Zemmour : 9700 euros pour zéro papier
La direction générale du « Figaro » avait convoqué Éric Zemmour en décembre dernier afin d’envisager son départ du quotidien où il avait pratiquement cessé de collaborer.
Éric Zemmour savait que ses jours étaient comptés au Figaro. Non pas à cause de ses propos, ni de ses écrits, mais plutôt en raison d’une absence cruelle de ses articles dans le quotidien. Il faut, en effet, remonter au 9 juin 2009 pour retrouver trace du dernier papier publié dans les colonnes du Figaro. Il s’intitulait d’ailleurs « L’ancien rebelle de mai 68, nouvelle institution médiatique et politique ». Depuis dix mois, la rédaction en chef du Figaro a décidé de ne publier aucun papier de ce pamphlétaire. Est-ce parce qu’ils étaient mauvais ? Est-ce parce qu’il subissait une disgrâce ? La deuxième hypothèse semble de loin la plus probable dans la mesure où le journal qui l’embauche depuis 1996 a eu suffisamment de temps pour s’apercevoir de son éventuelle perte de talent.
Le discrédit de la direction du Figaro à son encontre doit remonter assez loin car Éric Zemmour a seulement publié 35 articles en 2008 dans Le Figaro et 4 sur le premier semestre 2009. D’ordinaire, un journaliste d’un quotidien écrit entre deux et trois articles par semaine, ce qui le conduit à s’interroger sur son maintien dans le service où il est affecté s’il tombe en dessous de cette fréquence.
Certes, le journaliste politique continue de commettre une chronique hebdomadaire dans le Figaro Magazine, où il bénéficie semble-t-il d’une protection plus forte que dans le quotidien, mais sa longueur – un feuillet et demi – lui interdit de pérenniser sa présence au Figaro.
Éric Zemmour n’a donc pas été particulièrement étonné lorsqu’il a été convoqué en décembre dernier par la direction générale du Figaro qui lui a reproché la faiblesse de sa production. Avec un salaire que l’on dit proche de 9700 euros bruts par mois pour zéro papier publié dans le quotidien, la marque Zemmour revient assez cher pour un journal. Même si son avenir est garanti par Serge Dassault, son actionnaire.
Le scandale protège
Après cette première mise en garde, les patrons du journal, observant qu’il n’y avait aucun changement dans le comportement d’Éric Zemmour à l’égard du quotidien, ont alors décidé de passer à l’étape suivante en procédant à son licenciement. C’est alors que le destin a tourné en faveur d’Éric Zemmour quand le 6 mars dernier, l’éditorialiste a provoqué un joli esclandre en déclarant que « les Français issus de l’immigration étaient plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes. C’est un fait... ».
En habile pamphlétaire, Éric Zemmour sait mieux que quiconque qu’un bon scandale protège celui qui en est à l’origine. Stéphane Guillon qui remonte chaque jour la barre un peu plus haut en sait quelque chose. Sans ses outrances, cela fait bien longtemps qu’il aurait trouvé porte close à France Inter.
Pour être intouchable dans la France d’aujourd’hui, il faut se laisser aller à des propos inconsidérés, des attaques personnelles, des insinuations à la limite du racisme. En observateur avisé de la société française, Étienne Mougeotte, patron de la rédaction du Figaro, savait bien qu’il ne pouvait plus prendre la moindre sanction envers Éric Zemmour quand il l’a reçu dans son bureau. Loin de le remettre en cause, la plainte déposée contre lui par la Licra pour « propos racistes et discriminatoires », la condamnation du chanteur Christophe Willem, n’ont fait que renforcer sa présence au Figaro.
Le licencier dans un tel contexte équivaudrait à courir le risque de se faire taxer de censeur. C’est une règle de vie en vigueur dans la société française : on ne cède pas à la meute même si celle-ci est fondée à réclamer la tête de quelqu’un. C’est d’ailleurs en toute bonne foi qu’Étienne Mougeotte et Francis Morel ont écrit cette lettre publiée par Marianne et reprise par l’AFP, un rien grandiloquente, le 25 mars dernier à Eric Zemmour. « Nous prenons acte que vous n’avez jamais eu l’intention de stigmatiser vos compatriotes. Nous n’avons plus aucune raison de vous convoquer à l’entretien [du 29, ndlr]. Le Figaro est depuis toujours attaché à la liberté d’expression et au débat d’idées à la condition que ceux qui s’expriment respectent les lois et les grands principes de la République ». Ni l’un, ni l’autre ne voulaient licencier Éric Zemmour pour sa liberté de ton. Ils voulaient s’en séparer en raison de son inactivité.
