L’Hadopi rudoie le cinéma... #Rencontres de Dijon
L’Hadopi a une mission d’observatoire de l’offre légale. Elle l’exerce aujourd’hui en publiant un rapport sur la Vod.
L’Hadopi n’est pas que la mère fouettarde des méchants internautes qui téléchargent illégalement, elle est aussi celle des nababs du septième art qui couchent avec leur porte-monnaie et s’éveillent au son de "c’est l’or" ! Ils seront tous présents pour les Rencontres cinématographiques de Dijon, et c’est avec un sens du timing fort à propos que l’Hadopi publie donc aujourd’hui une étude sur l’offre audiovisuelle sur le Net. Dont on sait que sa richesse, sa facilité d’accès comme son tarif sont des paramètres primordiaux de sa réussite, donc de sa montée en popularité. Et bien, l’Hadopi décerne sur chaque indicateur une note passable au mieux, laissant aux analystes et observateurs le soin d’en déduire que finalement on est bien loin d’une offre de vidéo à la demande attractive, seule capable de détourner les pirates des sentiers des flibustiers.
Séries moins chères en DVD
Prenons chacun de ces points séparément. La profondeur de catalogue des offres de Vod française est tout simplement indigente. Et avec le temps, rien n’a été fait pour améliorer la situation des plateformes. L’Hadopi ne manque pas de montrer cette médiocrité de l’offre dans son étude. La France ne fait d’ailleurs pas mieux ou moins bien que les autres grands marchés. Avec un peu plus de 1800 titres proposés, l’hexagone est en dessous des Etats-Unis, qui totalisent 2900 oeuvres en catalogue. En fait, la France propose 28% du catalogue de films en Vod, quand ce pourcentage monte à près de 46% aux Etats-Unis.
Des chiffres relativement faibles en France, qui ne s’expliquent pas par le manque d’intérêt des clients pour les films, bien au contraire. Ainsi, la Vod est largement portée par l’appétit des clients pour le cinéma, qui représente "70% des consommations à l’acte" - et 65% en valeur -, souligne l’Hadopi. D’ailleurs, la place préférentielle du cinéma n’a fait que se confirmer avec le temps, puisque la part du cinéma dans les recettes de la Vod a été multipliée par cinq en quatre ans.
Bref, si l’appétit et la demande sont là du côté des consommateurs, ce n’est pas faute d’avoir en face des freins importants. Tout d’abord la richesse de l’offre, mais aussi les tarifs, note l’Hadopi ! Le prix moyen d’une oeuvre sur les plateformes est de 4,65 euros. Ce qui n’est plus très loin d’un ticket de cinéma, mais surtout ne semble pas se justifier aux yeux des participants de cette étude qui "soulignent le caractère particulièrement onéreux de l’offre de VOD pour les achats à l’acte". Autrement dit, on vous laisse imaginer ce qu’en pense le grand public... Le comble est atteint avec les séries à succès, dont les prix proposés pour une saison complète sont parfois tout simplement hallucinants, mais aussi étonnamment supérieurs à la même oeuvre sur DVD !
68% exclusivement licite
De plus, le cinéma français perd petit à petit pied dans l’offre globale des plateformes, au profit des productions anglo-saxonnes, et cela malgré le financement et la production prolifique de notre cinéma national. L’Hadopi relève que : "La part des œuvres françaises dans le chiffre d’affaires VOD cinéma a chuté de 9 points en 4 ans, passant de 38% à 29%. Ceci principalement au bénéfice des films d’origine américaine qui ont gagné 7 points de part de marché en valeur sur la période." Autre handicap bien connu des consommateurs, la chronologie des médias, cette mécanique fort complexe qui garantit le financement des oeuvres via l’ouverture de fenêtres de diffusion pour certains types de médias. Plus la fenêtre arrive tôt après la sortie en salle, plus le média paie cher sa place en finançant le septième art maison. Malheureusement, ce système qui ne manque pas de vertus a aussi de gros inconvénients à l’heure du réseau mondial. "Si la disponibilité des films a été avancée à 4 mois après la sortie en salle, au lieu de 7,5 mois dans la réglementation précédente, de nombreux internautes soulignent que 36 mois s’écoulent entre la date de sortie en salles d’un film et le moment de sa disponibilité sur une plateforme de VOD sur abonnement, 48 mois pour la vidéo à la demande gratuite, et ils regrettent cette spécificité française par rapport, par exemple, au marché américain", ne manquent pas de remarquer les experts de l’étude de l’Hadopi. Il n’en faut pas plus pour comprendre ce dernier graphe de l’Hadopi qui démontre bien que le téléchargement illicite est encore important sur les oeuvres audiovisuelles. L’Hadopi a interrogé les internautes sur leurs modes de consommation : 68% expliquent consommer "exclusivement de façon licite" ; 12% "exclusivement illicite", et ce chiffre atteint 32% si l’on ajoute ceux qui n’ont pas choisi leur camp ... Certainement des familles de producteurs.
