Les quatre bonnes nouvelles de l’affaire DSK
Que n’a-t-on entendu au cours de ces folles semaines ! Procès des élites, procès des médias, procès des États-Unis, procès du machisme… Il s’est toujours trouvé un procureur de circonstance pour désigner, au-delà des protagonistes de l’affaire, Dominique Strauss-Khan et Nafissatou Diallo, d’autres coupables. Là, on voulait étouffer la vérité ; ici, on jetait l’honneur d’un homme aux chiens.
Pourtant, une fois dépassé le psychodrame collectif, on s’aperçoit que le tableau n’est pas aussi affligeant que les Cassandre d’un jour voudraient le faire croire. Il y aurait même quelques bonnes nouvelles dans le lot. Petite revue de détail.
La justice américaine fonctionne
Brutale, l’image d’un DSK conduit au tribunal, menottes aux poignets, a choqué. On a crié au lynchage. C’était la justice expéditive du Far West qui s’abattait sur les épaules d’un innocent.
Pourtant, six semaines plus tard, DSK est remis en liberté, non grâce à ses avocats, mais à la demande du Procureur qui redoute un Trafalgar lors de l’audience prévue pour le 18 juillet.
Six semaines. C’est déjà trop si DSK est innocent. Mais c’est peu au regard, par exemple, des années de détention supportées par les accusés d’Outreau du fait de l’obstination du juge Fabrice Burgaud, elle-même avalisée par la Chambre d’accusation.
Le système américain est-il meilleur que le nôtre ? Le débat est récurrent. Force est de reconnaître, cependant, qu’il élargit aussi vite qu’il embastille, quand bien même le prévenu est un des plus puissants personnages de la planète. Pouvons-nous prétendre, qu’en France, la justice est aussi prompte à réagir dès qu’il s’agit des élites ?
La défection forcée de DSK n’hypothèque pas les chances de la gauche à la présidentielle
L’homme providentiel l’était-il vraiment ? Les socialistes qui s’étaient convaincus de l’évidence de la candidature de DSK ont rapidement appris à vivre sans lui. Mieux, confortés par les sondages, ils envisagent maintenant la victoire d’un autre champion socialiste à la présidentielle. Martine Aubry a annoncé qu’elle irait jusqu’au bout, signe qu’il n’y a pas que des coups à prendre dans cette campagne.
Quelles que soient leurs dénégations, l’hypothèse d’un retour de l’ex-candidat naturel embarrasse la plupart des prétendants à l’investiture. Après avoir tué le père, il est difficile de le ressusciter.
Les médias n’ont pas failli
La presse française, dans son ensemble, a navigué à vue. La dimension américaine de l’affaire l’a privée de ses sources habituelles : policiers, avocats et magistrats. Pas le moindre PV à se mettre sous la dent. Du coup, les médias hexagonaux en ont été réduits à suivre la presse américaine et, surtout, à se montrer plus prudents qu’à l’accoutumée. Nul accès de vertu donc, juste de l’impuissance.
Twitter, à cette occasion, s’est emparé du leadership médiatique. Pénétrant là où les caméras étaient interdites, il s’est imposé comme la caisse de résonance polyphonique de l’événement. Une source qui – c’est la nouveauté – s’autorégule en temps réel, chaque tweet pouvant être corrigé ou contredit par le suivant. Processus impossible par définition, dès lors qu’il s’agit d’une télé ou d’un journal.
Les présupposés idéologiques s’effondrent
Il y a un mois encore, l’affaire s’annonçait limpide. D’un côté, il y avait le notable planétaire arrogant, de l’autre l’immigrée méritante en voie d’intégration. Le Nord contre le Sud. L’homme blanc contre la femme de couleur. La cause était entendue. Chacun y retrouvait ses petits et entonnait une partition rodée dont l’acte de naissance contemporain se situe quelque part du côté de Bruay-en-Artois : DSK était forcément coupable !
Patatras ! Voilà que ce schéma tiers-mondiste prend l’eau. Les incohérences du récit de Nafissatou Diallo, la présumée victime – désormais rebaptisée plaignante – laissent entrevoir que celle-ci a pu inventer le viol. Et DSK, que l’on a le droit, par ailleurs, de détester, parce que riche et/ou libertin, parce que directeur du FMI, serait accusé à tort. Premier séisme.
Mais, comme rien n’est simple, l’opinion se doit d’envisager ces jours-ci d’autres éventualités. Quand bien même Nafissatou Diallo a menti sur son passé, sur son emploi du temps juste après avoir quitté la suite de DSK, sur ses liens encore avec un trafiquant qui serait également son second mari, elle peut avoir été violée. Nul besoin d’une auréole de martyr pour être victime.
Second bouleversement.
Et puis ce dernier rebondissement livré par le New York Post : prostituée occasionnelle, Nafissatou Diallo aurait accablé DSK, parce que celui-ci se serait refusé à la payer. Un différend commercial en quelque sorte. De sordide, l’histoire devient simplement minable. Et les grilles de lecture idéologiques s’effondrent définitivement. Tant mieux !
Retrouvez l’auteur sur son blog "Cela va sans dire"
