Orange et Publicis : des business angels d’une autre envergure
Le géant des télécommunications et le colosse de la communication ont officialisé ce matin le lancement d’un Venture Capital commun d’ici le début 2012, avec un fonds de départ de 150 millions d’euros. L’objectif affiché est double : développer l’économie numérique française et européenne mais aussi, bien sûr, engranger des gains financiers.
Projet Gazelle
Depuis deux semaines, la rumeur commençait à enfler suite à une annonce de Bloomberg, que nous avions relayée, c’est désormais confirmé : France Télécom/Orange et Publicis vont créer un fonds d’investissement dans les jeunes entreprises du numérique, doté, pour commencer de la coquette somme de 150 millions d’euros versés à parts égales par les deux compagnies.
Le projet « Gazelle », c’est son sobriquet mais pas son nom définitif, verra le jour au cours du premier semestre 2012 et devrait à terme attirer d’autres partenaires pour porter à 300 millions la cagnotte de ce Venture Capital. Sur ce point, les deux compagnies ont « déjà des pistes, mais nous n’en parlons pas avant que cela soit signé » selon Ruth Marshall, Acting External Relations Manager chez Publicis.
Reste que ces chiffres challengent les business angels existants, comme Kima Ventures (Xavier Niel), Jaïna Capital (Marc Simoncini) ou ISAI (Pierre Kosciusko-Morizet) dont nous vous détaillions l’organisation il y a peu. D’ailleurs, si l’on en croit Ruth Marshall, ce qui distingue ce nouveau fonds c’est avant tout sa taille : « il y avait des carences dans ce domaine », ajoute-t-elle renchérissant ainsi sur les propos de Stéphane Richard, PDG de France Télécom, qui déclarait ce matin qu’« il est possible et nécessaire que les grands groupes du CAC40 soient aussi actifs [que les business angels] dans ce domaine. » Les deux partenaires se voient ainsi en anges, certes, mais avec des ailes d’une autre envergure. En effet, les « tickets » alloués aux jeunes pousses seront plutôt élevés, mais surtout le fonds se donne l’opportunité d’intervenir à différents moments de la création d’entreprise et de son développement et ce tant en termes de financement que sous forme de conseil stratégique.
Stratégie en deux temps, trois mouvements
Dans un premier temps, les entreprises qui pourront prétendre à un investissement du fonds France Télécom/ Orange Publicis seront essentiellement françaises et européennes et devront œuvrer dans le domaine des technologies, services et contenus numériques (marketing en ligne, e-commerce, contenus et services mobiles, jeux en ligne, réseaux sociaux…), ainsi que les technologies et infrastructures associées (middleware, cloud computing, sécurité, paiements en ligne) précise le communiqué diffusé ce matin.
Les critères et processus de candidatures ne sont pas encore connus puisque Publicis comme Orange insistent sur l’indépendance du fonds à naître et attendent donc d’avoir défini une équipe de gestion avant de faire ce type d’annonces : « Le but n’est pas de tout faire remonter à chaque fois chez Publicis ou Orange », affirme-t-on chez Orange. Différents types de « parrainages » pourront être obtenus par les start-ups dont la candidature sera reçue. Les toutes jeunes pousses, voire à l’état d’embryons, qui recherchent un financement, pourront recevoir jusqu’à 500 000 euros de capital d’amorçage, de quoi « les encourager à se mettre en selle ». Pour les entreprises en phase de lancement, le ticket se situera entre 0,5 et 2 millions d’euros. Enfin, les compagnies plus « matures » pourront espérer décrocher des investissements à hauteur de 2 à 15 millions d’euros.
L’idée est d’entrer dans le capital de ces start-ups en tant qu’actionnaires minoritaires (15 à 30% des parts) pour un accompagnement type d’environ six ans. D’autre part, un soutien stratégique ne serait pas impossible selon Maurice Levy, PDG de Publicis, qui déclarait ce matin : « C’est une chose d’avoir une idée, c’en est une autre de la réaliser », arguant que les expériences et la « compréhension du marché » des grandes entreprises comme la sienne et Orange pourraient éviter « des erreurs stratégiques » souvent commises par les novices. Ils gagneraient ainsi une certaine « crédibilité » qui leur permettrait de trouver plus facilement des financements supplémentaires, toujours selon Maurice Levy. Par la suite, les investissements du fonds Orange-Publicis pourraient sortir des frontières européennes et des Venture Capitals américains ou asiatiques se joindre aux levées de fonds.
« Un nouveau Facebook ou Google sous [notre] parrainage »
Comment Publicis et Orange en sont venus à mettre en place ce fonds ? Pour la direction d’Orange, les deux entreprises sont arrivées à un constat commun lors du eG8 : le manque de Capital Risque en Europe et en France, encore plus criant en comparaison des marchés florissants de la Silicon Valley ou d’Asie. Pour elle, il ne fait pas de doute que les Venture Capitals jouent « un rôle primordial et moteur dans l’émergence d’une économie numérique solide ». L’arrivée en fin de cycle d’Innovacom, la branche investissements de France Télécom a probablement aussi joué dans la recherche d’un partenaire pour créer « une dynamique d’une autre envergure ». Pour Publicis, en revanche, l’investissement sous cette forme est une réelle nouveauté puisque le groupe était jusqu’à présent plutôt coutumier des acquisitions (comme celles de Big Fuel récemment). Pourtant, Ruth Marshall se prend à rêver en grand, en très grand même : « On espère voir l’arrivée d’un nouveau Facebook ou Google sous parrainage France Télécom-Publicis ». Ce qui nous rappelle que, si les deux entreprises veulent participer à l’économie française et européenne avec « un impact possible de 2 milliards d’euros sur le tissu économique » selon Stéphane Richard, elles ne dédaigneraient pas faire quelque profit au passage.
Pas question toutefois de mettre la rentabilité au premier plan, si l’on en croit Orange et Publicis. Alors que, ce matin, Stéphane Richard avançait l’idée que le fonds s’autoalimente, ajoutant, réaliste : « Si les plus-values sont très grosses on en prendra peut-être un peu ». Chez Publicis comme à la direction d’Orange, on corrobore ce propos :« Il y aura forcément des investissements qui vont mieux marcher que d’autres, mais ce n’est pas la peine de dire en dessous de 20% [de retour sur investissement NDLR] on largue la boîte ! » souligne le groupe de communication, l’objectif est d’arriver au « standard du marché, 15 – 20% mais ce n’est pas gravé dans le marbre, on ne va pas arrêter un bon projet parce qu’il est à 14.5% ! », indique-t-on du côté de l’opérateur
On termine avec deux tweets intéressants autour de cette annonce :


