Audience de la radio, le match des matinales – #Gratuit

RTL et France Inter se disputent la suprématie du prime time de la radio. RMC est bipolaire, tandis que Europe 1 ne parvient toujours pas à imposer Bruce Toussaint. (Publié le 22 novembre)

La radio se gagne lors de la matinale, entre 7 heures et 9 heures. Le nombre d’auditeurs cumulés atteint alors des records, tutoyant presque les 2 millions pour les stations les plus puissantes. Pour les perdants en revanche l’addition peu aussi être très indigeste. Quelques pour-cents en moins et ce sont des centaines de milliers d’auditeurs qui se sont faits la malle. Ce qui peut être considéré comme insignifiant à d’autres horaires de la grille devient instantanément un véritable drame avec des répercussions fortes sur les recettes publicitaires. Alors, quand Médiamétrie publie pour chaque vague ses chiffres d’audience nationaux, chacun scrute les détails de la matinale. Rien n’est public, nous vous proposons une analyse de ce moment clef de la radio.

La vague septembre-octobre 2012 a confirmé l’impact sur l’audience des auditeurs âgés, capables de maintenir à flot des vaisseaux comme RTL mais aussi de confirmer la suprématie de NRJ sur la FM musicale, grâce à un savant dosage. Voyons maintenant ce que nous dit l’analyse des audiences par quart d’heure. Premier constat, la pointe d’audience absolue de cette vague est réalisée par France Inter qui avec 1,948 million d’auditeurs à 8 heures bat d’une très courte tête RTL, qui accumule à cette heure 1,938 million d’auditeurs. Autant dire que les deux matinales sont à égalité. Il est impossible, en prenant en compte l’écart d’erreur inhérent à ce genre de méthode – sondage par téléphone d’un panel représentatif – d’affirmer qu’il y a bien 10 000 auditeurs de plus sur France Inter à cette heure. Les deux stations font jeu égal. RTL peut compter sur la puissance de son humoriste à l’antenne, Laurent Gerra, que l’on peut critiquer pour ses réparties parfois déplacées, mais dont l’intervention a été peaufinée par les experts de la station – l’arrivée d’auteurs comme Albert Algoud s’entend ainsi.

Décrochage de Cohen

Cela dit, la très bonne performance de France Inter à 8 heures masque un essoufflement de cette fameuse matinale qui domine les audiences depuis plusieurs sondages. La station du service public enregistre une baisse légère sur presque tous les quarts d’heure entre 7 et 9 heures. Pas de quoi tirer encore la sonnette d’alarme pour Philippe Val, le directeur, mais tout de même un signe que quelque chose ne tourne plus si rond que ça. La décrue d’une année sur l’autre est d’environ 1 à 2% jusqu’à 8 heures, mais bien plus conséquente par la suite avec une baisse record de 9% à 8 heures 30 ! Un décrochage relativement brutal pour la fin de la séquence du 7/9 emmenée par Patrick Cohen. Les auditeurs de France Inter coupent plus tôt.

Difficile de savoir si cela est lié, mais c’est aussi à cette heure que les concurrents comme RMC ou RTL sont à la fête ! Si l’on peut en effet douter qu’il y ait à cette heure-ci des transferts d’auditeurs du service public vers RMC, ou même RTL – bien que cela doit exister un peu sur cette station -, il est indéniable que ces deux stations ont réussi de biens meilleures progressions sur cette vague. RTL enregistre des croissances sur chaque quart d’heure de 8 heures à 9 heures, alors que le début de sa matinale est plus mitigé. Les auditeurs de la station de la rue Bayard n’ont semble t-il pas vraiment accroché dès 7 heures aux changements proposés en ce début d’année – la comparaison avec 2011 montre des petites baisses de 3 à 4%. Néanmoins, on peut souligner le bon passage de témoin sur la matinale de la radio entre Vincent Parizot et Laurent Bazin, qui officie désormais.

