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Vers la fin des sociétés de gestion collective des droits d’auteur ...

Le 27 Janvier 2011 dans So_cult’ par Jean-François Bert

La transparence des sociétés de gestion collective fait débat, partout en Europe. Depuis quelques mois, les habituelles critiques des ayants droit et des utilisateurs sont désormais relayées avec force par les politiques, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, et Michel Barnier, Commissaire européen. Dans l’ombre, des acteurs puissants s’organisent pour mettre fin à l’hégémonie de la gestion collective sur les droits d’auteur. La question, tabou s’il en était au pays de Beaumarchais : « La gestion collective est-elle obsolète ? » est devenue d’actualité.

Lorsque les sociétés de gestion collective de droit d’auteur sont apparues en Europe au milieu du XIXe siècle, elles répondaient à une attente forte des créateurs, qui jusqu’alors n’arrivaient pas à faire entendre leur voix auprès des utilisateurs de leurs œuvres (théâtres, cabarets, bals, etc). Ainsi fédérés au sein de sociétés qu’ils contrôlaient, les créateurs renversèrent le rapport de force en leur faveur : là où un utilisateur pouvait ignorer la demande de rémunération d’un individu esseulé, à la situation financière souvent précaire, il devenait impossible d’échapper à une société d’auteurs représentant l’intégralité du répertoire national et prompte à faire valoir ses droits devant les tribunaux.
Pour ce qui concerne la musique, dès le début du XXe siècle la cause était entendue : tous les pays industrialisés s’étaient dotés de sociétés de gestion collective (chaque fois en situation monopolistique à l’exception notable des Etats-Unis), qui passèrent entre elles des accords de réciprocité au fil du temps. Le système était ainsi parfaitement verrouillé : chaque société nationale représentant sur son territoire l’ensemble du répertoire mondial, chaque utilisateur se retrouvait face à un seul fournisseur s’il souhaitait utiliser de la musique. Toute concurrence étant bannie, les sociétés d’auteurs fixèrent elles-mêmes leurs tarifs, ce qui en France fit croire longtemps aux utilisateurs occasionnels que les droits d’auteur étaient une taxe, et la Sacem une administration.
Dès sa création, l’Union Européenne se préoccupa de cette situation de monopole et de ses éventuelles dérives. A la fin des années quatre-vingt dix, les sociétés de gestion collective durent harmoniser en partie leur tarification sous le coup de décisions de justice européennes (en France, la Sacem dut diviser par deux ses tarifs sur les discothèques).

L’avènement du numérique précipita les choses

En débarquant en Europe, Google (propriétaire de YouTube), Facebook et Apple subirent un vrai choc culturel en se retrouvant face à des sociétés de gestion collective jugées incompétentes techniquement, déconnectées des réalités, ne connaissant pas les tarifs, et arrogantes dans leur volonté de percevoir des droits sur l’ensemble de leurs revenus.
Percevant les sociétés de gestion collective comme archaïques et représentant un frein au développement de leurs activités, ces sociétés ouvrirent trois fronts : juridique, politique et économique. Leur objectif commun : faire sortir les sociétés de gestion collective du jeu numérique.
Sur le front juridique, Google multiplia, avec succès souvent, les procédures judiciaires en Europe et les contentieux avec les sociétés de gestion collective. Jusqu’à obtenir la reconnaissance du statut d’ « hébergeur », qui permet aux plateformes de ne pas être juridiquement responsables de ce que les internautes postent chez elles, leur obligation se bornant à enlever avec diligence les contenus illicites signalés par les ayants droit. Aucune obligation donc de rémunérer les auteurs : victoire en rase campagne.
Magnanime, Google signa néanmoins un accord avec la plupart des sociétés de gestion collective : des études montraient que la guérilla judiciaire avec ces sociétés était contre-productive auprès des grands annonceurs et freinait le développement de sa régie publicitaire.
Sur le front politique, Google, Apple et Facebook œuvrèrent sans relâche pour une libéralisation du secteur : Maîtrisant parfaitement toutes les technologies de gestion des droits, vivement attirées par ce secteur stratégique, elles se voyaient bien rémunérant en direct les auteurs déposant leurs œuvres sur leurs plateformes et leurs réseaux sociaux.

