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L’artiste, cet avare qui ne se montre pas

Le 08 Février 2012 dans Peer2peer par Emmanuel Torregano

L’artiste est un homme d’affaires comme les autres. Le considérer autrement c’est commettre une erreur de jugement, et minimiser sa place dans la chaîne de valeur des industries de la culture.

L’avidité des artistes est sans limite. Spotify en paye le prix fort. iTunes a déjà fait une croix sur la marge, ou presque, et à peu près tous les autres services de diffusion de musique, comme de video, ont la tête sous l’eau et le modèle économique planté entre les omoplates ! On pensait naïvement, certainement, que cette soif inextinguible d’argent venait surtout du producteur... cet être habillé de costumes outranciers, fumant cigares sur cigares, et ne dormant qu’entre 6 heures du matin et midi. Point du tout, si l’on s’en réfère à l’histoire récente de la musique, et celle contemporaine du réseau, c’est l’artiste, le créateur tout puissant qui est bien le plus dur en affaire. Et ce n’est qu’un début !
L’artiste est tout d’abord le maître de l’hypocrisie. Bien entendu, il ne prendra jamais, ou si peu, position contre ce qu’il appelle "son public". Il aura fallu en définitive dénicher un Enrico Macias, ou un Luc Besson, pour rappeler que l’échange non rémunéré et non autorisé de chanson, ou de film, est hors la loi. Et dans le même temps, apporter un soutien médiatique à la loi Hadopi. L’immense majorité des artistes n’a pas pipé mot, et quelques célébrités à l’abri du besoin se sont mêmes permis de se défausser, préférant appeler à une "réconciliation" autour de l’échange, sans rien proposer de concret.

Poète bucolique

La vérité est d’ailleurs édifiante, puisque toute la période du début des années 2000 a été consacrée par les maisons de disques à une renégociation des contrats avec les artistes. Facile ensuite de clamer que le P2P est formidable, lorsque l’avenant que l’on vient de clamer vous octroie une part substantielle des revenus issus des plateformes de téléchargement, et bientôt de streaming. Avez vous déjà essayé de négocier avec un artiste armé de ses avocats, ses managers, etc ?
Pour confirmer cela, il suffit de voir combien de groupes et de chanteurs ont refusé que leurs oeuvres soient vendues sur les échoppes en ligne pendant cette période de "renégociation" ! Il y a avait d’ailleurs des groupes à qui on aurait donné le diapason sans confession, comme RadioHead, ou les Beatles. Bien entendu, la complexité des droits sur certains catalogues n’aide pas, comme il serait tout autant naïf d’affirmer que les producteurs n’ont pas cherché à préserver la plus grosse part du gâteau. Ajoutons encore que la négociation est bien plus aisée lorsque l’on est une star confirmée. Pour les autres, l’avenant était standard et ils n’avaient qu’à signer en bas, sinon c’était la porte. L’artiste est à l’image de Charles Trenet, infatigable poète bucolique, mais aussi rapace qui refuse de pousser la chansonnette s’il n’y a pas la recette à la fin.
10 ans après cette vaste redistribution des cartes et le partage du grand gâteau "digital", rien n’a changé. Spotify ne rapporte pas assez ? Ce service de streaming par abonnement provoque une baisse des téléchargements payants - les seuls d’ailleurs réellement lucratifs pour l’artiste, comme le montre très bien ce graphique. Et bien qu’à cela ne tienne, les artistes et les producteurs donc, retirent les catalogues : ACDC, Coldplay... C’est aussi simple que cela. Pis, lors d’un événement payé certainement rubis sur l’ongle des stars comme Paul McCartney préfère utiliser iTunes pour un concert live, plutôt que ce se vendre à un Spotify, pourtant prometteur, qui se prévaut de comptabiliser 3 millions d’abonnements.

