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Jean-Yves Mirski : "Arrêtons de faire de la piraterie un monde angélique"

Le 27 Octobre 2011 dans So_cult’ par Emmanuel Torregano

Evènement rare, l’Hadopi s’est permis de battre froid les acteurs de la vidéo à la demande dans un rapport qui a fait l’effet d’une bombe pour les professionnels. La parole est donc maintenant à la défense avec Jean-Yves Mirski, le délégué général du syndicat de l’édition vidéo.

ElectronLibre : L’Hadopi, dans sa mission d’observation des offres légales, n’a pas été tendre avec la vidéo à la demande. La haute autorité a pointé différents éléments : faible profondeur des catalogues, prix trop élevés, chronologie des médias inadaptée, etc. Est-ce que vous vous attendiez à ce que le boulet vienne de ce côté ?

- Jean-Yves Mirski, délégué général du SEVN : Non effectivement, je dois dire que cela a été une surprise d’autant plus que l’analyse de certains chiffres était limite et que, d’après ce que j’ai pu lire, ces remarques ont été le fait d’un petit nombre d’internautes. Si l’on regarde les points évoqués, pour les catalogues : il y avait fin 2010, 5 400 films disponibles. On peut dire ce que l’on veut, mais la consommation reste très concentrée et 200 films proposés ont moins de 12 mois... Les 2/3 ont fait moins de 500 000 entrées. Je pense que chacun peut y trouver ce qu’il aime.
Sur le prix, je n’ai pas d’avis mais nous savons tous que tout sera toujours trop cher face à l’hypermarché permanent gratuit et illicite qu’est devenue une partie d’Internet.
Quant à la chronologie des médias, je rappellerai seulement que le modèle Netflix, dont on nous vante (je devrais plutôt dire dont on nous vantait) le succès, est basé sur des titres plutôt anciens et qu’en particulier pour les séries, ce qui cartonne le plus, ce sont les 1ers épisodes des 1ères saisons, dixit le n°2 de Netflix il y a quelques semaines lors du Mipcom.

EL : Le ressenti des consommateurs n’est pas très éloigné de ce qu’on peut lire sous la plume du collège de la rue de Texel. Est-ce qu’il est vrai de dire que la vidéo n’a pas fait sa révolution digitale, contrairement à la musique ?

- JYM : Déjà, sans jouer sur les mots, nous avons été les premiers dans l’audiovisuel à être digital puisque le DVD qui est numérique est arrivé en 97... Je crois qu’il faut bien voir que les modèles musique et audiovisuel sont très différents structurellement, puisque fondamentalement la musique est devenue un média d’accompagnement avec des personnes qui vont écouter des dizaines de fois le même titre induisant par là un certain type de consommation.
Je dirais au contraire que la vidéo a fait sa révolution en allant vers la Haute-Définition. Et par ailleurs, la grande différence vient du mode de financement qui justifie totalement cette chronologie des médias qui seule permet aux œuvres d’être financées par les diffuseurs successifs. S’il y a un autre modèle, qu’on nous l’explique mais cela me paraît totalement irréaliste.

Il faut arrêter de nous faire croire que la piraterie sert à découvrir les œuvres

EL : Les conséquences de tout ceci, ce sont les pratiques de piratage qui perdurent, finalement. Est-ce qu’il n’est pas pervers de maintenir le client dans une situation intenable entre, d’un côté le risque d’être puni par l’Hadopi, de l’autre son envie de voir des oeuvres introuvables en Vod ?

- JYM : Les œuvres ne sont pas introuvables en VOD... On sait en plus que ce qui est visionné illégalement, c’est justement les œuvres les plus connues. Il faut arrêter de nous faire croire que la piraterie sert à découvrir les œuvres. C’est totalement faux et démontré par les éléments statistiques dont on peut disposer. Je ne crois pas que la piraterie soit la conséquence de tout ceci. Je crois que malheureusement tout le monde n’a pas pris ses responsabilités. En outre, il faut arrêter de faire de la piraterie un monde angélique. Certains pirates se font beaucoup d’argent sur le dos du public, et je parle bien de dizaines de milliers d’euros.

EL : Quelles sont les bonnes décisions à prendre dorénavant pour que le digital décolle enfin vraiment ?

- JYM : Etre plus efficaces encore dans la lutte contre la contrefaçon ; on ne peut vivre durablement avec de tels niveaux de piraterie. Le cinéma s’en sort bien car il reste une activité sociale à l’extérieur de chez soi. La vidéo et la VOD sont attaquées de plein fouet par la piraterie qui s’exerce à domicile.
C’est illusoire de penser que la VOD payante peut décoller dans les conditions actuelles. D’ailleurs, le succès de la TV de rattrapage le démontre puisqu’elle est justement gratuite.
Une bonne décision c’est aussi de faire du volet pédagogique, vis-à-vis des plus jeunes, une priorité absolue. Je ne crois pas que cela ait été le cas jusqu’à présent. Il est évident - même si c’est sûrement compliqué en ce moment, qu’une TVA à 5,5 % pour les biens culturels, physiques comme le DVD et le Blu-ray et dématérialisés comme la VOD, aurait un effet bénéfique.
Enfin, je crois qu’il reste un énorme travail d’amélioration en terme d’ergonomie car c’est pour moi un point essentiel. Le consommateur doit pouvoir en se connectant sur Internet accéder facilement aux œuvres qu’il souhaite acquérir légalement.

EL : Les chaînes sont les ennemis de l’offre en Vod et de la fluidité des droits. Etes-vous d’accord avec les propositions de la SACD sur la continuité d’exploitation d’une oeuvre non signée par une chaîne de télé ?

- JYM : Sur ce sujet, comme sur le reste, je crois à la concertation. Nous sommes 27 organisations à avoir signé en juin 2009 un accord sur ce sujet. Nous devons tous ensemble - je rappellerai que la SACD ne l’avait pas signé - à partir de janvier 2012 et sous l’égide du CNC faire un point complet là-dessus. Ce n’est pas de la langue de bois, c’est que je crois profondément qu’il y a des questions d’équilibre très importantes et qu’il faut en discuter entre professionnels.

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2 Commentaires

  1.  le 9 décembre 2011

    "Certains pirates se font beaucoup d’argent sur le dos du public, et je parle bien de dizaines de milliers d’euros."

    Non pas sur le dos du public mais avec le consentement du public.



  2. Gricelda le 3 novembre 2012

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