Introduction de la concurrence

Première victoire en 2005, lorsque la Commission Européenne obligea les sociétés d’auteurs à se mettre en concurrence afin de pouvoir offrir des licences d’utilisation paneuropéennes. Concrètement, chaque catalogue de musique pouvait désormais charger la société collective de son choix de le représenter au niveau européen. On le comprend, l’idée de la Commission était d’introduire de la concurrence dans un marché figé, afin de fluidifier l’accès au répertoire pour les sites internet et de faire baisser les coups d’accès à la musique.
Or qu’advint-il ? Universal choisit la Sacem, Emi choisit une joint-venture anglo-allemande créée pour l’occasion, Sony créa une société dédiée avec la société de gestion collective allemande, Warner Chappell fixa un cahier des charges permettant à chaque société de représenter son catalogue, les sociétés de gestion collective renégocièrent entre elles des accords à géométrie variable, etc… Loin de fluidifier la gestion des droits, la décision de la Commission européenne la complexifia dramatiquement. Et iTunes, qui pèse à lui seul 80% du CA du numérique pour la musique, eut alors beau jeu de cesser de payer les droits d’auteur au dernier trimestre 2009 (rien n’a été versé depuis), arguant de recevoir des factures des différentes sociétés de gestion collective pour un montant équivalent à 120% de ce qu’elle devrait normalement payer !
Et nous voilà sur le front économique : comment justifier une gestion collective incapable de percevoir le numérique, donc de le répartir ? Comment les sociétés de gestion collective européennes vont-elles expliquer à leurs adhérents qu’elles leur ont reversé en 2010 moins de droits numériques qu’en 2009, alors que l’utilisation légale de la musique sur le Net n’a jamais été aussi forte ? Comment expliquer à une major que le digital représente 20% des revenus de sa maison de disques, qui gère ses droits en direct, alors qu’il ne représente guère plus de 1% des revenus de sa filiale éditoriale, qui reçoit ses droits des sociétés de gestion collective ?

Remise en perspective, la charge récente des politiques prend alors toute sa dimension

Tout commença en avril, quand la Cour des comptes rendit un rapport très critique sur la transparence des sociétés de gestion collective. Ce fut ensuite début novembre, au Forum d’Avignon, Neelie Kroes, Vice-Présidente de la Commission Européenne, responsable de la stratégie numérique de l’UE, qui s’en prit à " la transparence et à la gouvernance des sociétés de gestion collective » et à un système de gestion des droits d’auteur qui « a fini par donner un rôle plus important aux intermédiaires qu’aux artistes ». On ne pouvait être plus clair. Fin novembre, c’est la révélation de la rémunération de Bernard Miyet (600 000 euros annuels) qui créa une forte polémique en France...
Fin décembre, Frédéric Mitterrand, répondant aux questions d’un parlementaire à l’Assemblée Nationale, stigmatisa à son tour la rémunération du Président du Directoire de la Sacem, mais aussi le manque de transparence de la gestion de celle-ci et le montant trop élevé de certains tarifs, qualifiés d’« opaques et confiscatoires ». Comme cadeau de Noël à Monsieur Miyet, il annonça confier à ses services une mission d’inspection sur le fonctionnement de la Sacem.
Au Midem, Michel Barnier, Commissaire européen en charge du marché intérieur et des services, présenté par tous comme un défenseur des droits d’auteurs, fut pourtant catégorique : « Nous voulons une gestion collective plus fluide et plus simple, au bénéfice des citoyens, des créateurs et des services innovants. Nous voulons plus de transparence dans les relations avec les utilisateurs et les ayants droit ». Et d’annoncer que la modernisation de la gestion collective serait imposée par la loi, et ce dès 2011 !
Si la modernisation de la gestion collective ressemble à celle du marché des télécoms, de l’énergie ou des jeux en ligne, on peut s’attendre à une libéralisation totale ou partielle du secteur, avec la possibilité pour les auteurs de gérer en direct leurs droits sur le Net ou par l’intermédiaire d’acteurs privés qui ne soient pas des sociétés de gestion collective.
Google, Apple, Facebook auront alors gagné, et pourront commercialiser leurs offres interactives de gestion de droits sans aucun intermédiaire entre l’utilisateur et l’ayant droit. Il suffira de se connecter pour savoir en direct où son œuvre est exploitée, et pour voir son compte crédité au fur et à mesure. Est-ce que ce genre de service intéressera les ayants droit ? Il y a fort à parier qu’en quelques années la gestion collective sera reléguée à ce qui n’est pas (encore) numérique.