5 euros

Non, non et non, l’argent avant tout, mais sans jamais le dire. C’est ainsi, et cela n’est pas prêt de changer. Et pourquoi d’ailleurs en serait-il autrement ? L’artiste doit être un requin avisé, pour vivre de son art, et gagner sa liberté. Madonna a montré la voie, les Rolling Stones avant elle, avaient su se séparer des parasites. Et maintenant, toute une industrie se monte sur le fait de proposer aux artistes de véritables tableaux de bords de leurs revenus en temps réel : Kollector, Media Forest, etc.
Dans ce contexte, il paraît quelque peu déplacé de voir des politiques s’enquérir de propositions qui confèrent à la mendicité pour soulager la conscience des masses échangistes sur le Net. Comprenez, l’instauration d’une "taxe" sur, au hasard, la facture des fournisseurs d’accès à Internet. Didier Mathus, le député PS chargé auprès d’Aurélie Filipetti des questions liées au numérique et à la culture, a indiqué sur le site Culture2012 (lancé par la SACD et la Scam), que ce prélèvement forfaitaire serait de 5 euros par abonnement. Une somme qui permettrait selon lui "de protéger et de solvabiliser les échanges non–marchands qui se feront de toutes façons", sans préciser si cela correspond à une légalisation de ce que les artistes ne veulent pas... A vot’ bon coeur !

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5 Commentaires

  1. Tyler le 9 février 2012

    Ah trop bon merci ! Encore un billet prétexte a un bon fou rire (on devrait tous rire 20mn par jour). Il a dut aussi bien faire marrer tous ceux (l’écrasante majorité) qui essayent de vivre de leur art. C’est ce qu’il y a de bien avec ces termes fourretouts comme « artistes », ils englobent des personnes aux situations aussi dissemblables que des businessmen ayant réussis que des intermittents qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.En lisant je ne pouvais m’empêcher d’imaginer notre ami Pascal aux restos du cœur parce que ces salauds d’artistes l’avaient mis sur la paille avec leur exigences exorbitantes. Des requins qui réalisent qu’ils existent plus gros prédateurs qu’eux. J’aime !

    PS : la dernière phrase est inintelligible.



  2. Artistik le 10 février 2012

    Il ne faut pas confondre les artistes "stars" et les autres. Votre article ne prend en compte que les artistes "vedettes". L’immense majorité des artistes n’a pas de pouvoir de négociation face aux majors. Ils doivent signer ce qu’on leur propose sinon ils ne travaillent pas et ils ne perçoivent pas de Royalties ! L’argent n’est donc pas leur principal leitmotiv ... ces artistes là veulent simplement pouvoir vivre correctement de leur métier. La plupart ne perçoivent même pas l’équivalent d’un Smic par mois.



  3. Julien P le 10 février 2012

    Je suis étonné par cette phrase (en parlant de Spotify) : "Ce service de streaming par abonnement provoque une baisse des téléchargements payants - les seuls d’ailleurs réellement lucratifs pour l’artiste, comme le montre très bien ce graphique ?"

    1) L’étude en lien ne montre rien du tout2) A ma connaissance il n’a jamais été démontré que le streaming cannibalise le téléchargement3) On ce demande ce que fait le ’ ?’ à la fin de la phrase

    ...



  4.  le 10 février 2012

    Emmanuel, j’imagine que tu ne touches aucune contrepartie pour cet article de "fond" (du bas-fond) ? Et, sinon, tu fais quoi dans la vie exactement ? Tu kiffes travailler gratos c’est ça ?

    En tout cas merci pour cette contribution qui ne vaut pas un kopeck c’est sûr....mais s’il te plaît, arrête de prendre ton cas pour une généralité : tu n’as sans doute aucun talent qui mérite d’être rétribué en effet : tu as du torcher cet article en 5 min chrono, et je me disais qu’il pourrait faire partie d’une rubrique "café du commerce".

    En fait, je te souhaite d’être share à l’infini durant toute ta vie de pigiste, et de ne jamais toucher un seul sous pour la réalisation de ton Œuvre...surtout, lorsqu’il te prendra l’envie d’écrire véritablement, et d’y investir du temps, une réflexion...tes tripes et tes minis minis balls.

    Allez, bonne galère mec !



  5. Daelan Kaitan le 25 avril 2012

    L’auteur à du recevoir une lettre d’hadopi du coup il a les nerfs Oo

    Plus sérieusement, c’est quand même aberrant, hallucinant, démagogique et dangereux de mettre tous les artistes derrière une définition pareille. Je suis d’accord que des johnny, des nolween leroy ou des justin bieber sont compatibles avec ce que tu viens de dire (et encore, peut on parler d’artiste). Mais même parmi les groupes ou réalisateur connus il y a de vrai partisans au partage, heureusement pour nous



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