Prisa veut prendre le contrôle du Monde
Prisa, le groupe espagnol est prêt à recapitaliser le quotidien à la condition de contrôler 51% des actions du Monde SA.
Allié au groupe italien L’Espresso, le groupe espagnol Prisa est prêt à recapitaliser Le Monde à la condition expresse d’en détenir 51%. L’opération, dévoilée lors du conseil d’administration de vendredi prochain, se ferait par le biais d’un rachat des obligations remboursables en actions (ORA) qui viennent à échéance en 2012 et qui peuvent naturellement être remboursées à tout moment et par une augmentation de capital. D’un montant total de 70 millions d’euros, ces ORA ne peuvent, bien évidemment pas être souscrites par Le Monde.
Aujourd’hui, Lagardère détient 17% du Monde SA, Prisa, 15%, L’Espresso 3% et le Nouvel Observateur 1,75%. Si ce projet est mené à bien, Prisa devrait détenir 34% du Monde SA et le groupe italien 17%. Ce qui porterait la part de ses acteurs extérieurs à 51% et ferait descendre ipso facto celle de LMPA (Le Monde et Partenaires Associés) nettement en dessous des 60. LMPA, rappelons est détenue à 52% par la Société des Rédacteurs du Monde, la Société Civile des Personnels de la Vie Catholique et l’association Hubert Beuve-Méry. C’est cette structure qui garantit l’indépendance du Monde et donne le pouvoir aux rédacteurs sur cette maison. Ce qui se joue à travers cette opération, c’est ni plus ni moins que la perte de contrôle des journalistes sur Le Monde, instaurée par Hubert Beuve-Méry à la Libération.
Hostile à ce projet dont elle a eu officiellement connaissance en février dernier lorsque José Luis Cebrian, PDG de Prisa, avait annoncé que son groupe ne refinancerait Le Monde qu’à la condition de peser sur sa gouvernance, la SRM a opposé son veto.
Un mois et demi plus tard, celui-ci revient sur la table et la SRM n’a pas véritablement les moyens de s’y opposer. Sa marge de manœuvre risque de se réduire à l’alternative suivante : ou vous acceptez de perdre le pouvoir sur le journal, ou celui-ci est mis en dépôt de bilan. Le repli des ventes comme celui de la publicité dont les recettes atteignent tout de même les 50 millions d’euros ne laissent pas entrevoir un retournement de tendance dans l’immédiat. Avec un endettement dépassant les 150 millions d’euros, des pertes pour 2009 déjà estimées à 30 millions d’euros, le groupe Le Monde est aujourd’hui au bord de la crise de trésorerie. Et les banques rechignent de plus en plus à bourse délier.
Contrôle
Personne n’a oublié que BNP Paribas avait octroyé une crédit de 25 millions d’euros à condition de bénéficier d’un nantissement sur Télérama et sur Publicat sa régie publicitaire. Ce qui donne, pour la première fois dans l’histoire de la presse française, la possibilité d’aller directement se servir dans la caisse si le journal ne parvient plus à rembourser son emprunt.
Certes, les journalistes du Monde ont les moyens, à travers la SRM et LMPA dont les statuts sont extrêmement complexes de contrarier cette opération, mais le pourront-ils ? Ceux du journal Libération aussi pensaient qu’ils avaient les moyens d’empêcher un actionnaire extérieur de contrôler le journal mais ils ont perdu ce pouvoir au fil des augmentations de capital et des AG au cours desquelles ils ont lâché un à un les privilèges dont ils disposaient. Les journalistes du Monde vont se voir proposé le même scénario.
A n’en pas douter, José Luis Cebrian assortira cette prise de contrôle d’un certain nombre de déclarations et de mesures réaffirmant l’indépendance du Monde et de sa rédaction. LMPA perdra peut-être son caractère de holding de contrôle du Monde pour devenir une fondation veillant jalousement sur l’identité du Monde. Louis Schweitzer, président du conseil de surveillance du journal, connait parfaitement le poids exercé par certaines institutions morales et son expérience sera mise à profit pour constituer cette fondation. Eric Fottorino, le président du groupe Le Monde, entend aussi veiller à l’indépendance du site. Quelles que soient les garanties prises, il n’en demeure pas moins qu’une des pages les plus importantes de la presse française se tourne avec le changement de gouvernance qui va intervenir au Monde.
Mise à jour (18h13) : il s’agit évidemment du groupe L’Espresso et non La Stampa. Merci.
