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Aide à la Grèce : l’Allemagne et les banques mettent l’Europe à genoux.

Le 22 Juillet 2011 dans Le_Flouze par Alexandre Kobbeh

La solution, adoptée hier par le sommet de Bruxelles, opte clairement pour une vue à court terme, laissant l’essentiel pour plus tard. Le communiqué officiel ne brille pas par sa clarté, on en déduit que les priorités de Bruxelles demeurent une Europe attachée à la pérennité de la totalité de ses banques ainsi qu’à un euro fort favorisant l’économie allemande. Bien entendu, les choses ne sont pas si simples.

Un goût de « déjà vu »

La Grèce, au bord de la cessation de paiement, ne pouvait sortir de l’impasse que par un financement supplémentaire. Les marchés lui étant fermés pour cause d’insolvabilité, l’Europe n’avait pas d’autre solution que de remettre au pot en élaborant, avec l’aide du FMI et des banques, un financement accepté par tout le monde.
Dans la pratique, le nouveau prêt se monte à environ 109 milliards d’euros. L’architecture du système donne la place centrale au FESF (Fonds européen de stabilité financière), FMI et aux banques comme financeurs. Le tout sous la haute autorité de la BCE et du FMI.
Le secteur privé, comme l’indique pudiquement le communiqué participera à hauteur d’environ 37 milliards d’euros. Ce montant inclut un mécanisme de rehaussement de crédit à l’usage des banques grecques, ce qui leur permettra de continuer à participer aux opérations de refinancement fournies par Eurosystème (BCE). Faire du rehaussement de crédit sur les banques grecques équivaut, toutes proportions gardées, à en rehausser les notes spéculatives actuelles afin d’en faire des notes « investment grade » comme à la grande époque des « subprimes ». On connaît la suite.
Par ailleurs, ce programme de prêts se veut plus souple en termes de maturité puisque les délais de remboursement s’allongent jusqu’à 15 ans ou 30 ans, au lieu des 7,5 ans actuels. De plus, les taux d’intérêts pratiqués resteront très proches des taux de financement du FESF. On retrouve là encore les caractéristiques des « subprimes », des maturités longues. Pourquoi ? Une structuration financière longue permet, mathématiquement, de lisser des coûts importants à court terme, mais qui à l’échelle d’une longue période représentent peu. C’est une forme de rente pour les banques qui structurent l’opération. N’oublions pas que l’unité de calcul est le milliard d’euros.
Bien sûr, ce type d’opération sauve l’Etat grec d’une cessation de paiement. La dette souveraine, les banques voient leurs qualités rehaussées par le FESF et les autres banques européennes participant au plan de sauvetage. Ce dernier s’inscrit dans un discours qui, si l’on en croit le communiqué officiel, se veut rassurant à l’égard de l’économie et de la population grecque.

Une collection de vœux pieux

Certes on ne refait pas l’électricité pendant l’incendie. La seule chose audible dans ce genre de situation est de promettre de ne pas laisser le même type d’installation électrique dangereuse ailleurs.
En réalité, régler le problème de financement de l’Etat grec ne change rien à la relance économique du pays, et vu la solution choisie, il est difficile d’être optimiste.
En effet, la déclaration des chefs d’Etats européens voit un retour des déficits publics à 3% d’ici 2013, et promet que tous les pays de la zone euro vont honorer leur signature souveraine. Enfin, les Etats croient fermement dans « les engagements qu’ils ont pris en matière de viabilité des finances publiques et de réformes structurelles durables. »
Outre le fait, qu’ils se jugent eux-mêmes, ce discours démontre une naïveté coupable qui refuse de voir la réalité ainsi que le futur proche.
Une politique de rigueur, appliquée à marche forcée, ne peut que donner des résultats désastreux dans un contexte économique globalisé. Les pays du Sud vont avoir du mal à faire en deux ans ce qu’ont fait l’Allemagne et les Pays-Bas en dix.
En cas de risque de contagion, les Etats européens comptent fermement sur les outils de stabilisation et s’autorisent à appliquer des taux de prêts similaires à ceux qui n’étaient réservés qu’aux Grecs selon les dires de Nicolas Sarkozy. Cette petite contradiction est à l’image de l’immense difficulté du dialogue franco-allemand.
La dernière idée parmi les outils de stabilisation, mais non la moindre, nous fait flirter avec le monde merveilleux des « Elfes » : « Le cas échéant, un contrat de garantie sera mis en place de façon à couvrir le risque résultant, pour les États membres de la zone euro, des garanties qu’ils auront fournies au FESF. » Qui va garantir le contrat qui va garantir la garantie des Etats qui garantissent le FESF.
En clair, dans une chaîne de Ponzi, il vaut mieux être en haut plutôt qu’au dernier rang en bas. Si un Etat, aidé par le FESF, ne remboursait pas sa dette pour la folle raison que son économie ne supporte pas la politique de rigueur imposée par Bruxelles, qui garantirait en dernier ressort ? Le contribuable européen si l’euro existe encore. Personne si, d’ici là, l’euro explose en vol.

