Les grands patrons de l’audiovisuel se serrent les coudes
En 2012, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) sélectionnera six chaînes au maximum, qui entreront sur la TNT gratuite. Les chaînes historiques, entre crainte et stratégie, naviguent à vue pour 2012, conscientes du bouleversement provoqué par la déferlante de programmes issus des gros acteurs du Web, accoutumés à la dérégulation du marché.
"Je dois dire qu’aucun des présents sur l’estrade ne m’a frappé !". Ainsi lançait Nonce Paolini, le front orné d’un sparadrap- lors de l’ouverture du débat d’actualité organisé mardi dernier par le cabinet de conseil NPA et Le Figaro. Une boutade qui présageait de l’entente fédératrice palpable entre tous les patrons de médias audiovisuels réunis pour discourir autour des bouleversements liés à l’arrivée de la TV connectée et à l’attribution de six nouvelles chaînes sur la TNT gratuite. Sur ce sujet, Paolini ne se fait pas d’illusions : "2012 va être une année entre parenthèses, le temps que les canaux soient attribués".
Une année où le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) devra surtout trancher sur l’autorisation et la légitimité de certaines chaînes historiques à prendre un des six canaux supplémentaires tant convoités sur la TNT. La télévision numérique terrestre, par le défi qu’elle figure, excite mais dérange également. Si Nonce Paolini voit une opportunité pour les chaînes hertziennes là où le risque pointe, Nicolas Tavernost (M6) l’assure, il faudra miser sur une concentration : “Il est totalement illusoire de penser que sept ou huit groupes (audiovisuels) peuvent opérer en France” . Dans tous les pays qui nous entourent, il y 2 ou 3 groupes privés et un groupe public. On va perdre un temps considérable si on continue à externaliser. Il y a besoin d’une concentration”, une litanie déjà servie lors des Rencontres du cinéma, et qui procède d’une forte tendance au protectionnisme.
De fait, le marché de la publicité - illustre vache à lait de la télévision - ne sera pas extensible face à l’arrivée d’une forte concurrence issue du grand méchant Web, menaçant d’émietter encore davantage l’audience comme le partage du "gâteau publicitaire". Voilà l’argument massue des grands groupes !
Marques fortes
Pour contrer la menace de ces nouveaux acteurs puissants, Google TV, Netflix ou Apple, accoutumés à évoluer dans un marché "eldorado" complètement dérégulé, Nonce Paolini (TF1), Rémy Pflimlin (France Télévisions), Bertrand Méheut (Canal+) et Nicolas de Tavernost (M6) s’entendent pour développer leurs contenus et programmes autour de marques fortes. Xavier Couture (Orange) d’ajouter qu’avec "180 millions de télévisions connectées en Europe en 2015", il devient clairement nécessaire pour les acteurs classiques de créer des offres fortes pour se classer en lice.
LCI encore payante
LCI a-t-elle encore sa place dans ce panorama des marques fortes du petit écran ? Quoi qu’il en soit, la chaîne LCI, filiale de TF1, a vu son avenir se préciser lors du colloque. Celle-ci demeurerait donc payante, même si à ce jour le dossier reste aux mains du CSA. Le groupe de télévision maintient pour l’instant sa requête en vue d’un passage en gratuit, le temps de boucler les négociations avec l’ensemble des acteurs intéressés et d’espérer ainsi boucler le financement de la chaîne. "LCI reste la doyenne des chaînes d’info et peut-être pas celle qui est le moins en forme", a justifié Nonce Paolini qui a pronostiqué : "Le plus probable, c’est qu’on reste en payant". Plusieurs opérateurs, dont Canal+, ont donc accepté de distribuer la chaîne d’informations en continu moyennant le paiement d’une redevance.
Diffusée actuellement par Canalsat, Numéricable et la TNT Payante, LCI est regardée par 7.661.000 personnes (Médiamétrie) alors que ses concurrentes ont une audience d’environ 18 millions de personnes...
TF1 avait demandé l’été dernier au CSA le passage de LCI de la TNT payante à la TNT gratuite, arguant notamment que le contrat de diffusion exclusive de la chaîne par Canal+ (sur le satellite et via Internet) arrivait à expiration à la fin de l’année et que la chaîne cryptée ne voulait pas renouveler son engagement pour un montant suffisant. "Il faudra faire des efforts", a-t-il ajouté. LCI, créée en 1994, compte quelque 200 collaborateurs avec un budget d’une cinquantaine de millions d’euros et des pertes estimées à environ cinq millions.
La conclusion a été menée par le président du CSA, Michel Boyon, qui assène :" La télévision connectée, ça n’est pas les hordes d’Attila, les opérateurs classiques ont le temps de se prémunir"...
Pour lui, il est hors de question de "déréguler la télévision historique par symétrie à la connectée. C’est une question de dignité " !