RMC en demi-teinte

De même pour RMC, l’actualité de la rentrée, à la fois politique et sociale, a permis à la tranche animée par Jean-Jacques Bourdin de refléter la puissance de ce média installé maintenant au-dessus de la barre des 7% d’audience cumulée. Entre 8 heures et 9 heures, la station propriété d’Alain Weill progresse d’une année sur l’autre de près de 9% en moyenne avec une pointe à 835 000 auditeurs à 8 heures 15. Il faut nuancer le succès de RMC. Car aux premières lueurs de l’aube, la station présidée par Frank Lanoux ne voit pas très clair… La chute par quart d’heure est conséquente : -11%, -12%, -7% et -7% encore. Pas de quoi se réjouir, ou inversement une belle marge encore de progression à travailler !

Que dire d’Europe 1… Sur l’ensemble de la journée la station s’en sort honorablement avec une audience cumulée de 8,9% qui reste inchangée d’une année sur l’autre. C’est un chiffre trompeur. La matinale, véritable poumon de la grille est en danger. De 7 heures 30 à 9 heures c’est une baisse continue avec des pourcentages élevés entre -5 et – 8%. La greffe Bruce Toussaint voulue par Denis Olivennes ne prend pas. Sans accuser l’animateur, il convient maintenant de s’interroger sur l’ensemble de la stratégie de la station depuis plusieurs années. Le feuilleton Europe 1 vaut en effet pour exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Depuis Jérôme Bellay, la station est perdue entre informations, humours et « peopolisation« . Si le créateur de France Info et LCI avait la réputation d’être un homme pas commode, personne ne contestait sa vision claire de ce que devait être Europe 1 : une radio d’information et de débat. Suppression de la musique, des rubriques trop fantaisistes, et une certaine aridité à l’antenne avait permis de consolider le format mais pas de faire monter les audiences au sommet.

Europe 1 sans stratégie différenciante

Depuis, la station peine à retrouver les sommets d’audience mais qui plus est, elle n’est plus identifiable dans le paysage. La stratégie initiée par Alexandre Bompard à son époque : mettre à l’antenne des animateurs starisés par la télévision, tout en comptant sur un battage médiatique important dans les autres médias du groupe Lagardère pour faire le « buzz » et faire redécoller enfin l’audience a fonctionné pendant quelques mois seulement. Elle a très rapidement connu ses limites, car elle n’impliquait pas une identité forte de la station face au déboulé de RMC et l’adaptation qu’en ont fait à leur tour RTL et France Inter. Si la première a compris rapidement tout le bénéfice qu’elle pouvait tirer d’une sorte de RMC light en matinée sur sa propre antenne, France Inter à de son côté utilisé la force de sa marque pour imposer une matinale avec « anchorman » sonnant comme une vraie différence. La magie a opéré et Philippe Val sait parfaitement qu’il n’a pas intérêt à trop en modifier les fondamentaux.

Europe 1 n’a pas quitté cette position peu confortable. Jean-Pierre Elkabbach et maintenant Denis Olivennes n’ont pas mis en place de réforme importante de l’antenne. Bien au contraire, Nicolas Canteloup est devenu le principal atout, mais aujourd’hui sa puissance est remise en cause par sa présence trop importante sur les autres médias – TF1 surtout. Un positionnement sur l’humour qui est en concurrence directe avec RTL, mais qui ne correspond pas vraiment à la nature de la station. Pareil pour les tranches du soir, où le sport est largement dominé par RMC… Sans parler du mur de 16 heures sur lequel se brise la station de la rue François 1er face aux Grosses Têtes animées par Philippe Bouvard sur RTL. Laurent Ruquier a beau débuter son émission à partir de 15 heures 30, il n’est pas de taille à véritablement prendre le dessus.

Le constat est sévère. Europe 1 est certainement la station généraliste la plus instable de par le manque de constance de sa grille, dont chaque parcelle obéit à une tentative de contrer un rival, sans vraiment s’imposer.

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Rédigé par Emmanuel Torregano

Redacteur en chef

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