Apprentis sorciers

Mais la plupart des sociétés de gestion collective ne croient pas à ce scénario de libéralisation. Les différents responsables présents au Midem nous ont confirmé que si certaines sociétés d’auteurs sont mal gérées, la leur est performante (évidemment), et qu’ils n’ont donc rien à redouter des exigences de transparence d’une Commission européenne qui doit gérer une situation qu’elle a elle-même créée ; pour eux, libéraliser un tel secteur reviendrait à jouer aux « apprentis sorciers » et cela n’est tout simplement pas envisageable.
Il est donc probable que les sociétés de gestion collective européennes n’entreprendront rien pour se réformer d’elles-mêmes. Elles pensent qu’elles sont intouchables car elles détiennent un trésor : les bases de données des œuvres. Or, la technologie a changé la donne. Aujourd’hui la complexité n’est pas de faire une base de données des œuvres, mais bien de savoir où et quand l’œuvre est utilisée dans un univers digital où la consommation est nomade, multiple et non linéaire.
Dans le domaine de la gestion des droits d’auteur comme ailleurs, l’information, c’est le pouvoir. Or, le pouvoir n’est plus détenu par celui qui connaît les œuvres, mais par celui qui connaît leur utilisation. Le changement de paradigme est total. La seule défense des sociétés de gestion collective était la loi ; celle-ci va changer dans quelques mois. Les sociétés de gestion collective européennes ont-elles pris la mesure de ce qui est à l’œuvre ?
Au Midem, un responsable d’une société de gestion collective a confié dans un sourire sa « petite perle de sagesse » avant de reprendre l’avion : « Si nous n’entreprenons pas maintenant des changements radicaux, dans 5 ans la gestion collective n’existera plus dans l’univers numérique. »
Il n’est pas européen...



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15 Commentaires

  1. Julien le 27 janvier 2011

    "Or, la technologie a changé la donne, et aujourd’hui la complexité n’est pas de faire une base de donnée des œuvres, mais bien de savoir où et quand l’œuvre est utilisée dans un univers digital où la consommation est nomade, multiple et non linéaire."

    Je pense qu’au contraire dans l’univers digital il est beaucoup plus simple de savoir où et quand sont utilisées les œuvres (l’identification des oeuvres sur Youtube est très performante, les reporting des sites de streaming sont également très précis), ce qui relève du cauchemar est de savoir qui sont les ayant droits derrière ces œuvres car seules les sociétés de gestion collective ont ces informations !

    Avoir une base de donnée complète et qualifiée pour pouvoir effectuer les répartitions = mission impossible sans la Sacem & consœurs...



  2. Blabla le 27 janvier 2011

    Oui il sera simple aux diffuseurs paneuropéens de négocier directeur avec le producteur, l’éditeur, ce sont de grosses structures, comme eux, pas de soucis...les créateurs ma foi, comme au XIX, ils feront ce que leurs poids leur permettra de faire.

    La gestion collective n’est surement pas l’idéale, mais votre article montre bien qui pousse derrière tout ça : Penser que Google, FaceBook et autres œuvrent pour le bien public et la libération de la création, permettez moi d’en douter. Et puis en terme de monopole Google se pose là quand même, non ? Que fait Bruxelles !! A mais non ca ne compte pas, c’est moderne, c’est américain, c’est très bien !



