Jean-Claude Trichet confirme la crise systémique
Dans un discours ce matin devant la Commission des Affaires économiques et financières du Parlement européen, Jean-Claude Trichet exprimait les constatations du CERS (Comité européen du risque systémique) au sujet de la crise actuelle.
La crise est sans aucun doute systémique.
Le CERS, dans un communiqué de presse du 21 septembre, brossait enfin un tableau pragmatique de la situation : « Ces derniers mois, la crise des dettes souveraines a migré des économies périphériques vers certaines des plus grandes économies de l’Union européenne. Des signes de fébrilité sont évidents sur les marchés de dettes souveraines européennes, alors qu’une forte volatilité des marchés actions indique que les marchés de capitaux se tendent à travers le monde. La situation s’est aggravée avec l’assèchement progressif des financements à terme des banques. La grande interconnection du système financier européen a conduit rapidement à un risque très élevé de contagion. Les menaces sur la stabilité financière de l’Union européenne peuvent, entièrement et négativement, impacter l’économie réelle européenne et internationale. »
Jean-Claude Trichet (Discours complet), tout en confirmant cette analyse, soulignait qu’il était urgent d’agir de manière conjointe entre toutes les autorités, qu’elles soient gouvernementales ou financières. Tout retard dans l’action ne ferait qu’augmenter la gravité de la situation. Le bientôt ancien président de la BCE recommandait la mise en place d’une politique fiscale crédible ainsi que des mesures structurelles favorisant la croissance. Ces actions doivent contribuer à restaurer la qualité des signatures souveraines mises à mal ces derniers temps.
Jean-Claude Trichet plaidait pour le droit au FESF (Fonds européen de stabilité financière) de participer à une aide aux Etats afin de recapitaliser les banques. Une position à mi-chemin entre Paris et Berlin. Mais Jean-Claude Trichet allait plus loin en proposant une action du FESF indépendamment des décisions des Etats.
En dernier lieu, Jean-claude Trichet expliquait l’importance du respect de la part des banques d’une transparence effective sur leurs expositions aux dettes souveraines si elles veulent que les autorités luttent efficacement pour la protection de leur capital. Cette information en dit très long sur les relations entre les autorités et les banques.
Les banques ne joueraient pas le jeu ?
Il est toujours surprenant durant ce type de période, où les Etats demandent des efforts particuliers aux citoyens, de constater que les banques refusent les règles élémentaires du système. Jean-Claude Trichet corrobore un discours déjà exprimé par nombre de dirigeants d’autorités financières. Jean-Pierre Jouyet, patron de l’AMF (Autorité des marchés financiers), se plaint régulièrement de l’opacité croissante de l’activité des banques. La dérégulation conduisant à une liberté des places de marché, les banques ont créé des sortes de bourses parallèles. Marché interbancaire, darkpool, marché de gré à gré, trading hyper fréquence deviennent autant d’activités totalement opaques, non seulement aux autorités, mais surtout aux opérateurs classiques du marché et aux petits porteurs.
Cependant, la remarque de Jean-Claude Trichet induit une vraie question. Est-il acceptable qu’un sujet aussi stratégique pour nos économies, qui a fait l’objet d’un stress-test de la part de l’Autorité Européenne Bancaire, puisse être l’enjeu de manœuvres de dissimulation de la part des banques ? Les grandes banques européennes n’auraient pas respecté les règles prudentielles de bases en s’exposant au-delà du raisonnable aux dettes souveraines via les marchés primaires, secondaires et dérivés ? Autant de questions auxquelles la BCE ne peut manifestement répondre.
L’explication de la lenteur des politiques à prendre des décisions réside, peut-être, dans le manque d’information au sujet de la réalité de la situation concernant le bilan et le hors-bilan des banques européennes. Difficile d’engager à nouveau l’argent du contribuable sur des bases opaques sans affronter la réprobation de l’opinion publique.
Le discours de Monsieur Trichet met l’accent, involontairement, sur le manque de civisme pur et simple des grandes banques européennes quand le même jour le dernier Parlement (slovaque) doit ratifier l’accord du 21 juillet concernant l’élargissement des prérogatives du FESF.
