La fin de la Comareg ou celle d’une presse gratuite pauvre en contenu
La probable disparition de Paru Vendu et de la Comareg, qui suit celle des titres gratuits de Sud-Ouest, démontre, chiffres à l’appui, que cette presse paye au prix fort la faiblesse de son offre éditoriale.
La presse gratuite d’information se porte mal quand ses contenus sont faibles ; beaucoup mieux lorsqu’elle a quelque chose à offrir au lecteur. Les titres de la presse quotidienne régionale payent au prix fort cette stratégie qui a consisté à mettre en circulation des titres sans se soucier de leur richesse éditoriale. Lorsque le marché publicitaire se portait relativement bien et que les groupes scandinaves, Schibsted et Métro, n’avaient pas lancé leurs quotidiens gratuits, la pqr pouvait faire la différence sur ce marché. Dans un contexte de récession économique, un média ne peut plus espérer collecter la publicité sans enrichir son offre.
Fin 2010, cette presse paye au prix fort la défaillance stratégique de ses actionnaires, qui n’ont pas su anticiper les exigences des lecteurs et la crise économique.
Le 28 septembre 2010, la S3G, filiale des gratuits du groupe Sud-Ouest était liquidée. Avec un chiffre d’affaires de 16,5 millions d’euros, cette société affichait 105,4 millions d’euros de dettes et 44,8 millions de pertes. En conséquence, 157 salariés se sont retrouvés sur le marché du travail.
89 millions d’euros de dettes
La Comareg a déposé son bilan le 23 novembre. Détenue par le groupe Hersant Média, cette société qui édite notamment Paru Vendu affichait au 31 décembre 2009, 30,8 millions d’euros de pertes pour un chiffre d’affaires de 259 millions. Ses dettes s’élevaient alors à 89 millions d’euros.
Pour ceux qui se souviennent que ce fleuron de l’empire Vivendi réalisait 127 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2000 et avait été vendu 300 millions d’euros à Médiapost, le réveil est brutal.
Aujourd’hui, la Comareg ne trouve pas preneur. Le dossier a bien circulé parmi tous les groupes de presse français, notamment ceux des titres gratuits, mais personne n’en a voulu à ce jour ; Philippe Hersant, le pdg et actionnaire du groupe, n’étant pas parvenu à une transaction.
Les extrapolations sur 2010 laissaient entrevoir une perte additionnelle de 30 à 40 millions d’euros, selon la prise en compte ou non de provisions exceptionnelles, et une augmentation des dettes de 40 millions. Cela porterait le passif à 200 millions d’euros fin 2010.
La liquidation probable de la Comareg conduirait au licenciement de 2135 salariés, ce qui ne serait pas sans causer un problème social majeur.
Mariage Ouest-France Schibsted
Dernière survivante de cet univers, Spir Communications, filiale de presse gratuite du groupe Ouest-France, qui affiche un résultat d’exploitation négatif de 500 000 euros en 2009, pour un chiffre d’affaires de 6,4 millions. Le bilan de Spir est plutôt positif car avec un capital initial de 25 millions d’euros début 80, ses fonds propres s’élèvent aujourd’hui à 113 millions d’euros.
Prenant conscience de la fragilité de ce marché, Ouest-France s’est marié avec Schibsted pour prendre le contrôle de 20 minutes à parité, dans le but d’offrir un quotidien de qualité. Ce gratuit qui développe une information enrichie, comparable à certains quotidiens payants, a dégagé en 2009 un bénéfice de 2,4 millions d’euros sur le support-papier. Son site internet perdait encore 900 000 euros et son chiffre d’affaires s’élevait à 34,6 millions d’euros.
Sur la même période, Métro, son principal concurrent, était proche de l’équilibre avec un chiffre d’affaires de 44,8 millions d’euros. Ce résultat peut être considéré, dans la situation économique actuelle, comme une réussite.
Ces titres, qui ne bénéficient pas de l’aide massive de l’Etat comme les quotidiens nationaux, sont parvenus à se faire une place sur le marché français. Même s’ils ne peuvent pas encore être comparés à des grands quotidiens comme Le Monde ou Le Figaro, ils se distinguent nettement des autres gratuits.
Notamment des deux titres du groupe Bolloré, Direct Matin et Direct Soir. dont la prise en main a nettement chuté. Leurs pertes s’élèveraient, d’après un proche du dossier, à 25 millions d’euros. Tout autre que Vincent Bolloré se serait saisi du dossier pour décider d’améliorer singulièrement leur offre éditoriale.
