iCloud : pourquoi l’annonce de Steve Jobs a été une déception
Comme d’autres peut-être, ce fut la déception qui pris le dessus à l’annonce de iCloud ce lundi. Comme si Steve Jobs, le patron d’Apple, pour une fois, n’avait pas vu assez loin…
Sans doute en demande-t-on un peu trop de notre Steve, le seul "héros" (mot à prendre avec de super pincettes et vraiment excessif, bien sûr) que nous ayons à nous mettre sous le dent en ce moment, notamment dans la sphère technologique. Larry Page et Sergey Brin (Google) échouent à susciter de temps à autre un même sentiment – ils sont intelligents, pragmatiques, mais pas très glamour, les deux surdoués. Jeff Bezos (Amazon) est également malin mais pour le charisme, l’on repassera. Quant à Mark Zuckerberg (Facebook), le film « The Social Network » a ébréché son image avant même qu’il n’ait eu le temps de la forger. Nous pourrions ajouter au lot Satoru Iwata, l’homme qui a remis sur pied Nintendo avec la DS, la Wii et très récemment la bluffante 3DS, mais cet humble personnage se met fort peu avant.
Il nous reste donc notre Steve. Honnêtement, le dernier frisson à grande échelle s’est produit en janvier 2007 lors de l’annonce de l’iPhone. C’est là où il a pris le monde entier par surprise en dévoilant d’un seul coup des dizaines de nouveautés à laisser pantois : le multi-touch, le basculement mode portrait / paysage, l’adaptation de l’écran à l’éclairage ambiant… Il a rarement été aussi grandiose et une part majeure du panache qu’il détient aujourd’hui est sans doute encore liée à cette annonce.
Certes, l’annonce de l’iPad en 2010 fut forte. Et l’objet a révélé un pouvoir de séduction imprévu. Toutefois, on a pu en entendre ici et là clamer, une fois l’annonce effectuée, que ce n’était qu’un iPhone géant. L’effet de surprise du multi-touch était passé.
Pour l’iCloud, il demeure un sentiment de pas assez. Et de fortes réticences à la perspective de s’abonner persistent. Il faut bien sûr distinguer deux aspects dans iCloud : le disque dur externe et la musique.
A armes égales
Pour ce qui est du disque dur externe, cela fait maintenant des années que l’on peut utiliser d’autres solutions, dont iDrive qui propose tiens donc, tout comme Apple, 5 Go gratuits – largement suffisant pour des besoins courants. Plus récemment, nous avons eu droit à Amazon Cloud. Ils ne servent qu’à la sauvegarde en ligne. La synchronisation automatique que propose iCloud n’existe pas. Si nous voulons profiter de documents accessibles de n’importe où sur disque dur externe et les mettre à jour à volonté depuis des applications Web, franchement, Google Docs fait depuis bien longtemps l’affaire : traitement de texte, présentations, tableur… Google a même dévoilé un ordinateur, le Chromebook, qui n’a pour disque dur que son Cloud – aucune application en interne. En gros, dans ce domaine du Cloud, si on se limite à l’aspect des documents usuels, Amazon et Google se retrouvent à peu de choses près, pour l’instant à armes égales avec Apple.
Venons-en donc à l’aspect musique, celui qui était censé faire la différence. Comme nous l’indiquions dans une précédente chronique (iCloud, Steve prépare la radio du 21ème siècle), écouter les disques et morceaux que l’on possède déjà est très vite lassant. En gros, l’effet iPod que nous avons tant apprécié à partir de 2001 a fini par créer pour beaucoup un sentiment proche de la nausée. Ce qui est intéressant, c’est la nouveauté !
C’est là où des radios personnalisées comme Spotify, lastfm ou Jango se sont révélées largement supérieures à iTunes. À partir d’une liste d’artistes appréciées, ces radios construisent un programme de rêve, avec cet atout maître : de la nouveauté. Le paradoxe est le suivant : les artistes et même les chansons que l’on préfère dans la vie courante sont souvent les moins joués sur Jango. Elles ne sont tolérées qu’à dose homéopathique.
iCloud échoue
En nous offrant sur iCloud de disposer – même instantanément - de tous les morceaux de musique existant sur le disque dur, Steve Jobs, et c’est surprenant de sa part, ne voit pas assez loin. Il vient satisfaire un besoin qui n’existe probablement pas pour la plupart d’entre nous. Quitte à débourser une vingtaine d’euros par an, il est mille fois préférable de s’abonner à Deezer - même si le service coûte un peu plus cher - , pour écouter n’importe quel album en streaming, à Spotify pour une radio personnalisée. Alors, bien sûr, il y a l’argument de la qualité d’écoute (morceaux au format AAC, de qualité supérieure et en 256 kbps). Mais si tel est le besoin primordial – la qualité d’écoute en streaming – le service Qobuz le propose depuis plus de deux ans et offre même mieux, une qualité identique à celle d’un CD ou d’un master de studio !
Il faut cependant reconnaître, qu’il y a eu d’autres belles annonces concernant Lion et iOS5 et la fusion de leurs interfaces, mais nous sommes accoutumés à de telles évolutions en matière d’OS avec Apple et parfois, certains d’entre nous qui suivent de près les divers systèmes notamment Android ont eu une impression de déjà vu ailleurs, cette fois-ci. Et lorsque Steve Jobs énonce les pourcentages de marché à sa manière, comment ne pas esquisser un léger sourire (la progression des ordinateurs portables chez Apple, bien qu’elle soit remarquable, est beaucoup plus forte que chez les constructeurs de PC car Apple partait tout de même de beaucoup plus loin)… Avant tout, iCloud échoue à susciter l’engouement et laisse une porte ouverte à des concurrents.
Connaissant Steve Jobs, l’homme devrait être capable de nous surprendre à nouveau. Toutefois, ce qui laisse sur notre faim, cette fois, c’est qu’il semble avoir manqué d’envergure dans sa vision du marché. La marque de Jobs le chef de file, c’est de voir quelques dizaines ou centaines de kilomètres plus loin, et mieux encore, de dépasser le seul domaine de l’informatique. Le Steve Jobs que nous aimons nous a habitué à tracer des horizons plus larges, plus fins, plus inattendus. Or, l’essentiel de l’annonce iCloud, nous le connaissions avant même qu’il n’ouvre la bouche. Ce n’est pas le Steve auquel nous avons été accoutumés…