  3. Plechevallier le 27 janvier 2011

    Et que dire des opérateurs (ils se reconnaîtront) qui provisionnent des % au titre des reversements aux sociétés de gestion collective, sans avoir d’accord avec ces dernières et par conséquent sans reverser ces sommes confisquées. Au final, dans ce cas précis, l’argent ne va ni à la société de gestion collective, ni aux auteurs. Une remise à plat de tout le système de perception et de répartition doit être envisagé. Car le développement de la musique en ligne et de la VOD se fait dans un cadre particulièrement flou. Encore une fois, franchise, détermination et volonté de créer un environnement numérique stable devraient être le moteur de nouvelles négociations.



  4. SGSASU le 28 janvier 2011

    ah ah ah ah ah que c’est comique à force de chier sur le public, ces sociétés d’auteurs quand elles auront besoin du soutient du public se verront abandonnés au profit des FAI/Google/Facebook/Mac, et c’est tant mieux.



  5. MacBete le 28 janvier 2011

    @Plechevallier

    Est-ce que tu parles des plateformes de ventes comme iTunes ? Ou des opérateurs téléphoniques ayant leur propre plateforme ?



  6. Eugenio le 28 janvier 2011

    Précision indispensable : cet article a été écrit par Jean-François Bert de la société Transparency. Il s’agit de ce que l’on appelle "un chasseur de droits" qui propose donc de gérer les droits pour des tiers et qui propose des solutions informatiques. L’intérêt pour l’auteur est effectivement de voir les sociétés de gestion de droits sur la sellette. Il est ainsi de bon ton pour l’auteur, à défaut de s’étouffer dans une éthique qu’il semble pourtant glorifier, de taper sur ses dernières.

    Evidemment, surfant sur le fantasme de sociétés secrètes, limite mafieuses, il met avant les prétendues valeurs de transparence de sa société. La véritable transparence aurait été de présenter la nature de son entreprise.

    Pour le reste, j’imagine que cet article va faire plaisir aux politiques qu’il utilise (manipule) : F. Mitterrand à déclaré au Midem qu’il voulait une loi pour protéger la copie privée. Il a, on le sait, aux côté de N. Sarkozy, défendu l’idée d’une gestion collective des droits sur Internet. Neelie Kroes, même si bien évidemment n’est pas la plus grande avocate des sociétés de gestion droits, a largement et vivement démenti les propos que l’auteur évoque.

    On le voit, les politiques sont vent debout contre l’idée même de gestion collective...

    Et puis comme le dit Blabla, vivement l’avènement d’un monde dirigé par ces quelques sociétés privées américaines qui on le sait sont des modèles de vertu, de défense de l’intérêt général, et qui, au main des mêmes quelques actionnaires, seront dans une concurrence vertueuse. Ouf, nous serons sauvés.

    Ce "truc" n’est donc pas un article mais un objet marketing. Dommage qu’ElectronLibre ne l’ait pas précisé.



  7. Philippe Astor le 28 janvier 2011

    Aux Etats-Unis, l’organisme SoundExchange, chargé d’assurer la gestion collective du streaming non interactif sur Internet, cumule 111 millions de dollars d’irrépartissables (des sommes qu’il ne peut verser aux ayant droit faute de pouvoir les identifier), soit plus de 50 % de ce qu’il a perçu en 2009. A la Sacem, le taux d’iirépartissables n’est que de quelques pourcent. On peut se demander ce que ferait de ces sommes des sociétés de gestion des droits privées. Et se soucieraient-elles de tracer toutes les exploitations des oeuvres, jusque dans la plus reculée des boîtes de nuit et sur la plus confidentielle des radios associatives ? On peut en douter. Filez des droits d’auteur à un pourfendeur de la gestion collective, et il aura vite fait de voir où se situe son intérêt...

