Blekko, l’après Google
Blekko fait son apparition sur le marché des moteurs de recherche du Net. Utilisant l’index de Google, ce nouveau venu se pose en challenger accusant son aîné d’avoir échoué dans sa mission première.
Google a perdu son âme, brulée dans l’enfer du marketing Web et la vente à la tire de mots clefs. Nulle plaisanterie dans ces propos, ou dénigrement, Google ne fait plus l’affaire pour certains qui se sont déjà tournés vers d’autres horizons, des concepts neufs, rafraîchissants. Et comme souvent dans les drames, c’est dans la famille que se nouent les destins contraires. Blekko a été créé par des anciens de Google qui, déçus, ont préféré voler de leurs propres ailes. Le géant de Mountain View, parce que trop occupé certainement à faire autre chose, de la téléphonie mobile, un énième réseau social anti-facebook, ou bien peut-être n’en comprenant pas les enjeux, a laissé filer l’idée.
Blekko nous fait revenir à l’époque triomphante du jeune Google face à Yahoo ! - ironie de l’histoire, aujourd’hui, Google est pris pour cible. A l’époque, le moteur de recherche avait su rallier les internautes en minant Yahoo ! par le bas. Là où le portail sélectionnait et donc orientait la recherche d’informations, Google se donnait pour mission d’être exhaustif tout en faisant la preuve de sa pertinence. Yahoo ! faisait confiance à l’humain, Google à l’algorithme, et le public a fait son choix, délaissant l’annuaire pour l’ogre. Cette opération spectaculaire, Blekko pourrait bientôt la rééditer, renversant l’hégémonie, dans un mouvement de soudaine libération.
Le projet est resté longtemps en mode furtif. Un temps mis à profit pour fabriquer et affiner un concept qui a tout de l’idée "toute bête", de celles qui font le succès des grands candides et étonnent les besogneux. Blekko se propose en effet de revenir aux racines du mal pour en extraire tout le bénéfice pour l’internaute. La homepage de Blekko est donc des plus épurées. Un champ de recherche simple et une page de résultats. L’astuce est que les requêtes peuvent être catégorisées par un simple "slashtag", soit un tag précédé du caractère Slash ("/"), hérité des racines Unix du Web. Vous cherchez un T-Shirt de votre chanteur décédé préféré, mais sur Google on ne trouve en première page que des spammeurs et des "indexeurs" fous, qui finalement ne font que polluer votre quête... et bien Blekko affiche, lui, le bon lien dès les premiers résultats. Pourquoi ? Parce que dans la requête on a pris soin de taper "John Lennon/T-Shirt". Le "Slash" fait toute la différence, en orientant évidemment la tâche du moteur, mais surtout en montrant bien à quel point tout cela est sérieux.
Un meilleur Google
Finies les galeries marchandes ! Ici, c’est du pur moteur de recherche. Evidemment, il est difficile de reprocher à Google de ne pas mieux faire. Le moteur est pris dans ses propres rets, mais ce sont cette fois les spammeurs et marketeurs de tout poil qui les tirent. Avec toute la meilleure volonté des ingénieurs maisons, le jour où Google a édicté des règles pour le référencement, il a créé sa propre engeance. Le jour aussi où il a décidé de mettre aux enchères les places sur la page de résultats, il a creusé sa tombe. Et s’il est évident qu’il n’a pas encore chuté, le gouffre s’agrandit chaque jour qui menace de précipiter Google vers son déclin.
"Nous avons besoin d’un meilleur Google", et ce pourrait bien être Blekko - à condition que la fonction moteur ait toujours un sens dans l’Internet d’aujourd’hui. Facebook a été identifié comme l’un des adversaires du moteur de recherche Google, car aujourd’hui le réseau social compile plus de visites, et supprime de fait la fonction. Plus vraiment besoin de lancer des recherches sur Facebook, ce sont les amis qui pourvoient en informations, images, vidéos, etc. Un courant qui est véritablement exacerbé sur Twitter. Google n’y a pas sa place. Et ce ne sont pas les tentatives navrantes du géant pour monter lui aussi dans le train du Web social qui vont arranger les choses. Bien au contraire, Google semble se heurter à un plafond de verre à chaque fois. Alors qu’au-dessus, c’est la fête.
Maintenant, c’est dans les sous-bassements, en sous-sol, que l’on entend une autre mélodie. Blekko est parmi les solistes. La société, créée en 2007, a récolté 23 millions de dollars après une série de levées de fonds et elle prend aujourd’hui son envol. Impossible de risquer de parier sur son succès, mais l’apparition de ce genre de "spin off" au sein de Google démontre combien le besoin d’un renouveau se fait sentir. Si ce n’est pas Blekko qui renverse l’idole, un autre le fera, en s’appuyant sur ce constat implacable : Google ne répond plus aux besoins des internautes.
