qui ne dispense pas d’avoir quelques sources de revenus. Twitter n’a rien montré encore de très clair et fort sur ce plan. En avril dernier, le site a accepté, après bien des atermoiements, de lancer des "twitts sponsorisés", certainement sous la pression des actionnaires. Les revenus générés sont encore faibles, malgré les quelques 175 millions de membres, générant 25 milliards de twitts sur les douze derniers mois ! La société a dû renforcer ses effectifs pour soutenir la croissance - 100 millions de nouveaux inscrits sur la dernière année - passant de 130 à 350 salariés. La plateforme étudierait toujours la possibilité de proposer des comptes payants, notamment pour les entreprises qui veulent optimiser leur présence.
Enfer numérique
Twitter représente en effet un univers à part entière, une excroissance du Web qui a su inventer ses propres règles. Au grand dam de Google, qui n’a pas réussi à s’introduire entre les twitts, voyant tout ce trafic échapper à sa régie publicitaire AdSense. Le géant du Web a piteusement décidé de reprendre simplement l’indexation des twitts sur ses pages "résultats". Mais le gros de l’activité des membres de Twitter n’est pas pour lui. Tout comme il n’a pas accès aux pages Facebook... Voilà la magie du Web : c’est en concevant des services universels qu’il devient possible de posséder votre propre royaume, dont les règles ne sont fixées que par vous. A condition évidemment que tout cela tienne bien en place, et que comme d’autres, pris du vertige de la réussite vous n’en oubliiez l’intérêt que vous portent les internautes. Là encore, il y a bien des exemples, le plus flagrant ces dernières années est certainement MySpace, dont le manque total d’innovation, et l’inertie dont a fait preuve News Corp. en le rachetant a fini par tuer ce qui était certainement la plus belle réussite de ces dernières années, juste avant que n’émerge Facebook. Twitter est aussi dans cette lignée. Bien que, pour l’instant, la croissance des inscriptions masque en définitive le véritable objectif de ce service. Si tant est, bien sûr, que ces créateurs en aient une petite idée, ce qui n’est pas évident. Twitter est avant tout aujourd’hui un code très pratique pour permettre à des millions de personnes d’échanger et de suivre l’information en "temps réel". Un concept vieux comme le réseau, et qui évidemment sera un jour supplanté par autre chose, car ainsi va la vie dans les 0 et les 1.
La question est donc pour les investisseurs de viser au mieux l’apogée de Twitter pour ensuite favoriser soit une entrée en bourse, soit simplement une sortie très lucrative. Il semble qu’à l’heure actuelle, le temps soit donc encore à la croissance. Il est vrai que Twitter n’a aucun concurrent valable pour se mettre en travers de sa route. Trébucher sur une loi reconnue empiriquement lors de ces premières années de l’enfer numérique est possible : la compétition n’est jamais frontale. Facebook a supplanté MySpace sans proposer la même chose, et avant Google a éclipsé Yahoo !, mais toujours sans copier l’original. Twitter sera donc un jour dépassé par un service qui ne dira jamais qu’il vient lui piquer ses membres. Et pourtant...