    Cela ne préjuge pas du bordel ambiant de la gestion collective en Europe, dans lequel la Commission européenne a une large responsabilité. Les gros catalogues ont tous créé leur guichet unique, et ne s’y sont pas trompé en refilant la gestion de leurs droits à l’échelle pan-européenne aux plus grosses sociétés d’auteur. Quand c’est la balance des paiements qui parle, il n’y a pas photo.



  8. Julien le 29 janvier 2011

    A noter que si SoundExchange n’est pas capable de retrouver les ayants droits de ces irrépartissables c’est à cause de la mauvaise qualité des métadonnées reçues de la part des différents media diffuseurs... Mais chaque ayant droit peut se connecter sur leur base de données pour rechercher ses œuvres et réclamer les droits associés.



  9. Blabla le 29 janvier 2011

    @Julien : Certes, mais la qualité, si déplorable soit-elle des données envoyées par les diffuseurs est la même que ce soit envoyé à SoundExchange ou aux sociétés Européennes.



  10. Y. Roupert le 31 janvier 2011

    @ M. Bert :

    La futurologie est un exercice de style hasardeux et souvent vain.

    Par ailleurs, il serait bon de cesser de prétendre que les Etats-Unis connaissent une situation de concurrence en matière de gestion collective. Rien n’est plus faux.

    Seul le secteur de la gestion collective du droit de représentation pour les œuvres musicales connait une pluralité de sociétés.

    Et même dans ce secteur, il n’existe pas de concurrence effective sur le versant des exploitants. En effet, structurellement, sur ce versant du marché – marché des licences globales "blanket licence" - chaque société est en position de monopole sur son répertoire. C’est la raison pour laquelle le Ministère de la justice a institué une sorte de régulateur des tarifs (Cour du District Sud de NY) pour chacune des deux grandes sociétés qui gère le droit de représentation.

    Sur le versant des auteurs et de leurs ayants droit, il existe une concurrence entre ASCAP, BMI et CESAC, mais le résultat n’est guère satisfaisant. Spécialement en termes de transparence et d’équité des répartitions !

    Prédire ou appeler de ses vœux, la mort de la gestion collective des droits d’auteur, c’est prêcher contre un des seuls modes d’exercice des droits d’auteur qui permette aux auteurs de conserver le contrôle de leur rémunération et de freiner un transfert de fait du monopole d’exploitation sur la tête des seuls ayants droit (éditeur, producteur et autres intermédiaires en tout genre) dès lors qu’on est confronté à des exploitations de masse

    Je rappellerai au passage que le souci de transparence vis-à-vis des auteurs n’est pas le premier sujet de préoccupation de ces intermédiaires. Chacun d’entre eux ayant souvent une vision très personnelle de leur obligation de rendre des comptes (il suffit de consulter l’abondante jurisprudence rendue sur les 20 dernières années en matière d’édition - musique et livre confondus)

    La fin des sociétés d’auteurs, c’est effectivement un changement de paradigme.

    C’est aussi et surtout une question de philosophie du droit au sens plein du terme. Faut-il souhaiter l’abolition d’une vision personnaliste du droit d’auteur au profit d’un basculement vers un droit de l’investisseur ? Personnellement, j’en doute.

    Car sans gestion collective des droits d’auteur en matière musicale, on plonge irrémédiablement vers les cessions directes et autres "source licences", le modèle américain est riche d’enseignements à cet égard.

    Enfin, s’agissant des prises de position de nos chers politiques et de la Commission européenne, il y aurait tant à dire que ce commentaire n’y suffira pas.

    Simplement à titre d’information : le projet de directive ou de règlement européen est dans les tuyaux depuis 2001. Si tout s’accélère aujourd’hui, c’est que la Commission européenne (interrogez les fonctionnaires en charge du dossier à la DG concurrence et à la DG marché intérieur) ne savent plus comment faire pour sortir d’une impasse qu’ils ont largement contribuée à bâtir.

    Le fait que tout se focalise sur la transparence est emblématique. C’est une pure option cosmétique. Le problème à l’heure actuelle est un problème d’organisation du marché, pas un problème de transparence.