Les banques plutôt que l’Europe

A la lecture de ce communiqué et compte tenu du temps qu’il a fallu pour prendre des décisions, un sentiment très net ressort. L’Allemagne et les banques font figure de vainqueurs dans cette joute, ce qui d’une certaine manière est logique puisque, à elles deux, elles couvrent la majeure partie du financement.
L’Allemagne garde une politique monétaire européenne en accord avec son économie au détriment des pays comme la Grèce qui n’ont pas supporté l’euro fort. Les craintes d’inflation ont la peau dure. Le traumatisme de Weimar hante encore les mémoires allemandes. Quant aux banques, la doxa ambiante redoute plus que tout un nouveau Lehman Brothers. D’où un programme qui aide plus les banques grecques que l’économie qui les héberge. N’oublions pas qu’une grande partie de ses opérations se fera via les banques du secteur privé, avec tous les revenus que cela suppose.
La première zone économique du monde n’a pas grâce aux yeux du sommet de Bruxelles. L’Europe ne mérite-t-elle pas un effort significatif pour redynamiser son économie ? Il est vraiment regrettable que nos dirigeants ne déploient toutes leurs énergies que pour sauver un système monétaire et financier quand c’est l’économie qui les finance qui a besoin d’aide. Dans un excellent papier sur Atlantico, le très sérieux professeur Daniel se demandait si Angela Merkel n’était pas une naine politique, tant son indécision chronique posait problème en ces heures graves. Malheureusement, l’hypothèse du docte professeur peut s’appliquer aux collègues européens d’Angela Merkel. La vacuité politique, dont les dirigeants européens font preuve, incapables de prendre la moindre décision de manière indépendante, risque de mener le vieux continent à sa perte politique et économique.

Le choix de rester dans une situation à mi-chemin de la construction européenne donne un signal de faiblesse politique qui contraste avec le courage des PME européennes, véritables poumons du continent. Les PME sont les plus gros employeurs et c’est par eux que passera le salut de nos économies. Alors espérons que les banques auront la reconnaissance du ventre en finançant réellement les entreprises plutôt que de faire du rehaussement de crédit ou des produits structurés destinés à une finance déconnectée des réalités économiques.

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6 Commentaires

  1. kain le 22 juillet 2011

    l’Allemagne vainqueur ???

    avec ce plan, c’est 790 milliards d’euros que l’allemagne doit soutenir, soit 32% du PIB

    et si la note de la France se voit dégrader, ne serait-ce qu’un peu, ce taux grimpe à 56% du PIB

    pour plus d’infos >> http://www.zerohedge.com/article/fa... <<

    alors les banques grandes gagnantes c’est sûr... mais à très très court terme alors... en espérant qu’aucune ne fasse faillite d’ici la fin août car là c’est tout le château de carte qui s’écroulera



  2. Mimi le 6 février 2013

    Compréhensible, argumenté, le billet m’est apparu comme franchement pertinent. Mimi éditeur pour infos-panneaux-solaires .com



  3. Justine78 le 11 février 2013

    Grand merci d’offrir des textes j’adore. Justine78 du portail web parlant de blackjack sur internet



  4. Sophia le 28 février 2013

    Lexactitude de votre commentaire mapparaît comme indéniable, je jalouse votre clarté. Sophiaz du blog de voyance par webcams



  5. Cynthia14 le 20 mars 2013

    Salut, je tenais à vous dire que l’écrit est fort réjouissant à parcourir. Cynthia webmastrice de la page sur l’installation pompe a chaleur



  6. Eline le 28 mars 2013

    Au cours de ma navigation journalière, j’ai vu votre argumentaire par chance, et je suis de votre avis. Eline du site univ-voyance-en-ligne.fr



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