Megaupload, et les données maudites
L’importance des données de Megaupload est de plus en plus évidente. Face à la volonté de l’hébergeur Carpathia de les supprimer, l’objectif de l’industrie du cinéma US, soutenue par l’administration Obama, est apparu au grand jour : frapper judiciairement les internautes pirates ayant utilisé le service. Faire peur et dissuader ceux qui seraient tentés de remplacer le roi du DDL.
Chacun sa motivation. Les données de Megaupload valent de l’or, c’est certain. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas les voir disparaitre - les avocats de KimDotcom, la justice américaine, la EFF, le lobby du cinéma - mais chacun pour des raisons différentes, pas toujours très avouables.
Seul Carpathia Hosting se débarrasserait bien de ces 25 petaoctets (25 000 To) de données encombrantes. L’ex-hébergeur de Megaupload est arrivé au bout de sa patience. Une patience qui lui coûte cher : 9.000 dollars par jour en espace, énergie et connectivité, auxquels il faut ajouter la valeur des 1 103 serveurs immobilisés soit 1,25 million de dollars. Après avoir accepté mi-février, sur demande de l’administration américaine, de maintenir ce stockage, les dirigeants de Carpathia Hosting demandent aujourd’hui à la Cour fédérale de Virginie d’être soulagé de ce poids. Les juges vont devoir trancher. Qui doit payer pour les coûts d’hébergement ? Le gouvernement, Megaupload ou une tierce partie. A défaut, Carpathia peut-il, comme il le propose, permettre aux utilisateurs de récupérer leurs données légitimes pour ensuite supprimer le reste ? Pour le moment, la situation reste bloquée. Personne ne veut payer. Mais la perspective de voir disparaitre ces données si précieuses devrait rapidement faire bouger les lignes.
Les données ou la vie
L’Electronic Frontier Foundation (EFF), qui défend les intérêts des internautes, veut que ces données soient conservées, car elles appartiennent aux utilisateurs de Megaupload, dont certains ont utilisé ce service pour des fichiers tout ce qu’il y a de plus légaux. L’EFF prétend que ces "innocents utilisateurs" ont droit à leurs données et menace d’actions en justice pour faire valoir leurs droits.
Pour le créateur de la plateforme de "direct download", arrêté par le FBI dans sa belle villa en Nouvelle-Zélande, ces données sont un des axes central de sa stratégie de défense. D’abord, pour jeter le discrédit sur son adversaire. Kim Schmitz a ainsi affirmé que de nombreux "responsables gouvernementaux des Etats-unis, y compris au ministère de la Justice et au Sénat" possédaient un compte et utilisaient régulièrement son service de téléchargement. Ensuite, pour sauver sa peau. Dans la même interview, Dotcom précise être "en négociation avec le ministère de la Justice pour permettre à tous les utilisateurs Megaupload de récupérer leurs données". Mais on peut supposer que ces fameuses négociations, si elles ont lieu, visent aussi et surtout à trouver une porte de sortie allégée pour Kim Dotcom et ses associés, le tout en échange de certaines informations. Le FBI a en effet utilisé le Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act pour faire tomber Megaupload. Ce RICO Act, créé à l’origine pour stopper la mafia en négociant des dénonciations, pourrait permettre aux Etats-Unis d’obtenir les adresses IP des plus gros utilisateurs de la plateforme de DDL. Quand on sait que le service était utilisé par plus de 100 millions d’internautes dans le monde dont 15 millions de Français, l’idée a de quoi en faire trembler certains...
La MPAA veut poursuivre chaque internaute pirate
Cette perspective est bien loin d’être farfelue, comme vient de le démontrer la réaction de la MPAA. La Motion Picture Association of America, affolée par une disparition possible des données de Mégaupload, a adressé un courrier à Carparthia où elle révèle ses plans. Noir sur blanc, le bras armé des studios de cinéma hollywoodiens, y précise que ses membres ont besoin de l’ensemble de ces données, y compris celles relatives aux utilisateurs, pour d’éventuelles poursuites civiles. Devant le tollé provoqué par la révélation de cette missive, se rendant compte de sa bourde, la MPAA a rectifié et précisé que ces poursuites ne viseraient que les intermédiaires ayant facilité les activités de Megaupload. Un semblant de marche arrière qui ne trompe personne. La position des studios américains est claire. Megaupload n’est que la première étape de la répression judiciaire féroce qui s’engage contre le piratage, y compris contre les simples internautes pirates. Hollywood sait que l’administration Obama est sur la même ligne. Après la crise économique que viennent de vivre les Etats-Unis, le gouvernement doit préserver au maximum les intérêts économiques de son industrie culturelle, première industrie du pays derrière l’armement...