    A ce titre, n’est-il pas piquant d’entendre, à l’occasion de colloques, le représentant droit d’auteur de la DG marché intérieur regretter le refus des accords de Santiago et Barcelone...



  11. JF BERT le 1er février 2011

    @ M. Roupert :

    Cela vous semblera certainement paradoxal, mais je partage avec vous un certain scepticisme sur la pertinence de la futurologie exercée par les soi-disant experts. Le titre de l’article, péremptoire, doit plus à l’accroche journalistique qui se doit d’être aguichante qu’à une certitude de ma part. D’ailleurs cet article est également disponible sur mon blog www.jf-bert.com, mais cette fois-ci avec son titre original "La guerre des droits aura bien lieu", qui témoigne plus de la vérité de ma pensée.Ceci étant posé, j’assume entièrement mon rôle de Cassandre ou de vigie (l’avenir nous le dira) : les sociétés de gestion collective doivent opérer leur révolution culturelle ou bien c’est leur présence même qui sera remise en cause dans l’univers numérique.

    Lorsque Philippe Astor, avec beaucoup d’à propos, fait remarquer que SoundExchange a plus de 50% d’irrépartissables sur les droits numériques aux USA, et que donc la Sacem, avec un bien meilleur taux de répartition , n’a pas grand chose à craindre, je ne partage pas sa confiance. Mon analyse, c’est que SoundExchange a réussit à répartir près de 100 millions cette année et que si l’on extrapole les résultats de la Sacem (8M€) à l’Europe, la gestion collective fait sûrement 5 fois moins bien ! Et les gros catalogues américains préfèrent certainement bénéficier des placements de trésorerie de SoundExchange plutôt que de voir leurs droits bloqués par Apple.

    Concernant votre remarque concernant la transparence "cosmétique", j’y souscris en partie : il y a une mode autour de ce concept, comme ce fut le cas avec l’écologie. Mais dans les deux cas, cela correspond à des problèmes de fonds qui n’étaient pas pris en compte jusqu’à présent au niveau politique. La transparence, c’est d’informer les ayants droit sur le coût réel de la gestion de leurs droits, et sur les règles de perception, de répartition (et de prélèvements divers) appliquées. S’il n’y avait pas de problème de transparence, pourquoi tous les gros ayants droit auraient-ils mis en place un coûteux système de sous-édition mondial ? Pourquoi les ayants-droit paieraient-ils (de 10à 15%) des gestionnaires de droits indépendants pour contrôler le travail des SPRD ? Le problème de transparence est réel et ne fait qu’être aggravé par le dysfonctionnement actuel du système de perception des droits numériques.



  12. Y. Roupert le 1er février 2011

    @ M. Bert.

    Merci de votre réponse.

    Alors, en définitive, nos points de vue ne seraient pas si éloignés. En ma qualité de lecteur de votre ouvrage sur l’édition musicale, je veux bien le croire.

    Pour la comparaison avec Soudexchange deux remarques cependant :

    - la réserve habituelle du juriste, en toute matière, comparaison n’est pas raison ;

    - une observation plus argumentée :

    La comparaison SACEM/Soundexchange est, de mon point de vue, dénuée de sens.

    Soundexchange perçoit des redevances sur le fondement du copyright des producteurs et des artistes-interprètes, soit l’équivalent américain de nos droits voisins. De plus, elle intervient, en vertu d’une licence légale.

    Au passage, Soundexchange est en position de monopole sur le marché américain (la jurisprudence a d’ailleurs considérée que c’était la solution la plus efficace d’un point de vue économique !).

    En France, la SACEM perçoit des redevances de droits d’auteur. Mais surtout, pour les "droits numériques" c’est une gestion collective purement volontaire. Ce qui veut dire, entre autres, qu’elle doit se battre avec les exploitants pour signer, pour obtenir des taux corrects, pour percevoir et enfin pour obtenir des rapports de qualité suffisante pour répartir. Si on ajoute à cela la complexité introduite par les effets de la politique de concurrence sur le marché européen, on se rend compte que toute comparaison valable avec Soundexchange est ici exclue.

