Vivendi accuse France Télécom de ne pas dire ce qu’il est
La guerre se prépare sur le terrain de la téléphonie et de l’audiovisuel. Face à l’offensive de France Télécom qui a annoncé son intention d’étoffer son offre Orange TV - accessible en exclusivité aux seuls abonnés d’Orange, dès juillet prochain. Se défendant à cor et à cri d’être un nouvel acteur majeur de l’audiovisuel français, l’opérateur provoque l’ire de ses concurrents et s’attire tout particulièrement les foudres de son premier rival, Vivendi Universal.
Dans une interview accordée aux Echos, le président du directoire de Vivendi Jean-Bernard Lévy a ainsi sommé Orange de se définir clairement comme un opérateur de télévision. Selon lui, l’investissement annuel de son concurrent dans l’audiovisuel serait équivalent à celui de la chaîne M6. "La réalité, c’est que France Télécom devient un groupe de télévision. Il doit accepter que les règles du jeu soient les mêmes pour tous". Vivendi requiert donc une scission des activités de télécommunication et de télévision de son concurrent, afin d’assurer une meilleure visibilité des comptes, en évitant notamment "des subventions croisées entre les contenus et les activités fixes et mobiles". De même, Orange devrait se soumettre aux diverses obligations qui pèsent sur les chaînes de télévision.
France Télécom et Vivendi : des rivaux de longue date
Ce n’est pas la première fois que Vivendi et France Télécom s’échauffent sur la question de la diffusion de contenus. En réalité, l’intervention sans détours de Jean-Bernard Lévy fait suite à celle tout aussi claire de Bertrand Méheut, le PDG de Canal+, qui n’est rien d’autre que l’une des filiales de Vivendi. Le 20 mai dernier, ce dernier exigeait déjà d’Orange la scission de ses activités de réseau et de service, afin de ne pas "fausser les jeux de la concurrence". Et ce, un jour après que France Télécom annonce son intention de diffuser son bouquet Orange TV sur tout le territoire, via le satellite.
Tout est donc parti de l’intrusion de l’opérateur historique de télécommunication dans le monde de l’audiovisuel. Et même si son patron Didier Lombard s’en défend, expliquant notamment que l’argent investi dans les contenus est "microscopique", force est de constater qu’Orange se montre de plus en plus offensif en matière de télévision. Et tout particulièrement sur le terrain du football et du cinéma, chasses gardées de Canal+.
Premier tacle fait à Canal : en février dernier, Orange fait les gros titres en raflant une partie des droits de la ligue 1 de football. Il obtient ainsi les droits de diffusion de 38 matchs pour les saisons 2009-2012 ; droits qui donnent naissance à une nouvelle chaîne, appelée "Orange Foot", commercialisée à partir du 9 août et uniquement accessible aux abonnés à l’offre triple-play d’Orange.
Rebelote en avril dernier, quand il annonce sa volonté de créer "Orange Cinéma Séries", un nouveau service de télévision à la carte, facturé en option, et là encore exclusivement disponible aux abonnés Orange. Grâce à un accord avec Warner Bros et HBO, Orange est en mesure de proposer six nouvelles chaînes, dédiées au cinéma et aux séries télévisées, dont le contenu sera diffusé en flux ou à la demande, et ce quel que soit le support.
Dernier assaut frontal sur le plan de l’audiovisuel, Orange a conclu un partenariat avec EutelSat, pour diffuser son bouquet Orange TV sur la totalité du territoire, via deux satellites. Grâce à cette initiative, Orange pourra couvrir dès juillet plus de 98% des foyers français, la diffusion par satellite se substituant ainsi à l’ADSL dans les zones encore non couvertes par ce système. Autrement dit, France Télécom multiplie l’arsenal technologique pour mieux concurrencer les chaînes de télévision.
Le régime d’exclusivité d’Orange en question
Bien plus que son positionnement sur le marché audiovisuel, c’est la limitation de l’accès aux contenus d’Orange qui irrite tous les acteurs du monde numérique, avec à leur tête Vivendi Universal. En effet, seuls les abonnés aux services de l’opérateur peuvent prétendre à ses nouvelles offres.
Evoquant des pratiques anticoncurrentielles, Vivendi a contre-attaqué en plaidant en faveur de l’ouverture des contenus de France Télécom auprès des pouvoirs publics. "Chez Vivendi, les choses sont claires. Canal+ est disponible partout : sur le câble, le satellite, le hertzien et tous les fournisseurs d’accès Internet, y compris Orange. Vivendi s’est aussi engagé à ne pas favoriser SFR (autre filiale de Vivendi Universal, ndlr) par rapport aux autres fournisseurs d’accès". En conséquence, "SFR Neuf Cegetel a demandé à avoir accès aux chaînes d’Orange", et "en cas de refus, nous en tirerons les conséquences juridiques", a menacé Jean-Bernard Lévy.
Vivendi Universal rejoint ainsi la fronde lancée par Free, qui a officiellement fait "une demande écrite à France Télécom afin de pouvoir distribuer l’ensemble des chaînes d’Orange, de la même façon que l’on distribue celles de Canal+", a déclaré le directeur général du groupe Maxime Lombardini.
Et comme toute la stratégie de France Télécom est basée sur l’exclusivité, il y a fort à parier que le monde des opérateurs s’avance à pas de géant vers l’affrontement frontal au tribunal.
