Audiovisuel : les auteurs en mission à Bruxelles


Jochen Greve
Les réalisateurs et scénaristes présents hier à Bruxelles à l'invitation de leur organisme de représentation - la SAA - n'y sont pas allés par quatre chemins : le droit d'auteur n'est pas un problème et ne devrait pas être dilué. En revanche, selon eux, certaines clauses contractuelles des contrats auteurs/producteurs devraient être supervisées, et surtout, les plateformes de diffusion devraient rémunérer les auteurs, dans la mesure où elles bénéficient de leurs créations. Ils ont répété, en revanche, à quel point les producteurs étaient nécessaires, et que le principe d'une transmission de leurs droits n'était pas en cause.

"Nous avons un métier formidable : nous pouvons rester des enfants et créer des mondes fantastiques", a déclaré le scénariste allemand Jochen Greve hier à Bruxelles pour la présentation du livre blanc de la Société des Auteurs Audiovisuels. Mais cela ne l'empêche pas de répondre présent lorsqu'il faut défendre ses droits, et ceux "de ceux qui ont moins de chance que moi", dit il. "Aujourd'hui, je fais un peu de travail dans le monde adulte, je m'adresse directement au public", nous confie-t-il en souriant. "C'est rare pour nous auteurs. D'habitude il y a plein d'intermédiaires entre nous et le monde : nos films, les acteurs, les producteurs". Il le fait car "il faut le faire", montrer que les auteurs ont une voix. "Nous ne sommes pas riches mais sommes parmi ceux qui avons de la chance", ajoute Roger Michell, réalisateur de nombreux films, dont Notting Hill et Week-End Royal. "Nous devons défendre nos droits et ceux des autres auteurs".

Pas de miracle à Notting Hill

Pour illustrer la nécessité d'une évolution en matière de rémunération des auteurs, Roger Michell, qui a introduit la présentation du livre blanc de la SAA, a pris l'exemple de son plus grand succès, Notting Hill. "Les réalisateurs de films sont souvent perçus de manière stéréotypée", commence-t-il, un peu taquin, "on les voit comme étant arrogants, riches, puissants, masculins et ... avec une barbe". Selon lui, ce stéréotype est néfaste et ne correspond évidemment pas à la réalité de la plupart des réalisateurs, qui sont rémunérés pour un projet dont le tournage dure quelques mois, mais ne sont pas rémunérés pour le travail qu'ils font en amont, et pour toutes leurs périodes d'inactivité, qui sont forcément nombreuses et longues. "Pour être certain d'avoir au moins un projet qui atterrit un jour sur le tarmac, je dois en garder plein qui tournent en l'air en permanence, à mes propres frais", dit-il. "Et quand un des mes projets marché très bien, il faut savoir que je n'ai été rémunéré qu'une fois, lors du tournage, et que je ne reçois presque rien des retombées de sa diffusion".

Il a en effet révélé que pour un film comme Notting Hill, qui a couté 42 millions de dollars, et en a rapporté 280 millions à son producteur, Universal, il n'a toujours rien reçu sur la distribution. En effet, les contrats prévoient souvent que les auteurs - réalisateurs ou scénaristes - recevront une quote part des profits une fois que le film est "dans le vert". Et chaque année, le producteur lui envoie un décompte, qu'il a d'ailleurs lu devant l'assemblée, montrant qu'ils ne sont toujours pas rentrés dans leurs frais avec Notting Hill. "Grâce à des technique de comptabilité créative, ce film a toujours des dettes", déclare Roger Mitchell, d'une manière posée, mais qui montre bien toute l'absurdité de ces arrangements à son sens. L'un des combats de la SAA est d'obtenir que cette absurdité cesse, en permettant aux auteurs d'avoir un pourcentage non réductible sur la distribution numérique de leurs oeuvres, et ce que les comptes du producteur soient positifs ou non.

"Grâce à ce droit, parfois, nous pouvons nous battre contre Google"

Bertrand Tavernier, également présent hier à Bruxelles, n'a pas mâché ses mots. "J'entends ici ou là que le droit d'auteur empêcherait mes films d'être vus ?". Mais c'est l'inverse, ajoute-t-il : "c'est précisément parce qu'il y a des droits d'auteur que mes films peuvent être vus". Puis de donner la liste des complications pratiques qui font qu'il peut être difficile de rendre un film disponible dans tous les pays : "la traduction, le sous-titrage, le doublage, coutent tous énormément d'argent. De plus, certains pays ne montrent qu'un ou deux types de films, les films locaux et les films américains. Mais ces difficultés ne sont pas dues au droit d'auteur", insiste-t-il. En outre, il ajoute qu'il est important de souligner que "grâce à ce droit d'auteur, parfois, nous pouvons nous battre contre Google". Parlant de la décision de la Commission européenne de ré-examiner le droit d'auteur, Bertrand Tavernier utilise une image très forte : "les gens qui disent que le droit d'auteur est un souci sont comme les généraux de la première guerre moniale : ils décident de s'attaquer à des sujets dont ils ne connaissent rien".

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Rédigé par Isabelle Szczepanski

Angel investor. Journaliste. Belge parisienne.

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