    Enfin, je ne crois pas - mais je parle en ma modeste qualité de chercheur - que l’on puisse faire porter sur les seules SPRD la responsabilité de la mise en place du système de sous-édition. C’est oublier qu’il correspond aussi à l’organisation commerciale des éditeurs anglo-américains cessionnaires du droit de reproduction. Que les éditeurs assurent ainsi la répartition des redevances perçues à ce titre aux auteurs sans passer par le canal des SPRD ; à ce titre interrogez les auteurs américains – notamment les auteurs de musique de films – pour connaître leur avis sur la question. Vous serez peut être surpris de leur réponse (la transparence est ici rarement au rendez-vous).

    Enfin, la bataille à venir, qui sera probablement celle du « direct accounting » au profit des majors de l’édition musicale n’augure en rien d’un regain de transparence. Je doute d’ailleurs qu’un éditeur comme Universal vienne solliciter les services d’un tiers de confiance une fois qu’il percevra en direct, auprès d’une ou deux sociétés, l’intégralité les redevances générées par son catalogue pour les exploitations en ligne.

    Les seules conséquences en seront :

    D’une part, l’exposition définitive du système de solidarité entre SPRD propre au système de réciprocité (les questions de diversité culturelle soulevées à ce titre me semblent importantes) ;

    D’autre part, et là je vous rejoins volontiers, la disparition de l’essence des sociétés d’auteurs. Car dans ces conditions, les auteurs seront petit à petit évincés de leurs propres sociétés. Peut être même assisterons nous à l’émergence de ces agences de perception et de répartition auxquelles avaient rêvées les éditeurs dans les années 1990…Mais il est pour le moins paradoxal que tout cela se construise sur le dos de la transparence.

    Alors, s’il faut souhaiter une « révolution culturelle » (même si je n’aime guère l’expression), j’espère que ce sera une nouvelle révolution des auteurs afin qu’ils réaffirment leur volonté de conserver l’autogestion de leurs droits via une gestion collective innovante. Sans doute que sur ce point serait-il bon que les SPRD, et notamment la SACEM, reviennent à la source du droit d’auteur.



  13. JF BERT le 1er février 2011

    @ M. Roupert,

    Je fais miennes vos restrictions concernant la comparaison SoundExchange/Sacem.

    Concernant le système de sous-édition, il est certes l’héritier d’un mode de fonctionnement anglo-saxon, mais son application par l’ensemble des acteurs mondiaux ne tient pas que du panurgisme, et s’explique aussi par l’incapacité des SPRD a travailler correctement entre elles (rien ne s’échange en moins de dix-huit mois, et même au sein de Fast Track, il existe des ressaisies manuelles).

    Enfin, je ne peux que souscrire à votre avis sur les véritables enjeux : c’est bien la possibilité d’un direct accounting qui se profile en Europe si les SPRD ne montrent pas un peu plus d’empressement à se réformer. Une gestion directe de leurs droits par les majors augmenterait considérablement leurs revenus à court terme (revalorisation de leur catalogue, trésorerie) et n’augurerait rien de bon pour les créateurs, qu’ils soient américains ou européens. Et vous avez raison de pointer du doigt ce paradoxe : il est possible qu’au nom de la transparence, on remplace un système mal adapté par un autre que nul ne pourra contrôler.

    J’ai pris plaisir à échanger avec vous et je serais ravi d’en connaître plus sur vos travaux. N’hésitez pas à me contacter jfb@transparency-rights-management.com.



  14. Commerçant Libre qui doit qd même payer la SPRE le 16 février 2011

    Tant mieux si les SPRD disparaissent c’est une veille maladie, il est grand temps que ces taxes lésant les petits commerces disparaissent.



  15. Commerçant Libre qui doit qd même payer la SPRE le 16 février 2011

    Commerçant Libre qui doit qd même payer la SPRE alors que les artistes Libre ne touchent pas un centime sur cet argent, c’est un scandale



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