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Spotify fait rentrer la musique dans la nouvelle dimension des applis et des API

Le 01 Décembre 2011 dans So_cult’ par Philippe Astor

En ouvrant plus largement sa plateforme aux développeurs d’applis musicales, qui n’ont plus besoin de se soucier des modalités d’accès aux catalogues, Spotify promet de libérer les initiatives et l’innovation pour enrichir l’expérience musicale de ses utilisateurs. Le service leur ouvre désormais l’accès à une galaxie musicale interactive entièrement personnalisée et intégrée. La start-up suédoise promet également de faire basculer l’industrie musicale dans une nouvelle dimension, celles des applis et des API, où les développeurs sont rois.

La dernière version béta du logiciel Spotify intègre une douzaine d’applications musicales tierces qui ajoutent incontestablement une nouvelle dimension à l’expérience de la musique digitale. Chroniques, charts et agenda « concerts » interactifs (avec Rolling Stone, Billboard, Pitchfork, The Guardian, Songkick...), ou systèmes de recommandation et de génération automatique de playlists (Soundrop, MoodAgent, Last.fm...) font désormais bon ménage, dans une parfaite intégration visuelle et fonctionnelle avec le logiciel, avec des applications comme le service de paroles TuneWiki. De nombreuses autres applis Spotify verront le jour très bientôt, comme celles de ShareMyplaylits et Top 10, qui proposeront à leur tout de nouvelles modalités d’écoute, de découverte, de partage et de navigation dans le catalogue de 15 millions de titres licencié par la start-up.

Une expérience musicale enrichie

Le choix de Spotify d’ouvrir beaucoup plus largement les interfaces de programmation (API) de sa plateforme de streaming musical aux développeurs va en effet encourager le développement d’une nouvelle couche de services au dessus d’elle, dont certains pourront être payants, et de tout un écosystème susceptible de générer de nouvelles sources de revenus, pour Spotify, pour les ayant droit et pour les développeurs, tout en enrichissant l’expérience musicale des utilisateurs.
En dispensant les développeurs de se préoccuper des modalités d’accès au catalogue, que la plateforme négocie en amont avec les labels et les éditeurs, Spotify fait sauter le principal frein à l’initiative et à l’innovation en matière d’applications musicales : grâce à de nouvelles API Javascript et au sein d’un environnement HTML5 parfaitement intégré, mais aussi à l’extérieur du logiciel lui-même, qui pourra faire office ultérieurement de simple passerelle, en tâche de fond, vers le catalogue et les infrastructures de réseau de Spotify, pour des centaines voire des milliers de services Web musicaux indépendants ou d’applis stand-alone, comme c’est déjà le cas avec Facebook.
Rien d’étonnant, dans cette perspective, à ce que Spotify envisage d’être dimensionné pour pouvoir supporter 100 millions d’utilisateurs simultanés dans le monde à l’échéance de quelques mois, quant le service ne compte que 10 millions d’utilisateurs mensuels actifs aujourd’hui. L’ouverture de ce qui devrait s’apparenter très vite à un App Store entièrement dédié à la plateforme de streaming risque en effet de multiplier le nombre de ses utilisateurs.

Aucun modèle de monétisation pour l’instant

A ces utilisateurs, Spotify ouvre le champ d’une nouvelle galaxie musicale interactive intégrée, dans laquelle ils pourront naviguer au gré de recommandations inspirées de leur propre bibliothèque musicale, de playlists contextuelles générées par des algorithmes de similarité, de charts et de chroniques diverses et variées, et d’interactions avec leur graphe social : qu’il s’agisse d’écouter la musique des groupes programmés en concert dans sa ville grâce à Songkick ; une playlist déjà écoutée collectivement par plusieurs amis grâce à Soundrop ; ou une simple radio musicale personnalisée programmée en fonction du nom d’un artiste, du titre d’une chanson ou d’une ambiance générale, grâce à MoodAgent. Mais cette initiative permettra également à des musiques de niche, ou à des artistes et des labels indépendants, de gagner en visibilité sur Internet, en développant leurs propres applis Spotify, et en les distribuant ou en les hébergeant sur leur site Web ou sur leur page FB.
Pour l’instant, l’expérimentation reste confinée à l’ordinateur personnel et devra être portée sur les mobiles, où se trouve la majorité des abonnés au service. Rien n’a filtré, par ailleurs, sur ce que seraient les modalités de partage des revenus avec les développeurs et les ayant droit dans le cadre d’applications payantes. Quant aux applications gratuites, elles ne rapportent encore rien à leurs auteurs, si ce n’est une plateforme d’hébergement mettant à leur disposition 15 millions de titres de musique, un canal de distribution et un peu de visibilité.
« Nous n’en sommes qu’aux début, et nous devons encore essayer de comprendre toutes les implications », a déclaré à New York le PDG de Spotify, Daniel Ek, lors de l’annonce de cette nouvelle ouverture. « Actuellement, il n’existe aucun modèle de monétisation pour les applications sur la plateforme Spotify, a-t-il ajouté. Mais elles peuvent attirer les utilisateurs, et les conduire par exemple à acheter des billets de concert, comme avec Songkick. »

L’avenir de la musique passe par les API

« La musique doit se transformer en API, commente l’ancien analyste de Forrester Mark Mulligan sur son blog. C’est ce que Spotify est en train de faire. […] Ils espèrent que le fait de créer un écosystème de développeurs et d’utilisateurs d’applis Spotify va les rendre incontournables en tant que plateforme auprès de l’industrie musicale.  » Mais le logiciel de Spotify est loin d’avoir la même base d’utilisateurs et la même ubiquité qu’iTunes, par exemple. L’intégration à Facebook lui a permis de recruter 7 millions de nouveaux utilisateurs, ce qui n’est encore qu’une goutte d’eau dans l’océan de ses ambitions. « Plus Spotify va grossir, et plus sa plateforme touchera une audience élargie, mais l’industrie musicale a besoin que d’autres que Spotify adoptent la même approche », estime Mark Mulligan.

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