La regrettable victoire d’Apple face au FBI

Capture d’écran 2016-03-29 à 16.06.14On a souvent trop lu qu'Apple s'était opposé au FBI et donc par conséquent au gouvernement américain. Cette passe d'armes entre la firme de Cupertino créée par un Geek et un beatnik à la fin des années 70, et le très puissant bureau a en effet rapidement concentré tout ce que le sentiment anti-fédéral américain est capable de mobiliser ! Or, la position adoptée par Apple dans cette affaire n'a pas grand chose à voir avec ce sentiment. Tim Cook n'a pas condamné l'action du FBI au nom de la sauvegarde des libertés dites fondamentales. Le patron d'Apple a souhaité que le débat soit mis sur la place publique pour enfin être tranché. La justice aurait eu son mot à dire, concernant la légalité de la demande du FBI, mais aussi les politiques. Le FBI a coupé court en déclarant hier n'avoir plus besoin d'Apple, et en retirant sa plainte.

Tim Cook remporte donc la première bataille. La firme n'aura pas à défendre son cas devant le tribunal. En revanche, ce retrait du FBI marque certainement un mauvais coup pour les Etats-Unis. Il fallait faire toute la lumière sur cette problématique, et c'est une occasion manquée, qui pourrait ne pas se reproduire de si tôt. La stratégie d'Apple avait dans cette perspective quelques qualités.

Tout d'abord, avant de subir les affres de la cour face au FBI, Tim Cook a choisi l'attaque en mettant l'affaire sur la place publique. Après les révélations sur la NSA, ou encore les programmes d'écoute du gouvernement depuis des années, qui ont beaucoup agacé les Américains, il y avait en effet peu de chances pour que Barack Obama emboite le pas de Tim Cook en lançant un débat national sur une notion de privacy qui serait "cassable" à l'envi par le FBI, avec la clef une réforme législative qui aurait toutes les chances d'aboutir sous un(e) autre président(e). Imaginons un instant que Donald Trump soit élu...

En second lieu, le débat sur la privacy n'est tout simplement pas possible actuellement car le champ lexical a été pris d'assaut par les "complotistes" de tous bords. Evoquer dans les conditions actuelles ces sujets, la donnée personnelle, les moyens du renseignement, le traitement de ces signaux, n'a jamais été aussi clivant et déraisonnable. L'anathème sert de massue plus souvent que d'argument. Il y a du religieux dans ces affaires. Et pourtant, pour beaucoup d'industries du Web, par exemple, l'exploitation de ces données, la surveillance à grande échelle du réseau, est leur quotidien - cela explique aussi le ralliement après coup des Google et consorts à la cause d'Apple. Rappelons que pour qu'une société américaine suive ses usagers comme bon lui semble, il lui suffit de les prévenir qu'elle va le faire dans ses conditions d'utilisation ... que personne ou presque ne lit.

Tim Cook savait donc certainement en prenant la parole qu'il allait mettre ses adversaires face à une aporie, et ses concurrents dans l'embarras. On peut souligner l'habilité du patron d'Apple tout en regrettant que sa manoeuvre ne laisse donc le droit en l'état et donc force le FBI et les autres agences à agir toujours dans l'ombre, avec comme levier de persuasion l'intimidation et les menaces.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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