Arte à la veille d’une crise majeure
Confrontée à une chute d’audience, la chaîne franco-allemande qui est dans le collimateur de l’Elysée est touchée par l’affaire Lars Von Trier qu’elle n’a pas su anticiper.
Arte, la chaîne franco-allemande n’a depuis sa création, le 30 avril 1991, jamais eu de souci à se faire. Dotée d’un confortable budget public, la chaîne n’avait de comptes à rendre à personne. Il suffisait à Jérôme Clément de jouer de ses qualités de diplomate pour proposer des programmes élitistes tout en donnant le change à ses actionnaires français et allemands. Les observateurs auront d’ailleurs remarqué que Nicolas Sarkozy n’a pas eu un mot défavorable pour Arte alors qu’il n’a pas épargné France Télévisions.
252 millions d’euros pour la 14ème place
Depuis que Véronique Cayla en a pris la présidence, ce n’est plus tout à fait le cas car la chaîne n’a cessé de régresser en audience alors que son financement s’est sans cesse accru. Avec 0,9% de part d’audience, Arte se classe à la 14ème place des chaînes françaises, ce qui prouve que le développement de la TNT s’est fait à son détriment. Cette contre performance pose problème si l’on sait que l’Etat Français va verser en 2011 252 millions d’euros à Arte.
Si les actionnaires français et allemands n’invitent pas ses dirigeants à réviser leur stratégie, la place d’Arte dans le paysage audiovisuel va se réduire comme une peau de chagrin. Jusqu’à soulever la question même de son existence. Le lancement retardé, mais quasi certain d’ici la fin 2012, de nouvelles chaînes sur la TNT va contribuer à restreindre encore son audience. Canal 20, la chaîne gratuite de Canal+, les deux chaînes de M6, RMC Sports et les six autres télévisions annoncées vont se développer au détriment des chaînes existantes.
L’apparition de la télévision connectée est également susceptible de nuire à Arte dans la mesure où ses programmes exigeants ne sont pas les plus consultés sur la Toile. Cette réflexion sur l’audience de la chaîne se suffirait à elle-même si Arte n’avait été pris de court dans la gestion de l’affaire Lars von Trier.
Sans le soutien constant de cette chaîne, le cinéaste danois n’aurait jamais pu réaliser la quasi-totalité de son oeuvre. De "Breaking the waves" à "Melancholia", Arte a financé tous ses films. Aussi, quand Lars von Trier a tenu, lors de sa conférence de presse à Cannes, des propos où il montrait de la sympathie pour Adolf Hitler, Albert Speer, le ministre de la reconstruction du IIIème Reich et terminait ainsi "ok, je suis un nazi", on attendait la réaction des dirigeants d’Arte - Le réalisateur des "Idiots" a présenté ses excuses, depuis. Elle n’est pas venue. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, avait quant à lui condamné avec la plus grande violence les propos du cinéaste.
Arte condamne des propos pro-nazis..
Thierry Frémaux, directeur général du festival de Cannes, l’a interdit de toute présence physique et Arte n’a rien dit jusqu’au 26 mai. La chaîne s’est, en effet, fendue d’un communiqué où elle a précisé qu’elle distinguait, comme le festival de Cannes l’avait fait, "l’homme de l’oeuvre" et qu’elle condamnait ses propos. Elle ne l’a pas privé, contrairement à Cannes, de toute manifestaion officielle. Cette communication est pour le moins atterrante dans la mesure où nul ne peut penser qu’Arte puisse ne pas condamner des déclarations favorables au régime nazi .
Accord tacite avec Lars von Trier
La ZDF, actionnaire d’Arte, regarde cette affaire, comme le souligne Le Figaro, avec la plus grande attention et demandera s’il le faut des comptes à la partie française. Le traité fondateur stipule en effet que la chaîne doit promouvoir "des émissions de télévision ayant un caractère culturel et international au sens large, et propres à favoriser la compréhension et le rapprochement entre les peuples".
Jusqu’à preuve du contraire, il ne semble pas que le national-socialisme s’inscrive dans cette perspective... Une réunion organisée sous l’égide de Michel Reilhac, directeur du cinéma d’Arte est prévue lundi 30 mai pour permettre à la chaîne de sortir de cette ornière. Rappelons que cette télévision a passé un accord tacite avec Lars von Trier en vertu duquel celui-ci lui propose, en priorité, tous ses projets.
