Hervé Rony : "Oui, il faut soutenir dans une certaine mesure les opérateurs historiques"
Hervé Rony, directeur général de la Scam, la société civile des auteurs multimédia, revient pour ElectronLibre sur la décision du gouvernement d’ouvrir six nouveaux canaux sur la TNT. Une initiative des pouvoirs publics qui n’enchante pas la Scam, ni la SACD, unies dans ce combat.
ElectronLibre : Pour quelles raisons déplorez-vous l’abandon des chaînes bonus par le gouvernement ?
Hervé Rony, secrétaire général de la Scam : Notre regret porte sur le fait que le régime des chaînes compensatoires avait une certaine cohérence et une attractivité pertinente grâce à la mise en place d’un mécanisme d’obligations renforcées en faveur de la création. Et comme de telles obligations ne pouvaient être remplies que par des opérateurs ayant des moyens d’investir significatifs, il était logique de soutenir les chaînes historiques bénéficiaires de ce mécanisme d’attributions automatiques, et ce quoiqu’on puisse par ailleurs penser de l’arrivée de nouvelles chaînes au regard des limites du marché publicitaire. Dommage donc que cet édifice ait été démoli par Bruxelles et que le gouvernement n’ait pas tenté la moindre résistance.
EL : L’arrivée de six nouveaux canaux ouverts à une attribution par le CSA ne semble pas, non plus, vous satisfaire. Que craignez-vous ?
HR : Soyons clairs. L’intérêt premier des auteurs et aussi des producteurs est à première vue de pouvoir travailler avec un nombre grandissant de diffuseurs pour des projets de films, de documentaires, de grands reportages plus nombreux et de qualité. Qu’en sera-t-il avec six nouvelles chaînes qui n’auront, si j’ai bien compris, aucune obligation renforcée et qui vont arriver dans un marché publicitaire difficile voire sinistré pour peu que, scénario très probable, la France entre à nouveau en récession ? Est-ce vraiment raisonnable que le CSA, poussé par le gouvernement, se lance tel un sprinter, dans un appel à candidatures immédiat, plus porteur de tensions que de bénéfices ? Il est évidemment sain qu’au nom de la liberté de la communication, principe constitutionnel, des fréquences disponibles puissent être affectées mais ne pouvait-on pas disposer d’un moratoire ? Doit-on déstabiliser les chaînes existantes de la TNT ? Il me semble que nous allons bien vite en besogne et je me demande, sans vouloir désobliger qui que ce soit, si les pouvoirs publics réfléchissent assez aux enjeux du moment.
S’agissant de la TNT, pour la SCAM, le compte n’y est pas
EL : - Est-ce à dire que ces canaux supplémentaires devraient être attribués d’office aux grands groupes français ?
HR : L’attribution de ces fréquences doit permettre de garantir un certain pluralisme des opérateurs. La loi oblige le CSA. De nouveaux entrants peuvent apporter beaucoup s’ils ont, certains en ont, de l’ambition et s’ils ne sont pas juste là pour faire une bonne opération d’achat-vente. Pour autant, si nous voulons être cohérents avec nous-mêmes en exigeant un haut niveau de création originale, alors oui, il faut soutenir dans une certaine mesure les opérateurs historiques et les moyens qui vont avec. Sans compter que nous avons tous intérêt en France à disposer de groupes capables d’avoir une certaine surface européenne. C’est une question de juste équilibre dont la recherche est très exactement la mission du CSA.
EL : Est-ce que la TNT a été un bienfait pour les auteurs de la SCAM ?
HR : S’agissant de la TNT, pour la SCAM, le compte n’y est pas. les chaînes sont trop souvent le simple relais de rediffusions multiples jusqu’à l’indigestion. Bien entendu, de nouvelles chaînes ne peuvent pas du jour au lendemain investir dans la création et devenir pour les créateurs un nouvel eldorado. Mais les choses doivent changer. Les revenus des chaînes, tant mieux, progressent bien. Ceci doit se traduire dans des efforts de création. Je pense que loin de gérer cette problématique avec les diffuseurs dans l’affrontement, il nous faut nouer un dialogue constructif. Je ne suis pas naïf sur ce qui peut opposer les uns et les autres mais si nos échanges avec le secteur public sont constants, ceux avec les opérateurs privés sont faibles. je pense que la SCAM et ses auteurs n’ont rien à perdre à une concertation avec les chaînes privées. C’est notamment le cas, comme l’a souligné notre président Jean Xavier de Lestrade lors de la remise des Etoiles de la SCAM dimanche, avec Canal Plus dont l’arrivée annoncée sur le terrain de la télévision en clair est un événement majeur.
