L’artiste, cet avare qui ne se montre pas
L’artiste est un homme d’affaires comme les autres. Le considérer autrement c’est commettre une erreur de jugement, et minimiser sa place dans la chaîne de valeur des industries de la culture.
L’avidité des artistes est sans limite. Spotify en paye le prix fort. iTunes a déjà fait une croix sur la marge, ou presque, et à peu près tous les autres services de diffusion de musique, comme de video, ont la tête sous l’eau et le modèle économique planté entre les omoplates ! On pensait naïvement, certainement, que cette soif inextinguible d’argent venait surtout du producteur... cet être habillé de costumes outranciers, fumant cigares sur cigares, et ne dormant qu’entre 6 heures du matin et midi. Point du tout, si l’on s’en réfère à l’histoire récente de la musique, et celle contemporaine du réseau, c’est l’artiste, le créateur tout puissant qui est bien le plus dur en affaire. Et ce n’est qu’un début !
L’artiste est tout d’abord le maître de l’hypocrisie. Bien entendu, il ne prendra jamais, ou si peu, position contre ce qu’il appelle "son public". Il aura fallu en définitive dénicher un Enrico Macias, ou un Luc Besson, pour rappeler que l’échange non rémunéré et non autorisé de chanson, ou de film, est hors la loi. Et dans le même temps, apporter un soutien médiatique à la loi Hadopi. L’immense majorité des artistes n’a pas pipé mot, et quelques célébrités à l’abri du besoin se sont mêmes permis de se défausser, préférant appeler à une "réconciliation" autour de l’échange, sans rien proposer de concret.
Poète bucolique
La vérité est d’ailleurs édifiante, puisque toute la période du début des années 2000 a été consacrée par les maisons de disques à une renégociation des contrats avec les artistes. Facile ensuite de clamer que le P2P est formidable, lorsque l’avenant que l’on vient de clamer vous octroie une part substantielle des revenus issus des plateformes de téléchargement, et bientôt de streaming. Avez vous déjà essayé de négocier avec un artiste armé de ses avocats, ses managers, etc ?
Pour confirmer cela, il suffit de voir combien de groupes et de chanteurs ont refusé que leurs oeuvres soient vendues sur les échoppes en ligne pendant cette période de "renégociation" ! Il y a avait d’ailleurs des groupes à qui on aurait donné le diapason sans confession, comme RadioHead, ou les Beatles. Bien entendu, la complexité des droits sur certains catalogues n’aide pas, comme il serait tout autant naïf d’affirmer que les producteurs n’ont pas cherché à préserver la plus grosse part du gâteau. Ajoutons encore que la négociation est bien plus aisée lorsque l’on est une star confirmée. Pour les autres, l’avenant était standard et ils n’avaient qu’à signer en bas, sinon c’était la porte. L’artiste est à l’image de Charles Trenet, infatigable poète bucolique, mais aussi rapace qui refuse de pousser la chansonnette s’il n’y a pas la recette à la fin.
10 ans après cette vaste redistribution des cartes et le partage du grand gâteau "digital", rien n’a changé. Spotify ne rapporte pas assez ? Ce service de streaming par abonnement provoque une baisse des téléchargements payants - les seuls d’ailleurs réellement lucratifs pour l’artiste, comme le montre très bien ce graphique. Et bien qu’à cela ne tienne, les artistes et les producteurs donc, retirent les catalogues : ACDC, Coldplay... C’est aussi simple que cela. Pis, lors d’un événement payé certainement rubis sur l’ongle des stars comme Paul McCartney préfère utiliser iTunes pour un concert live, plutôt que ce se vendre à un Spotify, pourtant prometteur, qui se prévaut de comptabiliser 3 millions d’abonnements.
5 euros
Non, non et non, l’argent avant tout, mais sans jamais le dire. C’est ainsi, et cela n’est pas prêt de changer. Et pourquoi d’ailleurs en serait-il autrement ? L’artiste doit être un requin avisé, pour vivre de son art, et gagner sa liberté. Madonna a montré la voie, les Rolling Stones avant elle, avaient su se séparer des parasites. Et maintenant, toute une industrie se monte sur le fait de proposer aux artistes de véritables tableaux de bords de leurs revenus en temps réel : Kollector, Media Forest, etc.
Dans ce contexte, il paraît quelque peu déplacé de voir des politiques s’enquérir de propositions qui confèrent à la mendicité pour soulager la conscience des masses échangistes sur le Net. Comprenez, l’instauration d’une "taxe" sur, au hasard, la facture des fournisseurs d’accès à Internet. Didier Mathus, le député PS chargé auprès d’Aurélie Filipetti des questions liées au numérique et à la culture, a indiqué sur le site Culture2012 (lancé par la SACD et la Scam), que ce prélèvement forfaitaire serait de 5 euros par abonnement. Une somme qui permettrait selon lui "de protéger et de solvabiliser les échanges non–marchands qui se feront de toutes façons", sans préciser si cela correspond à une légalisation de ce que les artistes ne veulent pas... A vot’ bon coeur !
